mercredi 1 avril 2020

#Genealogie30 : Jules Daisay, le peintre savoyard

Pour ce mois d'avril, en guise de Généathème, Sophie Boudarel (La Gazette des Ancêtres) nous propose de réaliser un #Généalogie30, comme en 2019, mais cette fois sur un ancêtre précis, en 30 questions. Cela tombe plutôt bien car j'ai justement un projet de biographie que j'ai évoqué lors de mon bilan annuel que vous pourrez relire ici.

Ce projet n'en est qu'à ces balbutiements mais ce #généalogie30 va me permettre d'avancer à petits pas et de ranger correctement toutes les informations que j'ai à ma disposition sur cet ancêtre.
 

Je vous présente donc Jules Daisay, sosa 58 de mes filles !


Jules Daisay - autoportrait - musée des Beaux-Arts de Chambéry - Base Joconde


1er avril, question 1 : le baptême


Pour cette première question sur le baptême, il faut savoir que Jules était un prénom d'emprunt et qu'en réalité il a été baptisé Jean-Marie le 16 mars 1847 en la paroisse Saint-Didier de Barberaz, voisine de Chambéry, en Savoie. La Savoie était d'ailleurs encore un duché intégré au royaume de Sardaigne avant son annexion par la France en 1860.

Jean-Marie Daisay a été déclaré par son père Pierre Antoine Etienne, fabricant de chaussures. Sa mère s'appelait Marie Bonnet. Le parrain était Jean Baptiste Mouchet, un perruquier-coiffeur de Chambéry, non apparenté, tandis que la marraine était Marie Daisay, sœur ainée de Jean-Marie, alors âgée de 14 ans.


2 avril, question 2 : son mariage


Jean-Marie Daisay se marie à Chambéry le 17 septembre 1873 avec Marguerite Roux, de six ans son aînée. Cette dernière n'est autre que sa cousine germaine mais non reconnue par son père qui était un Daisay. Il n'est d'ailleurs pas nommé sur l'acte ni parmi les témoins. qui plus est, aucun des parents des époux n'est présent au mariage : les parents de Jean-Marie / Jules vivant pourtant à Chambéry ont donné leur consentement par l'intermédiaire d'un notaire, Maître François Richard Cognet, quatre jours auparavant. Quant à la mère de Marguerite Roux, Françoise Roux, elle est décédée en 1862.

Devant l'adjoint au maire, Jean Antoine Lubin, étaient présents en plus des mariés, les témoins suivants :
  • M. Frédéric Bartezage (Bartesaghi), opticien de 41 ans résidant à Chambéry;
  • M. Ercole Belloli, entrepreneur de 41 ans, résidant en Italie, à Mantoue (Lombardie);
  • M. Ambroise Daisay, chef d'atelier, âgé de 27 ans, résidant à Paris;
  • M. Jules Bernard, artiste peintre, 24 ans, résidant à Chambéry.
Des quatre témoins, seul le troisième est aparenté à Jules Daisay. Il s'agit de Michel Ambroise Daisay, son cousin germain et frère de son épouse. Il est né à Chambéry en 1847 et est décédé à Paris en 1901.


3 avril, question 3 : déroulement du mariage


A vrai dire je ne sais pas du tout comment s'est déroulé le mariage entre Jules Daisay et sa cousine Marguerite Roux, qui se faisait appeler Clotilde. Déjà, il n'y a pas eu de contrat de mariage et comme dit précédemment, les parents du marié étaient absents ainsi que le père biologique de la mariée. Leurs pères respectifs étaient frères. Il est bien possible que ce type d'union ait dû faire jaser...

Néanmoins, ce mariage a été célébré pour légitimer la naissance de leurs deux filles : Jeanne Marguerite, née en 1870, et Marie Louise, sosa 29 de mes filles, née en 1872 au domicile de leur mère.

On a vu qu'un des frères de Marguerite Roux, Ambroise Daisay, était parmi les témoins mais est-ce que les frères et soeurs des époux étaient tous présents au mariage ? Difficile de le dire. En 1873, Jules avait encore 6 frères et soeurs de vivants :
  • Marie Daisay (1833-1877), qui a vécu entre Chambéry et Paris où elle décédée. Bonne probabilité qu'elle fût présente;
  • Marie Elisa Daisay (1834-1910), a épousé un italien puis a vécu à Paris puis Nice. Probabilité faible car je n'ai retrouvé aucune interaction entre eux;
  • Rodolphe Daisay (1835-1878). Probabilité forte car un de ses fils a épousé la fille aînée de Jules Daisay - oui, les mariages entre cousins est une spécialité Daisay;
  • Coline Daisay (1839-1929). Probabilité forte car Jules a peint son portrait ainsi que celui de son mari;
  • Jenny Daisay (1843-1904). Bonne probabilité car elle a vécu à Barberaz comme son frère;
  • Marie Daisay (1850-1874), peu probable car elle a émigré aux U.S.A où elle est décédée un an après.
Du côté de son épouse :
  • Michel Ambroise Daisay (1847-1901), déjà évoqué;
  • Pierre Daisay (1856-1875), très peu d'informations sur lui, décédé à 19 ans à Paris;
  • Marie Jeanne Daisay (1857-1939), bonne probabilité qu'elle fût présente car a vécu quasi toute sa vie à Barberaz.
Voici un récapitulatif sous forme d'arbre simplifiée :


Parenté entre les époux - arbre Geneanet reconstitué

Enfin, je suppose que les mariés, issu d'un milieu a priori aisé, devaient être habillés selon la coutume savoyarde.


Tenues traditionnelles en Savoie - Source Eco-musée du Lac Annecy

Ce site raconte très bien en quelques lignes la tradition du mariage savoyard du temps de nos ancêtres.


4 avril, question 4 : son décès


Grâce à son dossier de carrière de professeur obtenu aux archives nationales, j'ai su qu'il avait une santé fragile. Il avait notamment des problèmes hépatiques qui ont fini par lui donner la jaunisse. Ainsi, le 1er mars 1900, alors qu'il était professeur de dessin au lycée national de Chambéry, il écrivit une lettre à l'intention du Ministre de l'Instruction Publique, des Beaux Arts et des Cultes de l'époque, Georges Leygues, pour demander un congé de trois mois afin de, espérait-il, se rétablir. 



Lettre manuscrite de Jules Daisay du 1er mars 1900 - Source Archives Nationales

Hélas ! Jules Daisay mourut un mois et demi plus tard, le 17 avril 1900, en sa maison de Barberaz où il s'était retiré. Il n'avait que 53 ans. Son épouse le rejoindra 17 ans plus tard.

Le décès a été déclaré le jour-même au maire de la commune par ses deux gendres : Pierre Emile Daisay (qui est également son neveu) alors instituteur à Brunoy (Essonne) et Joseph Antoine Tamiatto, employé au PLM à Besançon.

A ce jour, je n'ai pas retrouvé sa tombe. Je me suis renseigné auprès de la mairie de Barberaz qui m'a répondu par la négative : il n'y aurait que la sépulture des descendants de sa fille aînée. Par ailleurs il existe une sépulture Daisay au cimetière Charrière-Neuve de Chambéry mais n'y seraient inhumés que les parents de son épouse, sa seconde fille et son gendre. Les informations que j'ai sont peut-être incomplètes : je contacterai la mairie de Chambéry quand cela sera possible.


Séputlure des familles Daisay, Michel, Tamiatto à Chambéry - photo de M. Guy Tavet


5 avril, question 5 : son parcours militaire


Né en 1847, Jules Daisay est donc de la classe 1867. Par chance - car toutes les AD ne les ont pas mises en ligne pour cette périodre - sa fiche matricule est disponible en ligne sur le site des AD de la Savoie. Et elle est particulièrement riche en informations.



FM de Jules Daisay en 1867 - Source AD73

Particulièrement riche en information mais aussi et surtout rédigée en pattes de mouches... Alors je vais simplement vous en résumer les grandes lignes, à commencer par son signalement :

  • Parents domiciliés à Chambéry au 1 rue Bonivard;
  • Résidant à Paris;
  • Cheveux et sourcils bruns;
  • Yeux noirs et front ordinaire;
  • Nez long et bouche moyenne;
  • Menton à fossettes et visage ovale;
  • Teint clair avec des taches de rousseurs;
  • Sa profession d'alors était peintre en miniatures.

Quant à son parcours :

  • A intégré le 2nd puis le 14e régiment d'artillerie;
  • A eu plusieurs grades jusqu'à celui de capitaine;
  • Libéré du service actif en 1873;
  • Libéré de l'armée en 1893;
  • A priori pas de mention de participation à la guerre franco-prussienne alors qu'il était canonnier-sergent durant cette période.

6 avril, question 6 : Jules Daisay et la presse ancienne


Est-ce que je peux trouver des informations sur Jules Daisay dans la presse ancienne. Oui ! Et pas qu'un peu. Il suffit d'aller faire un tour dans la bibliothèque généalogique de Geneanet pour s'en rendre compte :


Recherche dans la bibliothèque généalogique de Geneanet

On compte aussi un peu plus d'une dizaine de résultats avec son prénom de naissance, Jean-Marie. Malgré quelques doublons, les informations qu'on en retire sont assez riches. Je n'ai pas encore fini de tout dépouiller mais on y trouve pêle-mêle :
  • Des informations sur son activité de peintre puis comme conservateur de musée;
  • Des mentions de lui dans des annuaires militaires;
  • Des éloges funèbres (mais pas de trace de faire-part !);
  • Sa contribution en tant que conseiller municipal;
  • Sa postérité notamment la création d'un prix Jules Daisay;
  • Des informations diverses telles que la mise en location d'une maison de campagne.


Extrait du Patriote Savoisien du 28/05/1876 - Source Gallica


7 avril, question 7 : Jules Daisay et l'Histoire


En cette seconde moitié du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, on peut dire que l'Histoire de France a été très riche. Je vais néanmoins ne retenir que deux évènements majeurs que l'ancêtre de mes filles a connus :

  • l'annexion de la Savoie par la France prévue par le traité de Turin du 24 mars 1860. Jules Daisay n'était qu'un adolescent de 13 ans mais on peut imaginer que cet évènement a eu un impact non négligeable sur sa famille d'autant plus que Chambéry fut par la suite désignée comme chef-lieu du département de la Savoie.

  • La guerre de 1870 et notamment le siège de Paris. Jules Daisay était en plein service militaire et résidant à Paris. Même si sa fiche matricule ne le mentionne pas, je suppose qu'il a dû être bloqué un certain temps dans la capitale. Il me faudrait sans doute creuser un peu plus les archives pour en être certain.

Par la suite, dans l'ordre chronologique, il a bien sûr connu les évènements historiques suivants :
  • l'avènement de la IIIe République;
  • l'invention du téléphone en 1876;
  • le moteur à explosions l'année suivante;
  • la loi de la presse en 1881;
  • la découverte du vaccin contre la rage en 1885;
  • l'exposition universelle de 1889 avec la Tour Eiffel en vedette;
  • l'Affaire Dreyfus et l'assassinat de Sadi Carnot en 1894;
  • L'invention du cinéma par les frères Lumière;
  • etc., etc., etc., 


8 avril, question 8 : son niveau d'instruction


Jules Daisay avait un haut niveau d'instruction car entre 1873 et 1878, il a étudié aux Beaux-Arts de Paris, à l'époque nommée Ecole Nationale et Spéciale des Beaux-Arts, créée en 1817. Il en est ressorti avec notamment une médaille en perspective et une mention en anatomie. Cela lui a permis de postuler auprès du lycée national de Chambéry et d'y obtenir le poste de professeur de dessin. En voici d'ailleurs la lettre envoyée à l'intention du Ministre de l'Instruction Publique en 1880 - un certain Jules Ferry à cette époque. Cette dernière montre par ailleurs que son niveau d'écriture était excellent (pas d'hésitation, pas de fautes). 



Lettre de candidature de Jules Daisay en 1880 - Source Archives Nationales

Enfin, en 1891, il a été distingué comme officier académique (parution au JORF le 21 juillet).

samedi 21 mars 2020

RDV Ancestral : voyage dans l'au-delà, épisode 3

Si vous avez raté le deuxième épisode, rendez-vous ici !

Je vais finir par perdre la tête avec cette nuit noire qui n'en finit pas. Je vais perdre la notion du temps. Pas de soleil. Pas d'étoile - et pourquoi d'ailleurs ? - ni même de Lune ; seules les rares lumières artificielles émanant des habitations ainsi que les phares de mon véhicule peuvent m'aider à m'orienter. Fort heureusement, mon trajet est court puisque je me rends dans le quartier de la tour Montparnasse depuis Aubervilliers où j'ai laissé mon père avec ses parents. Je le retrouverai plus tard. Pour l'heure, direction la rue Antoine Bourdelle où vivait ma chère cousine Paulette.


Vous l'avez reconnue ?

Et m'y voilà à Montparnasse devant cette tour, éteinte, hostile comme je ne l'ai jamais connue auparavant. On dirait La Tour Infernale mais sans les flammes et sans Steve McQueen, ou bien La Tour Sombre, celle de Stephen King, mais sans le champ de roses rouges qui la cerne. Bref, je m'égare alors qu'il faut que je me gare car je suis proche du but. Je vais enfin retrouver ma grande cousine, ma grand-mère de substitution que j'ai perdue alors que j'avais 22 ans.

J'arrive donc dans la fameuse rue au nom du célèbre sculpteur où il n'y a évidemment aucune voiture de garée ce qui n'est guère étonnant : je n'ai connu personne à part Paulette dans cette rue. J'installe donc la mienne tranquillement, comme dans un film d'Hollywood, juste devant l'immeuble où elle a habité. Cette bâtisse est ce qu'on appelle une dent creuse : elle est composée d'un premier immeuble suivi d'une cour au fond de laquelle s'érige un second bâtiment. C'est dans ce dernier que vivait Paulette, au rez-de-chaussée. Dans ce monde parallèle, pas de digicode ou d'interphone, j'entre comme dans un moulin puis frappe à la porte de l'appartement de mon aînée.

- Oui ? Entrez, dit une vieille voix féminine.

Premier soulagement, à la voix, cela a l'air d'être elle, ma cousine étant décédée alors qu'elle était dans sa 84e année. Second soulagement : elle a réussi à retourner chez elle depuis l'hôpital de Longjumeau où elle s'est éteinte. J'entre donc, confiant.

Ce n'est pas elle ! C'est sa mère ! Je l'avais complètement oubliée bien que je l'eusse connue. Elle se trouve exactement au même endroit où je la voyais toujours quand j'étais un jeune garçon : sur son fauteuil hors d'âge, peut-être aussi vieux qu'elle-même. Marie-Jeanne Leroy dite « Mémé Jeanne » est la seule personne que j'ai connue étant née au 19e siècle. Elle est décédée en 1988, en son domicile, ce domicile, à l'âge de 96 ans. C'était la cousine germaine de mon arrière-grand-mère Berthe Louise Irma Nique.


Paulette Coquelet et sa mère Marie-Jeanne Leroy, avec moi - archive familiale 1982

- Qui êtes-vous Monsieur et que venz-vous faire ici ?
- Mémé Jeanne, je m'appelle Renaud, je suis votre petit cousin, vous vous souvenez de moi ?

La vieille dame ouvre grand les yeux de suprise avant d'acquiescer :

- Oh mais oui, mais je t'ai connu tout petit !
- C'est vrai, j'avais 8 ans quand...
- Oui, oui, passons. Tu ne m'as pas l'air bien vieux aujourd'hui mais tu es déjà là...
- Ah vous n'allez pas vous y mettre vous non plus ! Mon grand-père m'a déjà fait cette remarque !
- Marcel ?
- Lui-même, j'arrive de chez lui. J'y ai laissé mon père qui avait besoin de discuter avec ses parents.
- Quoi, Bernard est décédé également ? La prochaine fois il faudrait que tu reviennes avec toute ta famille, Paulette serait sans doute contente de vous revoir.
- Justement, je venais ici pour voir Paulette, où est-elle ?
- Elle recherche son père, mon mari Charles que tu n'as pas connu.
- Non, mais je sais qui c'est, je l'ai vu sur une photo avec vous-même. Photo parmi toute celles que Paulette nous a laissées après son décès. Et ça fait longtemps qu'elle le cherche ?


Charles Coquelet (présumé) et Marie Jeanne Leroy vers 1910-1912 - archive familiale



Ma cousine réfléchit quelques instants, fronce des sourcils, soupire, semble s'énerver toute seule, ses problèmes de mémoire ne semblant pas l'avoir quittée malgré son retour à la vie. Elle finit par s'égayer :

- Je crois bien qu'elle a commencé à le rechercher peu après son retour à la maison !
- Comment, cela fait 18 ans qu'elle le cherche ?
- 18 ans ? je ne sais pas, nous n'avons pas la notion du temps ici, il semble ne pas s'écouler de la même façon. En quelle année es-tu... parti ?
- Euh, en 2020... Et Paulette, c'était en 2002.
- 32 ans et 14 ans après moi. C'est bien ce que je disais, le temps est différent à présent. J'ai perdu mon cher Charles en 1932. Mon veuvage a duré une éternité ! Presque 60 ans... Le pauvre, j'ai bien peur qu'on ne le retrouve jamais... 

Alors que je m'apprête à lui demander pourquoi tant de pessimisme, la réponse vient à moi toute seule : Charles Coquelet est décédé en 1932 alors que la famille vivait encore dans l'arrondissement voisin, dans le quartier de la Salpetrière et plus précisément dans le passage Crouin. Cette voie, ainsi que les autres alentours, était très insalubre et un important foyer de tuberculose. Je suppose d'ailleurs que Charles, son frère jumeau Firmin et sa belle soeur Julie, décédés respectivement en 1933 et 1922, ont été emportés par cette maladie. Quelques années plus tard, le passage Crouin a été rayé de la carte au profit de l'extension de la rue Jeanne d'Arc qui était jusque-là coupée en deux.


Plan du quartier de la Salpetrière en 1837 montrant la jonction en pointillé de la rue Jeanne d'Arc - source paris-treizieme.fr

Donc, si les infrastructures sont restées figées à l'époque du décès des personnes, alors nous avons un problème. Si Charles Coquelet est revenu au passage Crouin en 1932 qui n'existait déjà plus depuis longtemps en 1988, année du décès de son épouse, il est impossible que cette dernière ne le retrouve à cet endroit. Il reste néanmoins une autre possibilité : il a pu se réveiller, comme mon père, au cimetière où il a été inhumé : le cimetière parisien de Thiais, inauguré trois ans avant sa mort. Toutefois cela entraine un nouveau problème : Charles ne sait évidemment pas où sa famille a déménagé par la suite. Inutile d'ajouter que plus deux personnes sont en mouvement plus la probabilité qu'elles se rencontrent est faible.

C'est la nonagénère qui reprend la parole :

- Mais pourquoi voulais-tu voir Paulette ?
- Eh bien, j'ai commencé à faire de la généalogie deux ans après son décès et je crois qu'elle savait énormément de choses sur ma famille paternelle, notamment sur le père de ma grand-mère, Paul Victor Bousse, que j'ai longtemps traqué pour espérer mettre un visage sur son nom. C'était le mari de votre cousine...
- Le père Bousse ? m'interrompt-elle, quel intérêt de le rechercher celui-là ? Quand il est revenu de la première guerre, Berthe n'a pas voulu revenir avec lui et pour cause : cet homme était volage !
- Vous l'avez donc bien connu...
- Bien sûr que je l'ai connu, ce vaurien, mais il a disparu après leur divorce. Ta pauvre grand-mère n'a jamais connu son père. Laisse-le donc tomber, tu as sûrement mieux à faire maintenant que tu es .

Je crois que je n'ai pas de chance avec les anciens. D'abord mon grand-père qui ne veut pas évoquer la seconde guerre mondiale et maintenant ma vieille cousine qui n'est guère plus amène. Il va falloir que j'attende le retour de Paulette : elle était très bavarde de son vivant. C'est d'ailleurs grâce à elle que ma mère était mieux informée que mon père sur sa propre famille, c'est dire...
Pour en revenir au fameux Paul Victor Bousse, j'en sais manifestement plus que Marie-Jeanne Leroy : il a refait sa vie et a eu une autre fille, mais ça, c'est une histoire.

Avant de reprendre la conversation avec l'ancienne concierge - c'était en effet sa profession après avoir été bobineuse - j'entends la porte s'ouvrir derrière moi. Vais-je enfin retrouver ma chère Paulette ?

Raté ! Je ne vois personne alors que la porte est maintenant grande ouverte ! Je me retourne alors vers ma vieille cousine soudain en pleurs :

- Oh ! Jeanne-Marie, c'est bien toi ?


Vous en saurez plus sur elle au prochain épisode !



dimanche 8 mars 2020

Généathème : Un tableau d'Henri Tamiatto

Sophie Boudarel du blog La Gazette des Ancêtres nous propose chaque mois un généathème pour nous donner des idées de publications. En mars, sa nouvelle idée est d'exposer un objet ancien et d'en expliquer sa transmission de générations en générations.

Si le généathème du mois de février - les délibérations communales - était un peu compliqué pour moi faute de sources disponibles pouvant concerner mes ancêtres, ce mois-ci j'ai tout de suite pensé au grand-père maternel de Madame, Henri Ernest Tamiatto, et la toile qu'elle préfère de lui.

Mais avant de vous dévoiler cette peinture, laissez-moi vous présenter Henri Tamiatto


Henri Tamiatto, né à Nevers le 17 novembre 1910, est le dernier enfant d'une fratrie de quatre (2 garçons, 2 filles). Fils de Joseph Antoine Tamiatto (1862-1918) et de Marie-Louise Daisay (1872-1950) - elle-même fille de Jules Daisay, peintre chambérien - il n'a rien de nivernais. En effet, son père, contremaître au chemin de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) est d'origine piémontaise et sa mère descend d'une longue lignée de chambériens. Ils se sont mariés à Barberaz, banlieue de Chambéry, mais aucun de leurs enfants n'y est né : le premier, décédé en bas âge, est né à Lyon, les trois suivants à Besançon et enfin Henri à Nevers.

Famille Tamiatto-Daisay - Arbre générée par Geneanet


Pour plus d'informations sur ces patronymes, je vous renvoie vers mes articles du ChallengeAZ 2019 : Daisay et Tamiatto.


L'art dans les gènes


Après le décès de Joseph Antoine Tamiatto à Nevers en 1918, la famille retourne vivre en Savoie, à Chambéry même, où les enfants poursuivent leurs études. Si le frère aîné Alfred deviendra ingénieur pétrolier et les deux soeurs Marguerite et Yvonne institutrices, le jeune Henri se passionne très vite pour l'art. On pourrait se dire que c'est sous l'influence de son grand-père Jules Daisay mais ce dernier est décédé bien avant la naissance de Henri, en 1900. Je pense donc que c'est sa mère qui a dû lui montrer ses oeuvres et que sa passion pour le dessin et la peinture est ainsi née. Ce n'est d'ailleurs pas le seul membre de cette famille à s'être passionné pour l'art, d'autres cousins plus ou moins éloignés sont devenus des musiciens ou peintres à titre personnel ou professionnel. C'est donc tout naturellement que Henri Tamiatto se destine vers l'enseignement du dessin. Il devient ainsi professeur notamment au lycée Jean-Baptiste Dumas d'Alès (Gard), ville où il épousera en 1936 Marthe Conort avec qui il aura trois filles dont ma défunte belle-mère. Il y fera toute sa carrière jusqu'en 1974 environ et marquera plusieurs générations de lycéens.


Un peintre prolifique


Durant sa longue vie (décédé à 88 ans) Henri Tamiatto a été un peintre prolifique. Nous le savons grâce aux nombreuses toiles accrochées aux murs chez ses (3) enfants et (7) petits enfants, voire arrière-petits-enfants (pour ces derniers, je ne suis pas allé vérifier). Rien que chez nous, nous en comptons pas loin d'une dizaine, dont celle-ci que je vous présente aujourd'hui :


Bosquet dans les environs d'Alès, huile sur toile, Henri Tamiatto - collection familiale

Nous ne connaissons pas la date exacte de cette réalisation mais il est certain qu'elle est de lui car sa signature est reconnaissable entre mille :

Signature en bas à droite du tableau

Suite à son décès, les tableaux dont celui-ci qui étaient encore en sa possession ont été répartis parmi les membres de la famille. Ce tableau a été fait joliment encadrer par mon beau-père à Alès puis il a ensuite voyagé lorsque Madame est venue s'installer à Paris.

Ainsi, c'est notamment grâce à ce tableau fièrement accroché dans le salon que nous nous imprégnons du souvenir d'Henri Tamiatto.



Henri Tamiatto en 1976 - archive familiale

samedi 29 février 2020

Nos ancêtres du 29 février



Le 29 février n'arrive qu'une fois tous les 4 ans, pendant les années bissextiles. Pas de chance pour celui ou celle qui naît ce jour-là ! Et c'est comme ça depuis des millénaires : le calendrier romain, avant même la création du calendrier julien, avait son mois de février (du latin februare signifiant purifier) tronqué de quelques jours.
Pourtant avec 365 jours par an, il était possible de ne faire que des mois de 30 ou 31 jours ! Une légende prète à l'empereur Auguste d'avoir voulu retirer un jour à février pour que son mois soit aussi long que celui de César, le mois de juillet. Il semble pourtant qu'auparavant le plus court mois du calendrier actuel fût déjà aussi court.
Bref ! Et nos ancêtres dans tout cela ?

Quid des ancêtres de mes filles ?


Parmi les milliers d'ancêtres et collatéraux de mon arbre, j'ai retrouvé quelques ascendants nés ou décédés un 29 février ainsi qu'une quantité non négligeable de collatéraux. Comme il m'est difficile de n'en choisir qu'un seul ou n'ayant que peu de matière sur chacun d'eux, j'ai décidé de tous vous les exposer avec, si possible, leurs particularités.

Marie Boulet (collatérale)


Marie Boulet est décédée le 29 février 1724 à Grougis (Aisne) où est elle née 22 ans plus tôt. Elle était la fille de Jean et de Jeanne Floquet, sosa 4546 et 4547, qui ont eu au total 11 enfants.

Particularité : sa mère est décédée un mois plus tard.


Acte de sépulture de Marie Boulet - Grougis 1724 - Source AD02

Catherine Gigaye (collatérale)


Catherine Gigaye est décédée exactement le même jour que Marie Boulet mais à Metz, paroisse Saint-Livier. Elle n'avait que 4 jours. Elle est la fille de Nicolas et de Madeleine Noël, sosa 1154 et 1155, qui ont eu 13 enfants au total.

Particularité : son patronyme, sous cette forme, a totalement disparu aujourd'hui. Voir ici.

Acte de Sépulture de Catherine Gigaye - Metz Saint-Livier 1724 - Source AM Metz

Jean Pierre Argenson (sosa 246)


Jean, Pierre Argenson, sosa 246 de mes filles, est né en 1768 au mas de l’Appétit, commune de Sénéchas, aujourd'hui territoire du Chambon, dans le Gard. Il a en revanche été baptisé dans la commune voisine de Portes, 4 jours plus tard. Il est le fils de Pierre et de Jeanne Tribes.
Il s'est marié en 1796 avec Victoire Martin (1769-1811) avec qui il a eu  7 enfants. Il s'éteint dans le mas de sa naissance le 12 février 1841, à l'âge de 72 ans.

Particularité : le mas de l'Appétit où il est né et décédé est aujourd'hui un tas de ruines très difficile d'accès.


Acte de Baptème de Jean Pierre Argenson - Portes 1768 - Source Brozer

Marianne Lunaret (sosa 3521)


Marianne Lunaret, parfois dite Élisabeth, est née le 25 mai 1684 à Nizas (Hérault) et est décédée le 29 février 1768 dans la même en commune. En 1713 elle a épousé Jean Gondard (1686-1758) avec qui je lui connais 4 enfants.

Particularité : plus aucune naissance répertoriée après 1915 avec ce patronyme.

Acte de sépulture de Marianne Lunaret - Nizas 1768 - Source AD34

Dominique Louis Livorain (collatéral)


Dominique, Louis Livorain est né le 29 février 1780 à Nomeny (Meurthe-et-Moselle) et était militaire de carrière. Il était le fils de Gaspard Charles François, notaire, et de Marie Élisabeth Millery, sosa 294 et 295 de mes filles. Il s'est marié à Thionville en 1815 avec Françoise Constant avec qui il a eu un fils. Il est décédé dans la même commune, à seulement 41 ans, le 5 décembre 1821.

Particularité : premier d'une lignée de militaires ayant été élevés au rang d'Officiers de la Légion d'Honneur. J'avais écrit sur leur patronyme lors du ChallengeAZ 2019.

Acte de baptème de Dominique Louis Livorain - Nomeny 1780 - Source AD54

Claude Guyot (sosa 412)


Claude Guyot, cordonnier comme son père, est né à Berlats (Tarn) le 31 janvier 1761. Il s'est marié dans la même commune avec Marie Carayon (1759-1829) avec qui il a eu au moins 5 enfants. Il est décédé dans une commune voisine, Gijounet, le 29 février 1824.

Particularité : bien que tarnais, Claude Guyot est d'origine rhodanienne. En effet, son père Claude dit Sans-Chagrin est né à Beaujeu (Rhône) puis s'est installé dans le Tarn à l'âge adulte. Il semble qu'à l'origine leur patronyme s'écrivait Guyon.

Acte de décès de Claude Guyot - Gijounet 1824 - Source AD81


Joseph Bertholet (collatéral)


Joseph Bertholet est un petit ange parti trop tôt comme de nombreux enfants encore à cette époque : il est décédé le 29 février 1832 à Souclin (Ain). Il était le cousin au 5e degré de mon trisaïeul Julien Bourdin Grimand.

Particularité : aujourd'hui, le maire de Souclin est un Bertholet (Albert).

Acte de décès de Joseph Bertholet - Souclin 1824 - Source AD01

Georges Gaston Bernoville (collatéral)


Georges, Gaston Bernoville est né à Valenciennes (Nord) le 29 février 1884, fils d'Armandine Prudence Bernoville (1859-1910) et d'un père inconnu. Il s'est marié en 1908 à La Sentinelle (Nord) avec Élise Brunelet avec qui il a eu un fils, René (1912-1996). C'était un petit cousin éloigné de mon arrière-grand-mère Marie Céline Bernoville (1886-1954).

Particularité : bien que décédé à Valenciennes le 13 octobre 1926, il fait partie des morts pour la France de la Première Guerre Mondiale.

Extrait d'acte de mariage de Georges Gaston Bernoville - La Sentinelle 1908 - Source AD59

Ignazio Cacioppo (collatéral)


Ignazio Cacioppo est un autre petit ange parti trop tôt, à l'âge de 4 ans, le 29 février 1884 à San Cipirello (Sicile). C'était le fils de Damiano et Felicia Bufalo et arrière-petit-fils de Damiano et Anna Maria Caruso, sosa 82 et 83 de mes filles.

Particularité : Les Cacioppo ont beaucoup migré : Tunisie et États-Unis. Ce sont d'ailleurs des membres de cette famille qui a arrangé le mariage de mes grands-parents en Tunisie.


Eugénie Victorine Tricoteux (collatérale)


Eugénie Victorine Tricoteux, fille de Louis Joseph Etienne et de Marie Catherine Ismérie Boulet, est née le 18 mars 1859 à Grougis où elle est décédée le 29 février 1888 à seulement 28 ans. Elle était marié avec Fortuné Eugène Hénin avec qui elle a eu deux enfants.

Particularité : Eugénie Tricoteux est une nièce à la 5e génération de Marie Boulet, première personne que j'ai citée dans mon billet.

Acte de décès d'Eugénie Victorine Tricoteux - Grougis 1888 - Source AD02

Jules Charles Doyen (collatéral)


Tous ces petits anges de mon arbre... Né le 29 février 1896 à La-Neuville-Bosmont (Aisne), il est décédé seulement 8 jours plus tard. C'était le fils de Marie Angèle Doyen (1877-1961) et d'un père inconnu. Il descend de Pierre Doyen (1755-1806) et Marie Marguerite Dautreppe (1756-1823), sosa 280 et 281 de mes filles.


Particularité : quand on s'appelle Doyen, on n'est malheureusement pas toujours destiné à vivre longtemps. Ceci dit, ce nom ne désignait pas une personne âgée mais plutôt un chef. Voir ici.

Jean Chaulet (collatéral)


Je termine mon billet par de nouveau un bébé malheureusement décédé à l'âge de 3 mois. C'était le 5 juin 1932 à Alger où Jean Chaulet est né le 29 février de la même année. Fils d'Alexandre Edmé (1903-1963) et de Suzanne Claire Bernadette Tamiatto (1905-1986), il était le cousin issu de germains de ma belle-mère par la branche algérienne des Tamiatto.


Particularité : Jean Chaulet était le deuxième enfant d'une fratrie de 10. Il avait un frère, Pierre (1930-2012), professeur de médecine, dont l'engagement avec sa femme Claudine Guillot (1931-2015) dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie était reconnu.


Publication des naissances du 29 février 1932 sur l'Echo d'Alger - Source Gallica


samedi 15 février 2020

RDV Ancestral : voyage dans l'au-delà, épisode 2

Si vous avez raté le premier épisode, rendez-vous ici !

Alors que  mon père et moi sortons de la maison, laissant les chiennes vaquer à leurs occupations canines, j'aperçois d'autres lumières émanant du voisinage proche. Je demande alors à mon paternel :

- Tu as vu du monde depuis que tu es  ?
- Bien sûr ! Tous les vieux que tu as connus sont là ! Les Guyot, les Guibout, les Langlois, les Amoroso et j'en passe !
- Incroyable...

Il me faut décidément accepter que tous les défunts se retrouvent en cet univers parallèle que je n'oserais nommer Paradis ou Enfer. Un agnostique comme moi ne pourrait s'y résoudre !

Une fois dans la rue, la stupeur me saisit une fois de plus. Ma voiture auparavant accidentée est flambant neuve !

- Papa, c'est quoi ce bordel ? Voilà que ma Renault se prend pour Christine* !
- Je crois que tu n'as encore rien vu, se contente-t-il de répondre avant de m'accompagner à bord du véhicule.

Nous prenons alors le chemin inverse qui m'avait amené ici pour retrouver l'autoroute A6. Nous devons en effet remonter sur Paris pour ensuite emprunter le boulevard périphérique jusqu'à la porte d'Aubervilliers. Aubervilliers, c'est là que mes grands-parents habitaient, jusqu'en 1970 pour ma grand-mère et 1982 pour mon grand-père. Dans une rue où je ne suis jamais allé dans le monde réel sauf avec Google Maps, la rue Henri Barbusse. Inutile de répéter que tout l'environnement est obstinément sombre, noir, opaque ! Quelques rares lumières au lointain nous indiquent que nous ne sommes pas seuls. Enfin, pour ce qui est de la route, c'est bien le cas.


Le Périph' parisien, vide et sombre !


Je reprends la conversation avec mon père :

- Dis donc, pourquoi tu n'as jamais essayé d'aller voir tes parents ?
- Pour ça il aurait fallu que je connaisse un cheminot de mon vivant...
- Que veux-tu dire ?
- Bah ! Tu n'as pas encore compris que nous ne pouvons voir que les gens que nous avons fréquentés dans la vie ? Depuis que je suis là, je n'ai pas vu un seul bus ou un seul train. J'en ai conclu qu'aucun conducteur n'est passé de l'autre côté !
- Bon admettons. Mais tu aurais pu demander à un voisin de t'emmener, non ? J'ai bien vu la voiture de Claude devant chez nous.
- Je ne veux pas embêter les gens...

Eh voilà ! C'était pareil de son vivant : la peur de déranger ! Il a toujours dépendu des transports en commun, n'ayant jamais passé l'examen du permis de conduire. Pour ce qui était de l'emmener quelque part en dehors de son travail, il y avait bien ma mère mais pour le reste, pas question d'aller voir quelqu'un d'autre. Du reste, il y a quand même quelque chose qui cloche, alors j'enchaine :

- Mais dis donc, tu as fait comment pour revenir à Longjumeau depuis Clamart ? Je te rappelle que tu es... Bon t'étais à la clinique tout de même !
- Certes, mais je me suis réveillé  au cimetière.
- Mais c'était une semaine après ! Moi, je suis a priori revenu à moi juste après mon accident !
- Que veux-tu que je te dise ? Le délai est peut-être variable selon les gens ou la cause du décès...
- Bon, bon, bon. Passons. Nous arrivons. Tendu ? Impatient ?
- Et toi ?


L'immeuble où vivaient mes grands-parents à Aubervilliers

Nous frappons à la porte de l'appartement supposé des grands-parents. Une voix à l'accent typiquement parisien se fait tout de suite entendre, sans doute mon grand-père :

- Oui j'arrive !

La porte s'ouvre alors sur cette personne que j'aurais pensé plus imposante, plus charismatique, mais il n'en est rien. En photo je le trouve impressionnant mais ici ce n'est pas le cas. Après tout, il a 74 ans, les cheveux grisonnant et le dos légèrement vouté, ce n'est pas cette image que j'ai gardée de lui.

Marcel Bourdin-Grimaud, mon GP, en 1943 alors qu'il était STO à Berlin 

- Non ? Bernard, c'est toi ? J'ai eu du mal à te reconnaître, fait-il, surpris.
- Oui, normal, j'ai presque ton âge...
- Comment ? T'as même pas réussi à vivre plus longtemps que moi ?

Là, je constate qu'il est tel qu'on me l'a coné : toujours aussi moqueur, à rabaisser son unique fils quelle que soit la situation. Passer de l'autre côté, si c'est bien ce qui nous est arrivé, ne fait pas changer les gens.
Il reprend le fil de la discussion alors qu'il me fixe tout à coup :

- Et lui, qui c'est ? Il nous ressemble, c'est François ?
- Non, je suis son petit-frère, celui que tu as à peine connu, j'avais dix-huit mois quand tu as eu ton AVC, grand-père !
- Ah ? C'est ça qui m'a eu ? Je ne savais pas, merci de me l'apprendre, gamin. Je vois que tu as fait encore pire que ton père.
- Pas de ma faute si les gens conduisent mal, lui réponds-je. Mais trève de plaisanteries, tu vas nous laisser sur le palier ou nous permettre de voir enfin ma chère grand-mère ?
- Ta grand-mère ? Oh oui, ton père la verra mais pas toi.
- Hein !? Mais pourquoi ?
- C'est ce que j'essayais de t'expliquer, réplique mon père.

C'est donc ça. Dans cet espèce de monde obscur, seuls les défunts qui se sont connus dans le monde réel peuvent se voir les uns les autres. C'est bien ma veine, comment vais-je faire pour rencontrer toutes celles et ceux qui sont décédés avant ma naissance ? Un RDV Ancestral classique est bien plus simple ! Je n'avais qu'à imaginer l'ancêtre et pouf il apparaissait. Maintenant je vais devoir passer par des intermédiaires, parfois gênants, pour communiquer avec mes aïeux. Ce serait mieux que je me réveille enfin. A moins que... Non, non je vais forcément me réveiller.

- Très bien, ce n'est pas grave, l'un de vous deux va bien m'aider à communiquer avec ma grand-mère, n'est-ce pas ?
- Excuse-moi mais j'ai beaucoup de choses à dire à ma mère, répond mon père. Tu comprends, elle a raté mon mariage et tout ce qui a suivi, je la sens impatiente de tout savoir. Et puis elle m'a tant manqué. Et toi ? Tu n'as pas envie d'en apprendre plus sur ton grand-père ? Après tout, tu m'as tellement bassiné avec ta généalogie...
- On va d'abord boire une anisette ! l'interrompt alors ce dernier.

(Oh non, pas encore, poivrots de père en fils...)

Une fois leurs verres descendus, je laisse mon père s'entretenir avec sa mère et prend mon aïeul en aparté :
- Bon, grand-père, une question me taraude. As-tu vraiment fait partie de la résistance comme me le soutenait papa ? J'ai fait des recherches à ce sujet : aux archives de Paris, au service historique de la défense : rien, nada, des nèfles. Alors ?
- Tu sais que je suis communiste ?
- Oui et alors ? Ce n'est pas un certificat d'appartenance à la résistance, que je sache...
- Je me suis évadé de Berlin.
- Oui, quand tu étais STO, parait-il, mais à part ton statut de réfracataire, je n'ai rien pu prouver. Qu'as-tu fait avant ? Après ?


Attestation de la qualité de réfractaire du STO délivrée à mon GP en 1946 - archive familiale

- Je n'ai pas envie d'en parler. Si tu veux vraiment savoir, débrouille-toi tout seul.

Je ne suis pas étonné par sa réponse. Beaucoup de femmes et hommes ont voulu taire leur passé de cette époque, qu'il soit glorieux ou honteux, pour ne pas ressasser, par pudeur, peur, fierté ou tristesse. Ce n'est pas en insistant que j'obtiendrai des réponses. Au contraire, il n'y a rien de mieux pour braquer les gens. Je me rappelle combien mon père disait que je ne faisais que « déterrer les morts » pour dénigrer ma passion pour la généalogie.

Je décide donc de le laisser avec ses parents - ils ont vraiment besoin de se retrouver - pour me concentrer sur la prochaine personne à aller rendre visite. Une personne que je considérais comme ma grand-mère, telle la subsitution de celle que je ne peux toujours pas voir ici même. Il s'agit de Paulette, sa cousine issue de germains.

A suivre.


* Oui, oui, encore du Stephen King !

mercredi 5 février 2020

L'art de tourner en rond : le cas Auguste Conort

Cette histoire que je vais vous raconter s'est déroulée sur plusieurs années, je dirais trois au maximum. Je m'occupais alors de la généalogie de Madame et dans sa famille il y avait une vieille légende comme quoi un oncle centenaire serait décédé bêtement après être sorti en pleine nuit de sa maison d'habitation alors que l'hiver régnait en maître absolu.

Cet oncle s'appelle Jean Auguste Conort (ou Conord selon les actes) et la maison en question est un mas cévenol que la famille possède toujours aujourd'hui et ce depuis sept générations. Au début les recherches furent assez simples, il suffisait de partir de son acte de naissance, d'y ajouter une centaine d'années et de demander l'acte de décès à la commune où est situé le mas en question. 

Première demande : échec cuisant. La réponse de la mairie fut la suivante : « pas de décès à ce nom-là entre 1932 et 1952 ». Fin de l'histoire, légende enterrée. Mais alors, où est-il décédé, et quand ? Retraçons un peu sa vie en quelques dates :

Naissance, mariage et enfants


Jean Auguste Conort naît à Tarabias, hameau du Chambon, dans le Gard, le 27 mars 1841. C'est une chance d'avoir son acte de mariage car cette commune a été créée en 1839 par un démembrement de Sénéchas, commune voisine. Les premiers registres n'ont été établis qu'en 1841. « L'oncle Auguste » est le fils de Jean Baptiste Conort (1811-1885) et de Victoire Henriette Arnal (1812-1891), les sosas 120 et 121 de mes filles.


Actes paroissiaux et d'état civil du Chambon (1608-1932) » État civil » Actes » 1841-1842 - Image 35 sur 68

Il sera propriétaire cultivateur dans ce même hameau puis épousera en 1875 Marie Adeline Cartier (1842-1915) à Sénéchas. Elle lui donnera deux enfants qui, malheureusement, ne survivront pas à leurs parents. Il s'agit de :
  • Benjamin, Auguste (1881-1881)
  • Marie, Germaine, Henriette (1883-1903)
Avant qu'ils ne soient mis en ligne par les AD30, j'avais recherché cette famille dans les recensements de population. On la retrouve par exemple en 1891, avec la mère d'Auguste, toujours au hameau de Tarabias :


Listes nominatives de recensement de population (1836-1936) - 6 M » De Barjac à Chamborigaud » Chambon » 1891 - Image 11 sur 16


Veuvage


Auguste devient veuf en 1915 à l'âge 74 ans. Il se retrouve donc seul car il n'a plus aucun enfant vivant. Est-il resté vivre dans sa propriété de Tarabias ? Oui, dans un premier temps. Dans les recensements de 1921, on l'y retrouve bien, il a déjà 80 ans. En revanche, en 1926, on le retrouve au hameau du Cornas parmi certains enfants, restés célibataires, de son frère Félix Eugène Marcelin, sosa 60 de mes filles. C'est un indice car en fait ce frère habitait déjà à l'époque le fameux mas évoqué en introduction, son acte de décès en 1921 l'en atteste :


Décès au lieu-dit Prentigarde de Félix Eugène Conort en 1921 - source mairie du Chambon

En 1926 donc, Auguste a 85 ans et vit avec :
  • Alphonse Conort (1874-1953), son neveu et chef de ménage,
  • Célina Conort (1882-1957), sa nièce, institutrice à la Vernarède,
  • Suzanne Conort (1886-1960), son autre nièce, sans profession et qui a toujours vécu là.
En 1931, on le retrouve encore dans le mas et il a 90 ans ! Avec :
  • Alphonse,
  • Suzanne,
  • Alice Fabrègue (1915-1986), sa petite-nièce sans doute de passage.
Enfin en 1936, il a 95 ans et il est toujours là ! Avec :
  • Alphonse,
  • Suzanne,
  • Eugénie Conort (1865-1947), soeur aînée des précédents, directrice d'école à la retraite revenue là pour y finir ses jours.

Listes nominatives de recensement de population (1836-1936) - 6 M » De Barjac à Chamborigaud » Chambon » 1936 - image 11 sur 12


A l'époque de mes recherches, je n'avais pas regardé les recensements de 1946 car cela lui aurait fait 105 ans mais j'en savais assez pour relancer la mairie du Chambon quant à son acte de décès. J'avais bien insisté sur le fait que l'oncle Auguste avait vécu au mas de Prentigarde et donc au Chambon jusqu'en 1936.

Et bien non ! Secrétaire de mairie catégorique ! Retour à la case départ.


Recherches dans d'autres communes


Je ne me suis pas avoué vaincu pour autant. Profitant justement de mes vacances d'été à Prentigarde, j'ai décidé d'aller faire un tour à la commune voisine de la Vernarède où certains membres de la famille Conort sont décédés, comme Alphonse en 1953 ou Célina en 1957. Je me suis donc rendu à la mairie de ladite commune où un agent bien sympatique avait retourné tous ses registres, en vain. Il m'a alors suggéré deux autres communes : Chamborigaud, non loin de là, où il y a aujourd'hui une maison de retraite, et Alès, la plus grande ville avant Nîmes à trente minutes de route. Oui ! Mais à l'époque, combien de temps mettait-on pour s'y rendre !? Il faut savoir que le mas de Prentigarde est juché en haut de colline (environ 400m d'altitude) et que les pistes ne sont toujours pas goudronnées aujourd'hui (tant mieux d'ailleurs). Alors dans les années 30 je n'en parle même pas.

Trève de suspense : chou blanc à Chamborigaud. Idem à Alès.


Carte des environs du Chambon (OpenStreetMap)

Dernier recours : les tables de successions et absences


De retour dans le gris parisien sans l'acte de décès en poche, je me suis dit que je n'allais tout de même pas écrire à toutes les communes limitrophes du Chambon, cela n'avait pas de sens et mon intuition me disait de persévérer sur la légende familiale. J'ai donc eu recours au fameux Fil d'Ariane pour rechercher Auguste dans les tables de successions et absences du bureau de la Grand'Combe dont dépendait le Chambon à l'époque. Si Auguste n'est pas décédé au Chambon, il devait toujours y être domicilié !

La réponse a été rapide : je remercie les bénévoles de l'association une nouvelle fois !


Que voit-on ? Et bien il est décédé au Chambon !

Ni une, ni deux, j'envoie un email pour la troisième fois à la mairie du Chambon. Réponse le jour même :



Tadam !





Auguste Conort est donc décédé le 24 décembre 1940 à deux heures du matin au mas de Prentigarde trois mois avant de fêter son centième anniversaire. C'était bien en plein hiver, durant la nuit et il n'avait pas loin de 100 ans. La légende est ainsi finalement partiellement prouvée !


Conclusion


Je vais conclure avec cette citation que l'on peut trouver un peu partout sur les sites qui traitent de généalogie : « Les recherches par correspondance sont possibles à condition que la demande soit précise (date exacte de l’acte par exemple) et motivée. La Circulaire du 16 juin 1983 rappelle que les services d’archives publics n’ont pas à se substituer aux particuliers pour effectuer des recherches à leur place ».
Soit la secrétaire de mairie a appliqué cette circulaire sans me le dire, soit elle a eu la flemme de chercher. Dans les deux cas, avec seulement une dizaine de décès par an (avec tables !), il faut vraiment faire preuve de mauvaise volonté ou ne pas voir un éléphant dans un dé à coudre ! ;-)

Et surprise de dernière minute, voici Auguste Conort !

Auguste Conort - 1938-1939 - Croquis par Henri Tamiatto (1910-1998) - Famille Tamiatto-Bernardot

mardi 28 janvier 2020

Mon blog a 1 an !

Et voilà mon blog a un an ! Déjà !

J'avoue que je n'aurais jamais pensé réussir à le tenir tellement la tâche m'était ardue. Et l'accueil ! J'ai été agréablement surpris par les retours qui m'ont été faits et cela m'encourage à continuer de vous livrer des articles qui, j'espère, sauront attiser votre curiosité.


(c) Pixabay


Dressons donc un petit bilan en chiffres, que s'est-il passé en 2019 ?  



  • 51 articles rédigés, dont 28 pour le ChallengeAZ, 8 enquêtes photos et 5 RDV Ancestraux.
C'était d'ailleurs ma toute première participation au ChallengeAZ. J'avais décidé d'évoquer les patronymes rares de ma généalogie. Le bilan est plutôt mitigé ce que je trouve logique : plus le patronyme est rare moins il concerne de généalogistes ! Ceci étant, j'ai eu quelques retours positifs et de mises en avant sur Twitter. J'ai donc décidé de rempiler pour 2020, j'y viendrai après. Merci donc à tous celles et ceux qui m'ont encouragé !

  • Environ 8000 vues. Je ne sais pas trop ce que ça représente en réalité donc passons.

  • 0 abonné. Ben alors ? Blague à part, là aussi, j'en ignore l'intérêt.


Petits « top » et « flop » de mes articles


Je n'appellerais pas vraiment ça un top ou un flop, mais simplement les articles plus ou moins vus. Voici donc, hors ChallengeAZ :

Côté « top »



Et les moins vus :

Et en 2020 ?


Comme évoqué plus haut je compte rempiler pour le Challenge AZ pour lequel je pense déjà avoir trouvé le thème. Je pense qu'il sera bien plus compliqué pour moi en termes de recherches et d'écriture, nous verrons bien.

Ensuite je compte poursuivre mes enquêtes photos (cela a l'air de vous plaire !) et participer à quelques généathèmes si possible.

Quant au RDV Ancestral, il n'y en aura qu'un cette année mais... En douze épisodes ! Certains ont déjà lu le premier et les retours qui m'ont été faits m'encouragent à continuer sous ce format. Pour ne rien vous cacher, le thème de ce RDV à épisodes était à la base un projet de roman (ou de nouvelle) qui a germé dans ma tête suite au décès de mon père en 2017. Cependant, comme je pense n'avoir absolument pas le temps requis pour le mettre en oeuvre, je préfère me servir du RDV Ancestral pour en pondre une version allégée. A la fin de l'année, en fonction des retours et de mon sentiment personnel, je verrai si oui ou non je l'étofferai sous un nouveau format.

Enfin, j'ai quelques objectifs supplémentaires cette année :
  • Enfin me sortir des Bousse. Voir ici et pour comprendre :-)
  • Écrire la biographie d'un ancêtre peintre de mes filles : Jean-Marie, dit Jules Daisay. Je souhaite la réaliser sous forme de livre à destination de ma famille (et aux curieux) et peut-être en version allégée sur le blog.
  • Prendre contact avec des cousins potentiels afin de m'aider dans mes recherches photographiques non encore abouties.
  • Et évidemment étoffer mon arbre, cela va de soi.

Très ambitieux tout ça sachant que je suis loin de la retraite et que j'ai trois jeunes sosa 1 à élever :-)


Je vous dis donc à très bientôt !