samedi 18 septembre 2021

#RDVAncestral : L'homme qui portait malheureusement bien son nom

Cet article est écrit dans le cadre du #RDVAncestral ayant lieu le 3e samedi de chaque mois et qui consiste à imaginer une rencontre avec un ancêtre.

 

Pouvoir profiter d'un court temps libre afin de se promener le long d'une rivière, voilà qui est un luxe que je ne me paie pas souvent. C'est pourtant ce que je suis en train de réaliser en ce radieux samedi accompagné d'un bon air vivifiant. L'automne n'a pas encore atteint les arbres environnant et la vie urbaine, non loin de là, n'est guère à son point culminant. En clair, tout est calme et je me sens bien.

Soudain, ma vue se brouille, comme si je subissais un effet Doppler, puis retrouve sa netteté d'origine mais dans un environnement différent. Bien que je suis toujours aux abords d'une rivière, il n'y a plus aucune trace de vie citadine alentours. Ceci dit, le calme a cédé sa place à un attroupement au bord de l'eau. Je décide alors de m'approcher pour voir ce qu'il s'y passe.

Là, je distingue des villageois dont les habits me font penser que j'ai fait un bond en arrière de quelques siècles. Je dirais que je me retrouve bien avant la révolution française. Curieux, je m'avance alors et me fraie un passage entre les badauds qui, malgré mon apparence futuriste, ne prêtent guère attention à moi. C'est là qu'à mes pieds, je vois les corps de deux hommes, a priori morts noyés. Je m'enquiers de leur sort auprès d'une personne se tenant près de moi :

- Que s'est-il donc passé ?

- On vient juste de repêcher ces deux hommes. Ils se sont noyés dans le ruisseau mais on ne sait pas ce qu'il s'est passé, me répond tristement mon interlocuteur.

- Sauriez-vous qui sont-ils ?

- Mais oui bien sûr, tout le monde les connaît ici. Je suppose que vous n'êtes pas d'ici, vous !

- Non, en effet...

- Eh bien là, c'est Nicolas Duru et son voisin André Hiblot ! 

A la simple évocation du premier nom, je comprends immédiatement quand et où je me trouve : à Loivre (Marne) en 1756. Nicolas Duru, sosa 1202 de mes filles, y a été baptisé le 20 mars 1716. Fils de Louis et de Nicole Gourlin (avec ou sans r selon les actes...), il épouse en 1742 Marie Madeleine Vuarnet avec qui il aura quatre enfants. Son métier m'est inconnu car il n'en est fait mention sur aucun acte le concernant, directement ou indirectement.

 

C'est devenu un canal depuis... - Source Delcampe

 

C'est son acte de sépulture qui est donc le plus surprenant : il relate les circonstances de son décès. Il y est écrit qu'il a été trouvé noyé dans le ruisseau de Loivre ; il avait 40 ans. L'acte précédent relate le décès de son voisin André Hiblot qui n'a aucun lien de parenté avec lui. 


Actes de sépulture d'André Hiblot puis Nicolas Duru - Loivre 1756 - AD51


C'est à peine remémoré la fin funeste de mon ancêtre que je me retrouve à mon époque. Voilà un bien curieux RDV ancestral où je n'ai même pas pu échanger quelques mots avec mon ancêtre...

- Hey, je suis là !

Je me retourne et aperçois Nicolas, bien vivant, quoi que étrangement entouré d'un halo blanchâtre.

- C'est gentil d'être passé me voir, me lance-t-il tout sourire.

- Ce n'est pas vous qui m'avez fait venir !? lui réponds-je surpris.

- Allez, j'y retourne. A nous revoir !


Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre. Que ce soit cette rencontre ou bien la cause de la noyade de mon ancêtre.

Pour finir, je trouve cela cocasse de finir sa vie dans un ruisseau quand on s'appelle Duru, le ru étant un petit cours d'eau.

mardi 27 juillet 2021

Antoine Daisay : Mort pour la Liberté

S'il est une révolution dont on ne parle quasi jamais, contrairement à celle de 1789, c'est bien celle de juillet 1830. Appelée aussi les « Trois Glorieuses » car déroulée sur trois jours, du 27 au 29 juillet, elle n'en fut pas moins importante que sa prédécesseure. Elle mit fin au règne aristocratique de la maison Bourbon et de Charles X - qui se prenait un peu trop pour son illustre ancêtre Louis XIV - pour laisser place à la maison d'Orléans avec Louis-Philippe Ier à sa tête. Les Parisiens se sont en effet soulevés contre les ordonnances du roi jugées dictatoriales et liberticides mais cette révolte fut loin d'être pacifique : elle s'est finie dans un bain de sang. Officiellement, elle fit 504 victimes parmi les insurgés, chiffre sous-estimé selon les historiens. Ces révolutionnaires resteront à jamais gravés dans les mémoires car leurs noms figurent sur la Colonne de Juillet, située Place de la Bastille, devant laquelle bon nombre de gens passent sans se demander à quoi elle peut bien servir.

Et parmi ces noms, il y en a un qui retenu toute mon attention : Antoine Daisay.


Le nom des victimes de la révolution de Juillet dont A.Daisay. On peut retrouver la liste noms sur Gallica

     


Généalogie d'Antoine Daisay

 
Deuxième enfant d'une fratrie de onze, Antoine Jean-Baptiste Daisay est né à Chambéry, le 9 juillet 1797, à l'époque où la Savoie était française. Il est le fils de Gaspard (1766-1846) et de Barbe Routen (1775-1857), cordonniers, sosa 232 et 233 de mes filles. Il est baptisé le même jour dans deux paroisses, celle de Saint-Léger et celle de Lemenc, ce qui est un fait curieux. Son parrain est son grand-père Antoine Routen et sa marraine, Jeanne Daisay, une de ses tantes, qui habitera par la suite Paris, tout comme Antoine.
 

Acte de baptême d'Antoine Daisay, orthographié Désay - AD73


«L'an mil sept cent quatre vint dix sept et le neuf juillet est né et le même jour a été baptisé antoine jean baptiste fils de Gaspard Desay et de Barbe Routens mariés. Parrain Antoine Routens grand père; Marraine Jeanette Désay tante de l'enfant.»

Antoine est aussi l'oncle de Jules Daisay dont j'ai tant parlé sur ce blog.

Il s'installe à Paris à une date inconnue où il exerce le même métier que ses parents - et que de nombreux membres de cette famille à chaque génération. C'est là qu'il rencontre sa future femme, originaire d’Époisses en Côte d'Or, Anne Nageotte. Ils se marient le 31 décembre 1829 à la mairie de l'ancien quatrième arrondissement où ils vivent, rue du Four Saint-Honoré, aujourd'hui rue Vauvilliers dans le premier arrondissement. Parmi les témoins on retrouve un de ses frères, Jean-Claude, et l'époux de sa marraine et tante, Nicolas Roty.




Acte de mariage Daisay x Nageotte issu de l'Etat Civil reconstitué de Paris - AD75

De leur union, naîtra une unique fille, Marie, le 19 avril 1830 dans l'ancien cinquième arrondissement. On y reviendra.


Son décès

 

C'est au deuxième jour de la révolution qu'Antoine Daisay trouve tragiquement la mort. Deux documents font état des circonstances de la mort. Le premier est son acte de décès, très certainement par un partisan de la révolution à en juger la tournure de phrase :

 

Acte de décès issu des reconstitutions des AD75.

 « Du trois août 1830. Acte de décès de Antoine Daisay, cordonnier, tué le 28 juillet en combattant pour la liberté, âgé de 33 ans, né à Chambéry, demeurant à Paris rue de la bibliothèque n°14, marié à Anne Nageoty, même demeure... »


Le deuxième document est issu d'un dossier conservé au C.A.R.A.N dont le fonds est nommé « Récompenses honorifiques et secours aux combattants, blessés et victimes des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. » En effet, suite à l'instauration du nouveau régime, l’État avait prévu de dédommager les familles des victimes. Parmi les pièces du dossier, on retrouve donc cette sorte de certificat de notoriété décrivant les circonstances de la mort, témoignages à l'appui :

 


« A savoir que le vingt huit juillet dernier à sept heure du soir, en combattant au coin de la rue de la Bibliothèque, il a été atteint d'une balle qui lui a traversé la tête et qu'il a succombé quelques instants après. »

On trouve encore plus de détails dans cette lettre envoyée par un riverain d'Antoine Daisay au directeur du Courrier Français, journal libéral de l'époque :
 


« Monsieur,

Connaissant votre dévouement à faire connaître au gouvernement par la voie de votre journal toutes les belles actions qui ont eu lieu pendant les journées des 27, 28, et 29 juillet der. il en est une qui meritte de vous être signalée, le nommé Daisay cordonnier de la rue de la Bibliothèque n°14 pendant les susdites journées il n'a saissé de se rendre sur tous les points du dangé ayant un long bâton au bout du quelle il avait adapté un tranché en forme de bayonnette; principalement à la redoute de la rue St Honoré près celle croix des petits champs et s'étant embusqué au coin de la rue de la bibliothèque il a été ateint d'une bal a sa tette et expiré sur le coup et laisse une femme avec un enfant de trois mois, sans aucuns moyens d'existance par sa perte qu'elle vient deprouvé. »

 

La seule chose que je ne saurai sans doute jamais, ce sont les raisons qui l'ont conduit à prendre part à la révolution. Parmi les hypothèses, il y aurait ses conditions de vie qui ne semblaient pas des plus aisées, sa veuve et son enfant se retrouvant sans ressources. C'est pourquoi le versement d'une pension dite « récompense honorifique » fut bienvenue.

Son inhumation

 
Le lieu de sa sépulture juste après son décès m'est inconnu malgré mes recherches dans les registres d'inhumation en ligne sur le site des archives de Paris. En revanche, il accompagne ses compagnons d'infortune dans le monument érigé à leur triomphe, la fameuse Colonne de Juillet, lors de son inauguration en grandes pompes en 1840. Lors de cette cérémonie, Hector Berlioz dirige l'orchestre jouant sa Symphonie funèbre et triomphale.
 

Le dossier de pension

 
Le dossier de pension évoqué plutôt permet de comprendre ce qui s'est passé après la révolution pour la famille Daisay. Parmi les pièces de ce dossier coté F/1dIII/52 (le CARAN me l'a numérisé à ma demande),  on retrouve :
  • Le certificat de notoriété cité plus haut ;
  • Les extraits d'actes de naissance de la victime, de ses parents et de sa veuve ;
  • Une fiche signalétique pour chaque membre de la famille concerné par la demande de pension ;
  • Des certificats de vie, prouvant que la veuve et l'orpheline sont toujours en vie ;
  • Différentes lettres appuyant la demande de pension ;
  • Un extrait des minutes extra-judiciaires près la justice de paix du canton de Semur (Côte d'Or) : il contient un conseil de famille statuant que Marie Daisay est sous la tutelle de sa mère et qu'un certain Jacques Antoine Beudeley, ami de la famille, en devient le subrogé tuteur ;
  • Enfin, la nature de la pension délivrée à la famille.

 

Fiche de demande de pension pour Marie Daisay, fille d'Antoine

 

La vie continue

 

Après les faits, Anne Nageotte retourne vivre en Côte d'Or, d'abord à Époisses, sa ville natale, puis à Semur-en-Auxois où elle décède en 1879 dans l'hospice de la commune. Elle ne s'est jamais remariée.

Quid de Marie Daisay ? Je ne l'ai jamais retrouvée avec sa mère dans les recensements en ligne, pas plus que chez son subrogé tuteur à Époisses et je ne lui ai jamais trouvé de mariage. Il m'a fallu obtenir la déclaration de succession de sa mère pour comprendre pourquoi (merci le Fil d'Ariane) : en 1880, elle est notoirement connue comme Sœur Euphrasie au couvent des Ursulines de Montbard, toujours en Côte d'Or.   

Je la retrouve donc, par exemple, dans les recensements de Montbard de 1886 :

 

Recensement Montbard 1886 - Couvent des Ursulines rue Daubenton - AD21 (10 M 424-11)

Pour l'anecdote, son nom y est orthographié Daisey. Si Daisay est un patronyme typiquement savoyard, la variante orthographique existe Daisey bel et bien en Côte d'Or. La confusion est donc compréhensible.

Malheureusement, je n'ai pas retrouvé son acte de décès. En 1905, lors de la séparation de l’Église et de l’État, les Ursulines ont dû quitter le couvent. Il est probable qu'elles aient quitté la France pour la Suisse ou la Belgique mais est-ce bien le cas pour Marie Daisay, âgée de 75 ans cette année-là ?

Cela fera l'objet d'une autre recherche !

jeudi 24 juin 2021

#Généathème : absence de succession = indigence ?

Cet article est écrit dans le cadre des « généathèmes », relancés par l'association Geneatech, ce mois-ci, les histoires d'argent.

 


Alors, en réalité, je vais plutôt vous raconter des histoires de « non argent » car je m'intéresse ici à l'absence de déclaration de succession (ou mutation par décès) suite au décès d'un individu. On peut retrouver les transcriptions de ces déclarations aux archives départementales sous la série 3Q mais avant cela, il faut se référer aux tables de successions et absences pour vérifier si une déclaration a été faite. En l'absence de mention de succession, cela signifie que le défunt n'avait pas d'actif. Dans ce cas il y avait parfois des certificats d'indigence mais pas toujours.

Oui, mais qu'est ce que l'indigence ? Situation de quelqu'un qui manque des choses matérielles les plus nécessaires à la vie, comme la nourriture, l'argent. (source : cnrtl.fr). En gros, c'est la pauvreté.

OK mais est-ce que l'absence d'actif, in extenso de succession, signifie que la personne a vécu dans la pauvreté ? A l'inverse, le fait qu'il y ait eu une déclaration de mutation par décès revient-il à dire que le défunt était aisé voire riche ? Tout est relatif, voici donc quelques exemples.


Joseph Bourdin-Grimaud (1881-1927)

 

Joseph, dont j'ai déjà beaucoup parlé sur ce blog, est mon AGP en ligne paternelle. Il est décédé à l'âge de 45 ans, à Paris, en 1927, en pleine rue pendant son travail. Il était cocher-livreur de vins, profession qui n'enrichit pas vraiment si bien que dans les tables de successions et absences du bureau de Pantin, sa commune de résidence, on ne retrouve aucune trace de déclaration de succession mais simplement un tampon « pas de compte, ne possède rien ».
 
 
 
Tampon qu'on retrouve souvent dans ce registre - AD93 cote 1259W31

 
Cela signifie donc qu'il n'avait aucun argent de placé, pas même d'obligations comme c'était monnaie courante à l'époque. Il n'était pas propriétaire de son appartement ni même des meubles le meublant (non, en langage notarial/fiscal, ce n'est pas un pléonasme). 
 
Etait-il pauvre pour autant ? Pas si sûr : sa femme et lui travaillaient tous les deux et n'avaient qu'un seul enfant à élever, mon grand-père Marcel. Il existe même des photos professionnelles de ce dernier alors qu'il était bébé et enfant ce qui tend à montrer que ses parents avaient les moyens de se le permettre. Je pense donc que sans être évidemment aisée, la famille pouvait vivre décemment. 
 
 

Jeanne Nard (1846-1921)


Jeanne Nard est la mère du précédent. J'ai également déjà parlé d'elle ici. Elle est décédée en 1921 à l'Hôpital Lariboisière, à Paris 10e. Elle avait 74 ans. Pour elle également, la table de successions et absences du bureau de Pantin, où elle vivait elle aussi, n'indique aucune déclaration de mutation par décès mais uniquement le même style de tampon que ci-dessus. Je sais en revanche qu'elle a bénéficié d'une tombe individuelle dont la concession a été achetée et renouvelée une fois par Joseph (il aurait peut-être continué à la renouveler s'il n'était pas mort prématurément).

Etait-elle vraiment pauvre ? Malheureusement, oui. J'ai expliqué sur l'article qui lui est consacré qu'elle est devenue veuve en 1892 avec deux jeunes garçons à élever, ce qu'elle n'a pas pu faire bien longtemps. En effet, deux ans plus tard, elle a dû les faire placer par l'assistance publique car elle ne pouvait pas subvenir à leurs besoins. Sur le dossier de l'assistance, il est par exemple indiqué qu'elle touchait environ 1 franc par jour alors que son loyer s'élevait à 140 francs par mois.
 
 

Extrait du dossier des enfants assistés de la Seine - AD75



Coline Daisay (1839-1929)

 
Coline est la sœur de Jules Daisay, sosa 58 de mes filles. Native de Chambéry en 1839, elle a fini ses jours à Paris, dans le 9e arrondissement, en 1929 à près de 90 ans. Elle vivait alors au 31, rue Saint-Lazare, également lieu de son décès. Pour elle également, il n'y a pas eu de déclaration de succession pour raison d'absence « d'actif apparent » (AD75, cote DQ8 2793).
 
 

Coline Daisay, sortie de Bal, peinte par son frère Jules - Source Base Joconde



Etait-elle vraiment indigente ? Pas vraiment. Si à la fin de sa vie, elle ne semblait plus rien posséder, elle n'a jamais vraiment été dans le besoin. Elle avait épousé un banquier malheureusement décédé prématurément en 1882 mais cela lui a permis de vivre aisément et d'élever correctement leurs trois enfants dont l'un, René Marc Savoyen, a fait l'école Polytechnique et a terminé sa carrière comme lieutenant-colonel et officier de la Légion d'Honneur. Sa fille a également épousé un banquier ce qui laisse penser que la famille a toujours été présente, du moins financièrement, pour Coline.


Coline Daisay (1800-1858)

 

Coline Daisay (voir ici également), comme sa nièce ci-dessus, est née à Chambéry et décédée à Neuilly-sur-Seine où elle a été inhumée. Avant cela, elle a vécu une partie de sa vie à Lyon avec son mari et ses deux enfants. Contrairement aux autres femmes précédemment citées, elle est décédée avant son époux tant et si bien que ce dernier fut son légataire. Cependant, aucune mention de succession n'apparaît dans la table de successions du bureau de Neuilly-sur-Seine.
 
Vivait-elle dans la pauvreté ? Carrément pas ! Son époux n'était autre que Jean-Cincinnatus Mouton-Duvernet, fils unique du baron de l'Empire Régis Barthélémy Mouton-Duvernet. Jean-Cincinnatus était marchand tailleur mais est surtout devenu un des légataires de Napoléon Bonaparte, rien que ça. Il s'est d'ailleurs battu une bonne partie de sa vie pour obtenir son leg. Si l'histoire vous intéresse, vous pouvez la retrouver sur Gallica. 
 
Du fait du rang social de Jean-Cincinnatus, la famille Mouton-Duvernet/Daisay était aisée, ils ont même eu jusqu'à 7 personnes à leur service, comme en attestent les recensements fiscaux de la commune de Lyon.
 
 
Recensement fiscal du 7 rue Clermont à Lyon en 1833 - AM Lyon 921 WP 155 - on y voit qu'un domestique et six ouvriers et/ ou apprentis travaillaient pour le couple Mouton-Duvernet
  
 

 
 
Pour illustrer leur milieu social, leur fils Jean-Baptiste, décédé en 1912 sans postérité, est devenu, entre autres, préfet de plusieurs départements. Quant à leur fille Marie, malheureusement morte en couches, elle avait épousé le fils d'un ancien maire de Lyon.

Alors pourquoi Coline Daisay ne possédait-elle rien à son décès ? Je pense - sans en être certain - qu'à cette époque, le système était très patriarcal et que toutes les possessions du couple revenaient au mari. Ils se sont d'ailleurs mariés sans contrat devant notaire. Même l'héritage de ses parents, respectivement décédés en 1846 et 1857 a dû, lui aussi, finir dans la communauté de biens.

Précisons également que je n'ai retrouvé aucune trace de donation la concernant.

Paul Victor Bousse (1888-1942)

 
Paul Victor Bousse est un autre de mes AGP. Ce coiffeur Rémois né en 1888 a vécu après guerre en région parisienne, notamment aux Pavillons-sous-Bois. Malade de l'estomac, il s'éteint en 1942 à l'hôpital Tenon dans le 20e arrondissement de Paris. Lui non plus n'avait pas d'actif à son décès, pas plus que sa seconde épouse Louise Boban, décédée dans le même hôpital cinq ans plus tard. 

Etaient-ils pauvres ? Difficile à dire. Paul Victor Bousse, à son retour de captivité (4 ans passés à Darmstadt), divorce de mon AGM puis se marie avec Louise Boban, conditionneuse en pharmacie. Ils auront une fille et déménagent plusieurs fois : Livry-Gargan, Reims puis aux Pavillons-sous-Bois à différentes adresses dont une où ils sont propriétaires d'une maison héritée par Louise. Paul est coiffeur comme son père, il est tantôt à son compte, tantôt employé à la fin de sa vie. En 1933, Paul et son père héritent de leur mère et épouse Adeline Godot, d'une coquette somme pour l'époque (environ 10000 frs). Que s'est-il passé pour que Paul et Louise se retrouvent sans rien ? Mystère. Je n'ai toujours pas retrouvé l'acte de décès du père de Paul qui pourtant vivait chez ce dernier jusque-là. Mon hypothèse est que le peu d'argent qu'ils avaient a dû être dilapidé dans une éventuelle maison de retraite.
En définitive :  la famille a dû vivre décemment mais s'est retrouvée sans rien à la fin sans oublier que la seconde guerre mondiale et la maladie n'ont rien dû arranger.


Mon AGP avait même déposé un brevet ! Source : INPI


André Guy (1827-1893)


Je termine par André Guy, sosa 52 de mes filles, qui est né en 1827 à Bez-et-Esparon (Gard) et est décédé en 1893 à La-Vacquerie-et-Saint-Martin-de-Castries. Il y a bien eu une déclaration de succession le concernant dont la transcription se trouve au bureau de Lodève. Les héritiers étaient sa seconde épouse et ses cinq enfants survivants.
Ces derniers se sont-ils enrichis ? Eh bien pas vraiment. En effet, il n'y a eu succession uniquement parce qu'André avait hérité 4 ans plus tôt de son fils Jules (1856-1889) qui possédait une maison en mauvais état ainsi que quelques terres. Autrement, la communauté n'avait aucun bien.
 
 
 
Extrait de la déclaration de succession d'André Guy - AD34 bureau de Lodève

 

mercredi 26 mai 2021

#Geneathème : Alexandre Godot, le fossoyeur

Cet article est écrit dans le cadre des « généathèmes », relancés par l'association Geneatech, ce mois-ci, les remariages.




Alexandre Godot, sosa 74 de mes filles, était tisseur mais il aurait malheureusement pu être fossoyeur, nous allons voir pourquoi. Sa vie, triste comme tant d'autres, mérite en effet d'être racontée.


Naissance et famille


Alexandre est né en 1834 à Bazancourt, dans la Marne. 9e enfant d'une fratrie de 12, il était plutôt d'origine ardennaise puisque son père, Charles, était d'Ambly-Fleury et sa mère, Marie Poncette Baudouin venait de La Neuville-en-Tourne-à-Fuy, commune ou le couple s'est d'ailleurs marié. Des 12 enfants qu'ils auront eus entre 1823 et 1840, 8 ont pu parvenir à l'âge adulte ce qui est plutôt bien pour l'époque. Alexandre n'aura d'ailleurs pas eu le malheur de voir mourir les 4 autres en bas âge car il est arrivé après. Malheureusement, la suite est plus cruelle.


Retour dans les Ardennes et premier mariage


La famille retourne vivre à Rethel, dans les Ardennes, à une date qui m'est inconnue mais sûrement après 1843, année du décès de Charles Godot, à Reims, âgé de seulement 41 ans. 
Alexandre se marie en 1856 non loin de Rethel, à Neuflize, avec Françoise Séraphine Sauvage (sœur de Jean-Marie Séraphin), une locale. Sont présents au mariage la mère du futur, le père de la future ainsi que deux frères et un beau-frère d'Alexandre. Alexandre et Françoise auront :
Le couple n'aura pas d'autre enfant et le malheur viendra une nouvelle fois frapper Alexandre : Françoise Séraphine meurt en 1863 à Rethel à l'âge de seulement 29 ans.


Second mariage


Voilà donc Alexandre, déjà veuf, avec deux jeunes enfants à élever. Il ne tarde donc pas à se remarier, en 1864, à Rethel cette fois, avec Clotilde Thonnellier, de 9 ans sa cadette. Une partie de la famille d'Alexandre est également présente à ce mariage : sa mère, un frère et un beau-frère. Clotilde donnera deux enfants à Alexandre :
  • Désiré (1865-1866) ;
  • Eugène (1866-1866).
Puis en octobre 1866, c'est la tragédie : Clotilde et Désiré meurent tous les deux le 3 octobre puis Eugène le 11. Alexandre se retrouve de nouveau tout seul avec ses premiers enfants et endeuillé par ses 3 pertes successives. Qu'a-t-il bien pu leur arriver ? La maladie très probablement. Par chance, elle n'a dû toucher ni Alexandre, ni Adeline, ni Jean-Baptiste.


Troisième mariage ?


L'année suivante, Alexandre, resté à Rethel, rencontre Eugénie Raymond, native de Launois-sur-Vence en 1843. Ils doivent se marier : les bans sont proclamés les 10 et 17 février 1867. Pourtant, aucune trace du mariage ! Après moult recherches, je comprends qu'il n'a jamais eu lieu. Eugénie Raymond finira par se marier à Reims avec Jean-Baptiste Stÿnen en 1873. Elle expirera pour la dernière fois en 1891, âgée de seulement 47 ans.


Traversée du désert


Alexandre, resté donc veuf, disparaît des Ardennes. Je ne le retrouve qu'en 1870 à Reims où il est une nouvelle fois frappé par le malheur : son fils Jean-Baptiste, cité plus haut, est terrassé par la maladie alors qu'il était à peine entré dans l'adolescence. Mais cela ne s'arrête pas, son frère Eugène Napoléon, avec qui il vivait cette année-là à Reims sera victime quelques mois plus tard de la guerre de 1870. Alors soldat au 125e régiment de ligne, il trouvera la mort à Paris, dans une ambulance.
Puis je perds la trace d'Alexandre une bonne dizaine d'années. Même sa fille, unique survivante de ses enfants, n'habite pas avec lui : dans les recensements rémois de 1872 et 1876, je la retrouve chez une tante maternelle, sans doute parce qu'Alexandre ne pouvait pas subvenir à ses besoins.


Vrai troisième mariage


Finalement c'est bien à Reims que je le retrouve, en 1880, où il se marie une troisième fois avec Angélique Anceaux, une Ardennaise de Faissault. Il a 46 ans et elle 34. Sa mère est toujours présente mais mourra octogénaire l'année suivante, à Neuflize. Son frère Athanase est également témoin tout comme à ses deux premiers mariages. C'est d'ailleurs en cette même année que sa fille Adeline se marie avec Paul Victor Bousse. 1880, voilà enfin une année heureuse où père et fille se marient en même temps (à deux mois d'écart, cela dit). 
Mais vous vous en doutez, cette joie ne durera pas ! Angélique donnera bien quatre enfants à Alexandre :
  • Jean-Baptiste Adolphe (1881-1887)
  • Athanase Emile (1883-1884)
  • Adélina Emilienne (1885-1885)
  • Désiré Emile (1886-1886)
Comme on l'aperçoit par les dates, tous les quatre auront un destin précocement funèbre. Et ce n'est pas tout : Alexandre survit à sa dernière épouse qui décède en 1901 à Reims. Et sans compter ses frères et sœurs partis avant lui...



Evènements d'Alexandre (en bleu) et sa famille entre Rethel et Reims
(OpenStreetMap via Heredis)


Décès


Finalement, Alexandre s'éteindra en 1904 à l'Hôtel-Dieu de Reims à l'âge de 70 ans, 70 ans d'une vie de labeur et de tristesse. La vie ne tient qu'à un fil : il aura « enterré » toutes ses épouses et tous ses enfants à l'exception de son aînée Adeline sans qui je ne serais pas là à coucher ces lignes.

Aujourd'hui, du fait du peu de survivants de cette branche, il n'existe que peu de descendants vivants. En effet :
  • Alexandre Godot n'a eu qu'une fille survivante, Adeline ;
  • Adeline n'a vu qu'un garçon atteindre l'âge adulte, Paul Victor, mon AGP ;
  • Ce dernier n'aura eu que deux filles dont ma grand-mère que j'ai cru fille unique jusqu'en 2016 ; 
  • Mon père était fils unique ainsi que son demi-cousin germain ;
  • Nous voilà donc mon frère et moi, notre cousine issue de germains (qui ne nous connaît pas) et mes filles, seuls descendants d'Alexandre.

Qui d'autre pour garder sa mémoire ?

samedi 17 avril 2021

#RDVAncestral : Calogero, un jour au mauvais endroit

Je suis encore là à perdre mon temps à suivre des pistes sans issue pour tenter de trouver mon lien de parenté avec cette mystérieuse correspondance trouvée sur MyHeritage. Après plusieurs heures et jours cumulés ainsi que deux articles sur le blog, je piétine. Il serait peut-être temps de faire une pause et de reprendre le cours des autres projets plus importants à mes yeux. Assez de dispersion ! Et que je suis las ! Une petite sieste me ferait du bien... 


Mais voilà qu'à peine assoupi, je sens une main me presser l'épaule. Je me retourne alors pensant me trouver face à ma compagne mais il n'en est rien. C'est un vieux monsieur dégarni et bien pauvrement habillé qui se tient devant moi.


- Salve ! Allora ? Comment as-tu pu douter de moi ?
- Comment ? Mais qui êtes-vous ? Que faites-vous ?
- Tu sais très bien qui je suis, tu n'avais pas prévu de faire un RDV ancestral, eh bien me voilà quand même. Il fallait bien que je passe te voir, qu'on ait une petite discussion !


Cet homme... Mais oui, je le reconnais, c'est le grand-père maternel de ma mère, Calogero Perna. Sicilien de naissance, il a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie, pensant comme tant d'autres  y trouver une vie meilleure.


Seule photo que j'ai de Calogero Perna




- Comment cela, j'ai douté de vous ?
- Ascolta ! Tu m'as prêté une relation avec une allemande, cela ne te dit rien ?

Bien sûr... Dans mon premier article sur ma recherche ADN, j'avais supposé une probable relation entre lui et une française née allemande, en 1916, en marge de la bataille de Verdun où mon AGP était enrôlé aux côtés de l'armée française.

- Oui, oui, OK mais j'ai vite écarté cette possibilité.
- Certes mais le fait même d'y avoir songé m'a fait beaucoup de peine, tu sais ? Je suis né en 1876 à Camporeale, je me suis marié en 1896 et ai eu deux enfants dont ta grand-mère, à Tunis, bien avant la Grande Guerre. J'avais déjà 40 ans quand je suis parti pour cette horrible bataille. Qu'aurais-je bien pu faire avec une enfant de 17 ans, dis moi ?
- Euh, désolé de vous dire ça mais c'était la guerre... Elle était loin d'être toute rose cette époque, vous le savez mieux que moi. 
- Il suffit. J'ai été fidèle avec Rosa jusqu'à la fin de nos jours, è chiaro ?
- Très bien, oui, d'accord, je vous demande pardon mon cher ancêtre.

Pas commode, mon Sicilien de Tunisie, on va tenter d'apaiser les choses, ce n'est pas de très bonne augure que de se fâcher avec les anciens.

- Je suis désolé, j'ai pensé à vous car vous étiez à Verdun et parce qu'Elise D. est née justement cette année-là et que... Un jour au mauvais endroit, quoi. Bref, vous avez dû vous arrêter à la partie 1 de mon article car par la suite j'ai mis fin à toutes mes allégations !
- Trop tard, jeune homme, il fallait mieux réfléchir. Je vais vous laisser à présent. 

Alors qu'il s'apprête à disparaitre à tout jamais, je tente de le retenir un instant :

- Attendez, puis-je au moins vous donner un conseil ?
- Che cosa ?
- Allez-y mollo avec la teinture d'iode*...
- Cio che è fatto... lâche-t-il alors en souriant avant de s'évanouir.



* Pour soigner une vilaine toux, Calogero Perna mettait de la teinture d'iode sur un sucre avant de l'avaler. Malheureusement, il était devenu aveugle avec l'âge et un jour il ne s'est pas rendu compte du surdosage qui lui a été fatal.



mercredi 14 avril 2021

ADN : Maman sûrement, Papa peut-être - partie 2

 


Avant de commencer, il est nécessaire d'avoir lu la partie 1 !


Maintenant que c'est fait, je mets tout de suite fin au suspense : ma théorie la plus « capillotractée » était totalement foireuse ! En effet, j'ai reçu les résultats de ma mère et elle ne partage strictement aucun segment d'ADN avec ma fameuse correspondance « MS ». Je dois donc présenter mes plus plates excuses auprès de mon arrière-grand-père Calogero Perna, maintenant innocenté de mes allégations d'adultère en terres mosellanes.


C'est donc du côté paternel


A moins d'un faux positif ou d'une erreur technique due à MyHeritage - et franchement je n'y crois pas car j'ai ce résultat avec le test MH et les données brutes issues de 23 And Me - , cette correspondance de 6 segments que j'ai avec « MS » provient de la branche paternelle. J'aurais dû d'ailleurs m'en rendre compte plus tôt : j'ai mal interprété l'affichage du comparateur de chromosomes entre moi, « MS » et « DA », ma cousine sicilienne, que voici :


En rouge « MS », en jaune « DA ».


En principe, s'il y avait triangulation, le chevauchement des deux segments serait encadré. A priori donc, s'il y a parenté entre « MS » et moi, c'est finalement du côté de mon père. Il faut alors reprendre mes hypothèses initiales : la piste des filles-mères. En parallèle, dois-je aussi regarder du côté de mes AGP paternels comme potentiels pères biologiques d'Elise, la grand-mère de « MS » ?
  • Joseph Bourdin-Grimaud : il faisait partie du 37e RI qui était en Lorraine à ce moment-là, alors pourquoi pas finalement ? Je mets cette hypothèse de côté.
  • Paul Victor Bousse : il a passé 4 ans en captivité à Darmstadt, à plus de 200 km de Talange, lieu de naissance d'Elise, donc j'écarte cette hypothèse.


Attention aux IBP / IBS


Avant de continuer, quelques définitions :
  • IBS : Identical By State, terme utilisé pour décrire deux segments d'ADN identiques. Il est utilisé pour décrire des segments qui ne sont pas forcément issus d'un ancêtre commun. 
  • IBP : Identical By Population, terme utilisé pour des segments d'ADN partagés par une large population ancestrale très éloignée avec laquelle on ne peut pas établir de liens généalogiques.
  • IBD : Identical By Descent, deux segments d'ADN identiques issus d'un ancêtre commun.

Je rappelle également qu'il existe une triangulation entre moi, « MS » et son fils,  et « BR » et sa fille, d'environ 15 cM sur le chromosome 4. Selon certains spécialistes, ils ne faut pas se fier aux correspondances de moins de 10 cM car le plus souvent, il s'agit d'IBS ou d'IBP. Alors avec 15 cM seulement,  j'ai malgré tout voulu analyser en profondeur ma correspondance avec « BR ». L'ennui était que ni lui ni sa fille ne partage d'arbre mais avec un peu de chance, grâce à un avis de décès trouvé sur Internet j'ai pu identifier leurs ascendants proches et établir un arbre en mode Quick and dirty sur plusieurs générations, plus de 9 selon les branches. J'ai également approfondi celui de « MS ». Au bout de plusieurs heures de recherches, le constat est sans appel :
  • Je n'ai évidemment retrouvé aucun IBD que ce soit chez l'un ou l'autre.
  • Je n'ai trouvé que des ancêtres nordistes ou belges officiels malgré les 12,9% d'origine italienne de « BR ». Ce pourcentage aurait pu être explicable s'il avait eu des ancêtres dans la moitié sud de la France comme c'est le cas pour moi du côté paternel (dans l'Ain notamment).
  • Je n'ai trouvé que des ancêtres mosellans ou allemands chez « MS » alors qu'elle aussi a des origines ethniques italiennes, de l'ordre de 6%.
  • Il existe une branche chez « BR » qui part en Moselle au 17e siècle mais pas d'ancêtre commun avec « MS ». De toute façon, cela fait vraiment éloigné.
  • Point commun entre nous trois : nous avons des ancêtres en Moselle.


Répartition géographique non exhaustive des ancêtres de « MS » et « BR » - Heredis




Par la suite s'est ajoutée une nouvelle correspondance, toujours sur le chromosome 4, mais de 10 cM. C'est le cas d'Alexandre, français qui ne partage aucun arbre mais qui a au moins un grand-père allemand. Il n'a par ailleurs aucune origine ethnique italienne, information à prendre avec des pincettes tant cet outil reste modérément fiable à ce jour mais en constante amélioration. Voici la triangulation avec nous 4 :



Rouge = « MS », Marron = Alexandre, Jaune = « BR »


Ma conclusion qui ne peut être LA conclusion est que sans ancêtre commun, je suis ici dans un cas d'IBP pour ce segment. Mais voilà, j'en partage 5 autres avec « MS »...



Conclusion à ce stade


La conclusion est qu'on ne peut rien conclure. Il faut attendre, la généalogie génétique est, tout comme la généalogie traditionnelle, une affaire de patience. Alors j'attendrai que :
  • De nouvelles correspondances croisées, plus pertinentes ;
  • Mon frère fasse lui aussi le test (prévu) ;
  • « MS » et/ou son fils daignent me répondre ;
  • Les recherches et algorithmes de MyHeritage s'améliorent ;
  • D'en savoir plus sur le parcours militaire de nos ancêtres les plus proches, sait-on jamais.
  • Etc.

Vous l'aurez compris, il y aura au moins une troisième partie ;-)

samedi 3 avril 2021

#Généathème : Si Jeanne avait vécu

En ce mois d'avril 2021, Geneatech reprend les Généathèmes lancés initialement par Sophie de la Gazette des Ancêtres

Cette fois-ci le nouveau thème porte sur les naissances multiples.




Ce thème tombe à point nommé pour moi qui suis père de deux jeunes vraies jumelles - on dit homozygotes - âgées de deux ans. D'ailleurs à la naissance de ces dernières, mon entourage peu au fait de ma généalogie s'est empressé de me poser la sempiternelle question : « mais il y a déjà eu des jumeaux dans ta famille ? »


Alors, oui. Dans mon arbre, il y a 118 paires de jumeaux mais pas de triplés et plus, en tout cas à ce jour. Parmi celles-ci, il y a en 10 dans nos sosa : 6 de mon côté et 4 de celui de Madame, à des générations plus ou moins lointaines. Il ne faut donc pas y voir - à mon avis - une quelque hérédité génétique mais passons, ce n'est pas le sujet ici.

Je ne vais dresser pas un portrait exhaustif de chacun d'eux mais plutôt vous parler de ma paire de jumeaux la plus proche dans le temps. Il s'agit de mon arrière-grand-père Joseph Bourdin-Grimaud et de sa sœur Jeanne.


Une bien courte vie


Mon arrière-grand-père, né à Pantin en 1881 et décédé en 1927 à Paris, a eu une courte vie mais celle de Jeanne fut bien plus courte encore. 
En effet, née le 20 novembre 1881 juste après Joseph, elle s'éteint à peine deux mois plus tard, le 14 janvier 1882, rejoignant ainsi ses deux premiers frères, décédés en bas âge également, et laissant Joseph tout seul avec ses parents. Victor naîtra en 1883.



Acte de décès de Jeanne Bourdin-Grimaud - AD93 Pantin


Et si elle avait vécu ?


Comme pour tant d'autres enfants décédés en bas âge, je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'aurait été sa vie si elle avait atteint l'âge adulte. Le destin de la fratrie aurait-il été différent ? Son père serait-il quand même décédé dix plus tard d'une cirrhose ? Aurait-elle été elle aussi placée à l'Assistance Publique comme ses deux frères ? Se serait-elle mariée ? Des enfants ? Etc., etc., et cetera desunt.
Impossible de le savoir, on ne peut que se l'imaginer, établir des histoires, des uchronies. En revanche, aujourd'hui, il existe certaines technologies plus ou moins fantaisistes qui permettent de former un visage à partir d'un signalement ou bien de féminiser un portrait masculin.
Je me suis donc « amusé » avec une application mobile nommée FaceApp. En partant d'une photographie de Joseph, un algorithme - appelée abusivement IA pour Intelligence Artificielle - en a dressé un portrait féminisé. On rajoute un sourire factice et le tour est joué.



Joseph et peut-être Jeanne ? Qui sait ?



Bien qu'on devine aisément que ce portrait n'est pas celui d'une personne réelle, il donne tout de même une idée d'à quoi aurait pu ressembler mon arrière-grand-tante. 
Je n'irai pas plus loin dans ce test qui a un côté dérangeant à mon humble avis, tout comme cette fameuse application de MyHeritage qui a fait couler beaucoup d'encre. Je dois cependant avouer que découvrir ce visage m'a un chouia ému.

Et vous, qu'en pensez-vous ?