dimanche 24 mars 2019

Bigamie ou usurpation d'identité : le cas Jean-Pierre Cauquil

Le récent article de Pascal Ridel, alias le Généagraphe, sur la double vie d'un de ses ancêtres - que je vous invite à lire ici - m'a remémoré une histoire similaire dans ma généalogie. Il s'agit de Jean-Pierre Cauquil, le sosa 200 de mes filles.

Jean-Pierre Cauquil, métayer, est né le 23 octobre 1778 à Gijounet, alors commune de Viane, dans le Tarn. Il est le fils de Pierre (1753 - 1811) et de Marthe Viste (1755 - 1802). Il se marie en 1807 avec Marie Calvet (1788 - 1880) et ils ont plusieurs enfants. Il s'éteint paisiblement, toujours à Gijounet, en 1859.

Et voilà, fin de l'histoire. Tout est bien qui finit bien.

Sauf que.

Sauf qu'il y a un hic. Et de taille.

Lors d'une recherche comparée sur Geneanet, je tombe sur un autre Jean-Pierre Cauquil, qui se marie en 1810, à Rayssac, à une trentaine de kilomètres de Gijounet, avec Marie Jeanne Carayon. Pas de problème, sans doute un homonyme ! Sauf que les arbres qui le mentionnent l'amalgament avec Mon Jean-Pierre Cauquil ce qui est impossible vu que le mien n'est pas veuf de Marie Calvet ! D'ailleurs cet homonyme présumé décède à Rayssac en 1856 soit trois ans avant celui de Gijounet.

Pour simplifier, par la suite je nomme JP1 "mon" Jean-Pierre Cauquil et JP2 celui de Rayssac.


Ce n'était pas une promenade de tout repos (Google Maps)


Les actes de mariage


Regardons d'abord les deux actes de mariage. En vert je fais apparaitre les points communs et en rouge les différences.

 Mariage de Jean-Pierre Cauquil et Marie Calvet à Viane 1807 - AD81 - 4E314002_05 - Page 71

"L'an mille huit cent sept et le seize novembre [...] ont comparu [...] Jean Pierre Cauquil mestayer fils majeur a pierre cauquil et a feue marthe viste mariés habitant au lieu de Calouze commune de Gijounet agé de vingt neuf ans étant né le vingt troisième octobre mil sept cent soixante dix huit. D'autre part Marie Calvet [...] Lesquels étaient assistés et agissaient du consentement et approbation savoir ledit Jean Pierre Cauquil dudit Pierre Cauquil son père. [...]En présence des sieurs Jacques Azais propiétaire agé de trente ans, Paul Sabrier notaire agé de quarante trois ans, Jacques Bosc propriétaire agé de cinquante ans et Pierre Gacher propriétaire agé de quarante ans tous habitants au présent lieu de Pierre-Ségade. Lesquels après avoir entendu la lecture que nous leur avons faite du présent l'ont signé non les dits futurs époux ni leurs pères qui requis ont déclaré ne savoir [...]."


Mariage de Jean-Pierre Cauquil et Jeanne Marie Carayon à Rayssac 1810 - AD81 - 4E221001_13 - Page 39
"L'An mille huit cent dix, le dix huitième jour du mois de février, [...] sont comparus Jean Pierre Cauquil agé environ de trente deux ans né à Calouse, commune de Viane, même département, le vingt troisième jour du mois d'octobre mil sept cent soixante dix huit, maçon, demeurant à la Bessière présente commune de Raissac, fils majeur de Pierre Cauquil cultivateur, demeurant au dit lieu, ici présent et consentant et de défunte Marthe Viste mariés, décédée le trentième brumaire an onze comme il est constaté par l'extrait de son acte de décès délivré par le maire de Gijounet même département d'une part. 
Et Marie Jeanne Carayon [...] en présence de Jean Cauquil agé d'environ trente sept ans, tisserand, demeurant au dit La Bessière, frère de l'époux, et de Jacques Cauquil agé d'environ trente neuf ans, cultivateur, demeurant au Crou présente commune de Raissac, autre frère du futur [...] Lesquels après qu'il leur en a été donné aussi lecture n'ont su signer le présent acte de mariage ainsi que les parties  contractantes. [...]"


Notons d'abord les points communs :
- Les dates de naissance de JP1 et JP2 sont identiques, ainsi que le lieu, bien qu'il ne soit pas nommé dans l'acte de JP1.
- Les parents sont les mêmes, et la mère est bien dite décédée sur les deux actes, les date et lieu étant précisés sur le second. L'extrait a même été fourni par le maire de Gijounet/Viane ! Je précise qu'on retrouve bien cet acte de décès à la date indiquée.
- Le père, Pierre Cauquil, est présent aux deux mariages.
- Aucun des contractants ne sait signer, pas plus que les parents. Aucune comparaison possible donc.

Les différences :
- JP1 est métayer alors que JP2 est maçon. Ils gardent par ailleurs leur métier respectif tout au long de leur vie car il est toujours indiqué dans les actes de naissance de leurs enfants.
- Aucun frère de JP1 n'est témoin (il a dix frères et soeurs, j'y reviendrai) alors que deux frères apparaissent comme témoins au mariage de JP2 (j'y reviendrai également).
- Comme indiqué en introduction, aucune mention de veuvage évidemment.

Nous allons maintenant nous intéresser à la famille des JP.

La famille de JP1


Pierre Cauquil et Marthe Viste (ou Biste selon les actes) se sont mariés le 5 octobre 1775 en l'église Notre-Dame de Gijas à Viane. Ensemble ils ont eu onze enfants dont JP1. Fait rare pour l'époque, dix enfants sur onze ont atteint l'âge adulte.
Marthe Viste est bien décédée à Viane à la date indiquée plus haut et Pierre Cauquil à Espérausses le 22 avril 1811. Aucun doute là-dessus.
Je retrouve bien l'acte de baptême de JP1 et il ne fait pas du tout mention d'un frère jumeau. Nous avons dans l'ordre :
- Anne Cauquil, épouse Pierre Carayon, Gijounet 1776 - Saint-Salvi-de-Carcavès 1818
- JP1 décédé le 06 janvier 1859 à Gijounet, époux de Marie Calvet
- Marie Cauquil, épouse Jacques Benoit, Gijounet 1780 - après 1811
- Pierre Cauquil, époux Marianne Gout, Gijounet 1782 - Gijounet 1847
- Marie Madeleine Cauquil, épouse Jean Dô, Gijounet 1784 - Saint-Salvi-de-Carcavès 1870
- Marianne Cauquil, Gijounet 1786 - après 1811
- Jeanne Cauquil, épouse Pierre Maffre, Gijounet 1788 - après 1828
- Marthe Suzanne Cauquil, Gijounet 1791 - id. 1792
- Jean Cauquil, Gijounet 1793 - après 1811
- Louis Cauquil, Gijounet an IV - après 1811
- Pierre Joseph Cauquil, époux Rose Armengaud, Gijounet an VII - Lacaune 1882

Dans cette fratrie, je ne retrouve pas de Jacques (le témoin de JP2) et Jean est bien trop jeune (17 ans en 1810) pour être l'autre témoin de JP2. Par ailleurs les âges indiqués sur l'acte de mariage de JP2 les feraient naître avant le mariage de Pierre Cauquil et Marthe Viste.

Ensuite JP1 et Marie Calvet ont eu neuf enfants entre 1810 et 1832 : Pierre, Jacques, Jean-Pierre, Louis, Jean, Joseph, Etienne, Baptiste et Marie Julie. Nous en reparlerons.

Il semble donc que JP1 n'a jamais quitté Gijounet.

La famille de JP2


A en croire son acte de mariage, notre cher JP2 serait né au même endroit et à la même date de JP1 et aurait les mêmes parents, soit. De plus, il aurait des frères qui seraient des enfants nés avant mariage desdits parents. JP2 est décédé à Rayssac en 1856 et sur l'acte on lui donne les mêmes parents et est époux de Jeanne Marie Carayon. Bon OK.

Intéressons-nous donc à ces deux frères, Jean et Jacques. Je retrouve l'acte de décès de Jacques à Rayssac en 1841. On lui donne 70 ans ce qui colle avec l'âge donné sur l'acte de mariage de JP2 et lui donne les mêmes parents : Pierre Cauquil et Marthe Viste ce qui m'a apparaît impossible vu qu'il serait né avant leur mariage. Autre information, on le dit époux de Elisabeth Bonnafé.
Heureusement qu'il y a Filae pour aller plus vite : je retrouve leur mariage, toujours à Rayssac, en an X. Mais mais mais ? Les parents ? Et bien ce ne sont plus les mêmes ! Ce serait Jacques Cauquil (décédé) et Catherine Taillade ! Jacques fils a même une date de naissance : le 28 mars 1772 ! Je n'ai en revanche pas retrouvé son acte de baptême.

Quant à Jean, c'est du délire total. Je retrouve un acte de mariage, toujours à Rayssac, en 1814, avec Anne Cros. Il est dit né le 25 novembre 1772, soit huit mois après Jacques, et fils de Jacques décédé "il y a une quinzaine d'années" et de Catherine Taillade. Après tout pourquoi pas, il aurait pu être conçu en retour de couches et être né prématuré... Admettons. Ou pas. Je n'ai pas non plus retrouvé son acte de baptême. Finalement, Jean décède en 1833. Sur l'acte il est dit fils de Jean (!) et de Catherine Talade (!).

Et vous savez quoi ? Catherine Taillade est décédée en 1806 à Rayssac. Et devinez qui déclare le décès ? Un certain Pierre Cauquil, maçon, âgé de 28 ans... Ben tiens, JP2 renie ses parents et s'en inventent d'autres à son mariage ?

Par ailleurs, si Jacques Cauquil père est décédé aux alentours de 1800, qui est le Pierre Cauquil présent au mariage de JP2 en 1810 ? Le père de JP1 ?

Enfin JP2 et Jeanne Marie Carayon ont eu six enfants entre 1811 et 1826 : Cécile, Elisabeth, Jean-Pierre, Marie-Rosalie, Marie et Pierre.

Il semble également que JP2 n'a jamais quitté Rayssac après son mariage.

Il faut alors chercher d'autres sources pour tenter d'élucider ce mystère. J'en viens donc aux déclarations de succession.

Les déclarations de succession


J'ai de la chance car Pierre Cauquil et Jean-Pierre Cauquil JP1 avaient un peu de biens donc il y a bien une déclaration de succession les concernant. En revanche pour JP2 il n'y avait pas d'actif donc absence de déclaration.

Que dit la déclaration de Pierre Cauquil ?


Comme mentionné ci-avant Pierre Cauquil est décédé en 1811 à Espérausses. A cette date il avait encore dix enfants vivants, ce que confirme l'extrait de la déclaration de succession suivant :


Déclaration de succession de Pierre Cauquil - 1811 - Bureau de Lacaune - AD81

Premier constat : on ne voit qu'un seul Jean-Pierre Cauquil, bien évidemment.

Que dit celle de Jean-Pierre Cauquil JP1 ?


Lui est décédé, pour rappel, en 1859, à Gijounet, laissant son épouse Marie Calvet et ses huit enfants survivants :

Déclaration de succession de Jean-Pierre Cauquil - 1859 - Bureau de Lacaune - AD81

On retrouve bien les enfants de JP1 et aucun de JP2.

Conclusion


Difficile de conclure véritablement tellement la situation est complexe. Mais ma théorie est la suivante : JP2 n'avait pas d'acte de baptême mais a dû en fournir un à son mariage en 1810. Vu qu'il est établi que ses frères Jean et Jacques avaient d'autres parents que lui et que ces derniers étaient déjà décédés lors du mariage, on peut imaginer qu'il a dû se chercher un autre Jean Pierre Cauquil ayant un acte de baptême existant dans les alentours de sa localité. Le hic pour lui était que JP1 avait encore son père de vivant. Est-il possible alors qu'un autre homme ait pu usurper l'identité de Pierre Cauquil pour se présenter au mariage de JP2 ? Cela fait beaucoup d'usurpations pour un simple mariage... Au décès de JP2 en 1856, personne n'avait idée de l'identité réelle de ses parents donc les déclarants et la mairie ont dû reprendre ceux inscrits dans l'acte de mariage. Ce que je n'explique pas, c'est qu'il n'en a pas été de même pour Jacques : on lui donne les mêmes parents que JP2 à son décès alors qu'ils étaient bien connus à son mariage. 

Ou bien... JP2 et JP1 se connaissaient-ils ? "Hey, Jean-Pierre ! Tu me prêtes ton père ? c'est pour mon mariage..."

Finalement ce dont je suis à peu près sûr aujourd'hui grâce aux déclarations de succession, c'est qu'il ne s'agit pas d'un cas de bigamie.

Et vous ? Qu'en pensez-vous ?

samedi 16 mars 2019

RDV Ancestral : Célestin Boulet, l'homme aussi âgé que son journal


Pour mon deuxième RDV ancestral, je vais usurper l'identité d'un journaliste correspondant du Journal de Saint-Quentin pour aller interviewer mon AAAAGP Pierre François Célestin Boulet qui vivait à Bohain-en-Vermandois en 1913.

*
**

Il fait un temps magnifique en ce mois de juin 1913, le temps idéal pour aller à la rencontre des habitants de la commune de Bohain-en-Vermandois, située dans l'Aisne, à quelques kilomètres de Saint-Quentin. Et c'est justement un très vieux monsieur que le Journal de Saint-Quentin me demande de rencontrer. Pensez donc, il parait qu'il est même né une semaine avant ledit journal ! En 1819, rien que ça ! Bon le généalogiste que je suis est au courant de cela mais pas le journaliste que je suis censé être. Il s'agira de ne pas se faire pincer par son ancêtre !

Il se fait appeler le "Père Boulet", c'est dire s'il est connu notre doyen bohainois; oui, parce que c'est le doyen de la commune, du haut de ses 94 ans. Mais qui est-il donc ? Quelle a été sa vie ? Bien sûr je sais déjà pas mal de choses à son sujet mais je feindrai l'ignorance. Je découvrirai les détails bientôt. On m'a dit que je pourrai le trouver au sortir de l'église. Allons-y donc !

Eglise de Bohain-en-Vermandois avant 14-18 (Source Geneanet)

Me voici donc à l'église de leur paroisse, toute récente d'ailleurs, mais qui, malheureusement, sera détruite à la Grande Guerre. La messe est terminée, les paroissiens sortent, je ne devrais donc pas avoir trop de mal à repérer mon ancêtre, sans doute un homme très vouté avec une canne et portant une longue barbe blanche. Ceci dit, il y a beaucoup de monde; j'oublie que cette commune a près de 7000 habitants à cette époque, donc je prends mon mal en patience et scrute un à un les fidèles de l'église. Finalement je l'aperçois et il est comme je l'imaginais ! Il se déplace lentement du fait de son âge et fait des pauses régulières avant de reprendre sa marche. Il s'arrête une fois de plus et s’assoit sur un banc en pierre. J'en profite donc pour l'aborder muni d'un carnet et d'un crayon. Cela aurait été plus simple avec un smartphone mais nous sommes en 1913 !

- Bonjour Monsieur, puis-je m'asseoir quelques instants auprès de vous, demandé-je sans élever la voix pour éviter de le froisser.
- Mais bien sûr, jeune homme, le banc est à tout le monde !
- Je vous remercie, vous êtes bien Célestin Boulet ? On m'a dit que je vous trouverais ici, je voudrais écrire un article sur vous pour le Journal de Saint-Quentin.
- Ah bon et pourquoi donc ? s'étonne-t-il.
- Eh bien, sauf erreur, le Journal et vous-même auriez le même âge à une semaine près ! Auriez-vous donc quelques minutes à me consacrer ?
- Avec joie ! Il fait beau et j'ai tout le temps devant moi... Je ne savais pas que le Journal était aussi vieux, j'en oubliais mon âge, plaisante-t-il avec un petit air malicieux. Par quoi voudriez-vous commencer ?
- Avez-vous toujours vécu à Bohain (je sais que non mais je dois jouer mon rôle) ?
- Oh non, je suis né à Grougis et j'ai dû y rester une quarantaine d'années je pense - il réfléchit - jusqu'à la naissance de ma dernière fille, Bérénice.

C'est une chance pour son âge, il a l'air de bien entendre et de bien y voir ! Et il ne porte pas de lunettes en permanence. J'enchaîne sur sa famille :

- Vous avez donc une famille, pourriez-vous m'en dire plus ?
- J'ai été marié en effet mais je suis veuf depuis longtemps, j'ai perdu ma chère épouse il y a... 28 ans je crois (en fait 30, en 1883 mais je feins de ne pas le savoir bien entendu). Nous avons eu plusieurs enfants qui sont morts très jeunes mais cinq ont atteint l'âge adulte et ont eu à leur tour des enfants. Mais la vie ne nous a pas toujours gâtés, mes deux filles Joséphine et Bérénice ne sont déjà plus là....

Je m'aperçois que c'est vraiment difficile pour lui de parler de sa famille, ce qui est évidemment compréhensible. Comme je sais également qu'il a perdu une petite fille et une arrière-petite-fille, je passe à ses enfants encore en vie.

- Et vos autres enfants ?
- Ah... Mes fils ! Dieu soit loué ils sont toujours là et en bonne santé. Victor est certes parti loin d'ici, à Rochefort, dans le Sud-Ouest, mais il m'écrit régulièrement. Quant à Désiré et Constant, ils sont encore dans les parages, l'un à Saint-Quentin, l'autre ici-même.
- Et vous avez toujours été en forme comme aujourd'hui ? C'est le service militaire, le travail, qui vous ont apporté votre vigueur apparente ?
- Non, je n'ai jamais connu l'uniforme. Mon père est mort quand j'étais jeune, j'ai dû très vite aider ma mère, mes frères et sœurs. Mais le travail, ah oui ! Vous savez, j'ai commencé très jeune, vers l'âge de 7 ans et je travaillais encore il y a 2 ou 3 ans. J'y allais à pied à l'atelier de tissage, car j'étais tisseur, du haut de la rue de Guise jusqu'au chemin de Prémont ! J'aimais beaucoup mon métier, j'aidais même beaucoup mes compagnons de travail. C'est peut-être ça le secret de ma longévité ! Ou bien le fait que je n'ai jamais fait d'excès, pas de boisson, plus de tabac depuis mes 35 ans, mis à part quelques prises de temps à autre...

La rue de Guise que le père Boulet empruntait à pied (Source Geneanet)


Il apprécie apparemment que je m'intéresse à lui, alors il devient bavard et continue de plus belle :

- Mais je n'ai pas toujours été en forme. Quand j'étais jeune, à Grougis, j'avais très souvent des maux de ventre, c'était même parfois insoutenable, tant et si bien que je mangeais toujours le même repas pour essayer de guérir.
- Que mangiez-vous ?
- De la panade, soit du pain dans du lait, des fois du beurre, tous les jours, à chaque repas, pendant des années.
- Oh que cela devait être monotone, dis-je en m'apercevant trop tard qu'on parle de sa vie dans un petit village au XIXe siècle.
- On pourrait croire cela, Monsieur, mais tout compte fait cela m'a permis de m'en remettre et puis c'est nourrissant. Tout le monde ne mangeait pas à sa faim à cette époque.

Je change de sujet pour oublier ma petite gaffe.

- Et de quoi d'autre vous souvenez-vous de cette époque ?
- Ah jeune homme, beaucoup de choses ont changé depuis ma naissance mais j'ai quelques souvenirs précis de ma jeunesse. Je me souviens de nos rois par exemple. On m'avait parlé de Louis XVIII alors que je n'étais qu'un tout jeune enfant, on disait de lui qu'il était gros alors qu'à l'inverse Charles X était plutôt mince. Après il y a eu Louis-Philippe, l'Empire... Mais vous, vous n'avez pas connu tout ça.
- Non en effet, pour ma part j'ai dû apprendre cela avec les livres mais revenons à votre métier de tisseur quelques instants, en près de 80 ans de carrière (80 ans ! dire qu'à notre époque on se bat pour ne pas dépasser la moitié de ce temps...) vous avez dû en connaître des patrons, vous en souvenez-vous ?
- Quelques uns oui, il y a eu les maisons Laurent, Bouvier, Caron et Tresca où j'ai été monteur, c'est-à-dire que je mettais les métiers de châle en route. Puis mes tous derniers patrons s'appellent M. Mellerio et M. Fossé. Voilà vous savez tout ! Le temps semble se gâter, jeune homme, je crois que je vais rentrer sinon mes vieilles articulations vont en pâtir.

Un peu déçu que cela se termine si vite, je le remercie chaleureusement pour ce moment passé ensemble. Il termine avec un mot d'encouragement pour notre Journal :

- 1919... Le Journal de Saint-Quentin aura cent ans... Espérons-le.
- Je vous le souhaite aussi M. Boulet, je vous reviendrai vous voir à cette occasion !

Malheureusement, en le voyant s'éloigner, mon âme de généalogiste revient à la charge et me rappelle que mon cher ancêtre est décédé le 4 juin 1915, à quelques jours de son 96è anniversaire et en pleine guerre, Bohain n'ayant pas été épargnée par les bombardements.


Pour écrire ce RDV Ancestral, je me suis inspiré de cet article retrouvé sur le site RetroNews : ici 




mardi 5 mars 2019

L'intuition en généalogie ?

Bonjour, aujourd'hui petit article sur l'intuition en généalogie. Qui n'en a jamais eu ? Qui au bout de moult recherches pour retrouver, par exemple, le décès d'une personne s'est heurté plusieurs fois à une impasse ? Et si la recherche de la dernière chance était tout simplement de l'intuition voire un coup de chance ?
Je vais donc ici vous exposer un cas concret issu de ma généalogie, celui de Coline Daisay.

Naissance, mariage et vie de Coline Daisay


Coline Daisay est née à Chambéry (Savoie) le 5 thermidor an VIII, soit le 24 juillet 1800. Elle est le 4e enfant d'une fratrie de 12 de Gaspard Daisay (Chambéry 1766 - id. 1846) et Barbe Routen (Chambéry 1775 - id. 1857), les sosa 232 et 233 de mes filles.
Si les parents sont plutôt sédentaires et ont vécu toute leur vie à Chambéry, on ne peut pas en dire autant des enfants, notamment Coline.
Néanmoins Coline se marie dans la commune le 27 janvier 1818 avec Jean Cincinnatus Mouton Duvernet, fils du général de l'Empire, exécuté en 1816 pour avoir été bonapartiste :

AD73 - Cote 3E767 - Vue 95
"L'an mil huit cent dix huit, le vingt sept janvier, je soussigné, dispense obtenue de deux bans, le premier  public sans opposition, ai donné la bénédiction nuptiale à Jean Cincinnatus, fils de feu Régis Barthélémy Mouton Duverney (sic) et de vivte Benoite Secret, né à Cugliano près de Gênes et domicilié sur cette paroisse et à Colline fille des vivts Gaspard Daisay et Barbe Routen de cette paroisse, en présence des témoins requis Bernard Coutar et Jean Gaspard Vossenat."

Leurs deux premiers enfants, des filles, naîtront à Chambéry. Il s'agit de Marie (Chambéry 1820 - Chamelet 1856) et Jeanne Françoise (Chambéry 1821 - ?), cette dernière étant probablement décédée en bas âge. Leur dernier enfant sera un garçon, Jean-Baptiste, né à Lyon en 1826. Ce dernier sera sous-préfet puis préfet de plusieurs départements et conseiller politique. Il mourra sans postérité en 1912 à Paris. Sa tombe est toujours visible aujourd'hui à Eaubonne (Val d'Oise).

C'est donc vers 1825 que le couple Mouton-Duvernet quitte Chambéry pour s'installer à Lyon. Grâce aux archives municipales en ligne de Lyon, je les retrouve d'ailleurs facilement dans les recensements fiscaux de la ville entre 1825 et 1831, 2 rue Saint-Côme et entre 1833 et 1840 au 7 rue Clermont.

Source : AM Lyon - 921 WP 155 année 1833 - page 363/630

C'est donc après 1840 que je perds leur trace.

La recherche de l'acte de décès


En préambule, je précise que l'acte de décès de Jean Cincinnatus Mouton Duvernet est plutôt simple à retrouver dans les différents sites bien connus de tous. Il est d'ailleurs décédé à Saint-Germain-en-Laye en 1872. Il est dit veuf de "Colette Daisay". Coline Daisay est donc décédée entre 1840 et 1872 mais pas à Saint-Germain-en-Laye.

Je reviens donc à leur fille Marie. Elle s'est mariée deux fois, la première en 1837 avec Alexis Castaing (Villefranche-sur-Saône 1808 - Vichy 1851) avec qui elle a un fils. A ce moment-là ses parents sont bien sûr encore en vie.
Veuve en 1851, elle se remarie alors à Paris en 1852 avec Antoine Catherin Terme (Lyon 1828 - id. 1902) avec qui elle a un fils également. Sur l'acte de mariage reconstitué, les parents sont mentionnés sans plus d'informations.
Malheureusement, Marie meurt une semaine après avoir mis au monde son second fils. Cela se passe à Chamelet dans le Rhône. Dans l'acte de décès, les parents sont mentionnés et a priori toujours vivants mais aucune information sur leur domicile.

Par un coup du hasard, je retrouve Jean Cincinnatus en 1861 à Paris, dans le 13e arrondissement, rue du moulin de la pointe, grâce à un mariage (celui d'une autre Coline Daisay avec Joseph Savoyen) auquel il a été témoin. Rien n'indique évidemment le sort de son épouse.

Au hasard de recherches sur Gallica, je découvre qu'il a fait un séjour à l'Hôpital de La Salpêtrière en 1851, ce qui ne m'avance guère. Une autre recherche dans le moteur de recherche des AD78 (plus disponible aujourd'hui), je retrouve une cession de bien immobilier datant de 1863. Je sais donc que M. Mouton-Duvernet a quitté Paris à cette date. Je le retrouve d'ailleurs dans les recensements de Saint-Germain à partir de 1866 mais sans sa femme.

Coline est donc décédée entre 1856 et 1866. Je recherche donc d'abord dans l'Etat Civil reconstitué de Paris puis dans les TD à partir de 1860, sans succès. C'est alors l'impasse ! et bien sûr ni Geneanet ni Filae ne m'apportent d'aide.

En désespoir de cause, je me rends au cimetière de Gentilly, non loin de chez moi, car la rue du moulin de la pointe était située sur cette commune avant les différentes annexions par la ville de Paris. Pas plus de succès bien évidemment.

L'intuition sur la base d'un cliché


Avant de dévoiler la solution, je reviens un peu sur l'histoire de Jean Cincinnatus Mouton Duvernet. C'était l'unique enfant (malgré ce qu'on peut trouver sur Gallica, il y a des erreurs historiques) du Baron de l'Empire et il parait que Napoléon lui-même avait été son parrain. Je n'ai pas pu vérifier cette information mais ce qui est vrai en revanche c'est que ce dernier avait légué dans son testament une importante somme d'argent aux enfants éventuels de Mouton-Duvernet. Le problème est que Jean Cincinnatus a été lésé par les exécuteurs testamentaires comme il l'a écrit dans cet ouvrage : au comte de Montholon et au général Bertrand

Source : Gallica (BNF)

Il aurait finalement obtenu gain de cause. Donc sachant que :
  • Il était marchand tailleur,
  • la famille Daisay x Mouton-Duvernet avait plusieurs domestiques et servantes quand elle habitait à Lyon,
  • Il était assez aisé pour pouvoir acquérir de l'immobilier,
  • Il aurait finalement eu l'héritage de Napoléon.
 Je me suis finalement dit : "ah ces nantis, ils ont dû habiter à Neuilly-sur-Seine", me basant sur le cliché Neuilly = gens riches. Après tout pourquoi pas.

Pourquoi pas ? Vraiment ?

Source : AD92, Décès 1858, page 31/179

Coline Daisay est donc décédée à Neuilly-sur-Seine, en son domicile, le 8 mars 1858. C'est son frère Jean-Claude qui a déclaré le décès. Elle a été inhumée dans le cimetière de la même ville mais la tombe n'existe plus aujourd'hui.

Vous trouverez la fiche de Coline sur Geneanet

lundi 25 février 2019

En attendant (de trouver) Godot

Que Samuel Beckett - l'écrivain, pas le personnage de fiction campé par Scott Bakula qui pourtant ferait bonne figure dans un article de généalogie - me pardonne de faire ce jeu de mots quelque peu tiré par les cheveux pour évoquer ici une de mes AAGM : Adeline GODOT.

L'objet de ce présent article est la recherche de sa sépulture. Rien de plus facile en théorie puisque seulement trois cas de figure sont possibles :

- le défunt est inhumé dans sa commune de résidence,
- le défunt est inhumé dans la commune il est décédé,
- le défaut est inhumé dans une autre commune où une concession familiale (ou non) est déjà présente.

Cela peut-être un peu plus compliqué pour les grandes métropoles comme Paris où il semble a priori ne pas exister de règles précises - je remercie le lecteur aguerri de me corriger si erreur - quant au cimetière parisien de destination si l'arrondissement du décès ou de résidence ne possède pas de cimetière. J'ai par exemple plusieurs cas de défunts inhumés au grand cimetière parisien de Pantin (l'un des plus grands d'Europe) alors qu'ils sont décédés dans des arrondissements distincts (20e, 12e, 18e, etc).

Avant de parler précisément du cas d'Adeline GODOT je vais d'abord établir sa chronologie.

Chronologie familiale

 

Adeline est née à Neuflize dans les Ardennes le 2 février 1857. C'est la première fille du couple Alexandre GODOT (Bazancourt 1834 - Reims 1904) et Françoise SAUVAGE (Neuflize 1834 - Rethel 1863). Le couple aura un autre enfant, Jean-Baptiste (Neuflize 1858 - Reims 1870), qui n'atteindra pas l'âge adulte. La famille s'installe très vite dans une commune voisine plus importante : Rethel. C'est là qu'Adeline perd sa mère en 1863.

Son père, Alexandre, se remarie presque aussitôt, en 1864, avec Clotilde Thonnelier (Acy-Romance 1843 - Rethel 1866) qui lui donnera deux autres enfants qui mourront aussi en bas âge. Clotilde décède peu de temps après.

Après un nouveau remariage avorté - seuls les bans seront publiés - avec Eugénie Raymond en 1867, je retrouve Alexandre et sa fille à Reims, lieu du décès de Jean-Baptiste en 1870.

En 1872, Adeline a 15 ans et vit avec une tante maternelle, toujours à Reims.

En 1880, Adeline se marie à Reims avec Paul Victor Bousse (Pont-à-Mousson 1857 - ? ?). La même année son père se remarie une dernière fois avec Angélique Anceaux (Faissault 1846 - Reims 1901) qui lui donnera 4 enfants dont aucun ne survivra au-delà de 6 ans.

Entre 1881 et 1896, Adeline et Paul Victor, tous les 2 coiffeurs rue Saint-Thierry, auront 4 enfants. Un seul atteindra l'âge adulte : Paul Victor fils (Reims 1888 - Paris 1942).

En 1899, le couple revend son fond de commerce dédié à la coiffure et quitte Reims.

En 1904, Alexandre Godot meurt et est inhumé dans un terrain non concédé du cimetière sud de Reims.

Je retrouve la trace du couple Godot x Bousse en 1908 grâce à la fiche matricule de leur fils qui indique qu'ils vivent à Neufchâtel-sur-Aisne. Ils y sont toujours en 1913 lors du mariage dudit fils à Etampes-sur-Marne. En 1926, seule date pour laquelle le recensement est numérisé sur le site des archives de l'Aisne, ils n'y sont plus.

Entre 1913 et 1926 je n'ai donc aucune information sur eux. Leur fils sera fait prisonnier en Allemagne durant la grande guerre, divorcera à son retour puis se remariera en région parisienne en 1921, aux Pavillons-sous-Bois. C'est dans cette commune que je les retrouve tous en 1931. Adeline et Victor, ayant dépassé les 70 ans, sont venus s'installer chez leur fils.

Adeline Godot décède finalement le 28 décembre 1932 dans ladite commune à son domicile qui est aussi celui de son fils, boulevard Pasteur, 163.

La recherche de la sépulture

 

Pour rechercher la sépulture, toujours existante ou non, on commence bien sûr par la commune des Pavillons-sous-Bois. Réponse de la mairie : personne au nom de Godot ou Bousse. Ah ! bon... Cela écarte à la fois les 2 possibilités évoquées en préambule : inhumation au lieu du domicile ou au lieu du décès.
Quelle est donc la prochaine étape de recherche alors ? Relisons d'abord l'acte de décès :

Source : mairie des Pavillons-sous-Bois (copie intégrale)

"Le vingt-huit décembre mil neuf cent trente deux, deux heures, est décédée au domicile conjugal, 163 Boulevard Pasteur Adeline Godot sans profession, née à Neuflize, Ardennes, le deux février mil huit cent cinquante sept, fille de Alexandre Godot et de Séraphine Sauvage, époux décédés, épouse de Paul Victor Bousse, sans profession. Dressé le vingt neuf décembre mil neuf cent trente deux, seize heures quinze minutes, sur la déclaration de Marcel Mourier, vingt sept ans, régleur des Pompes Funèbres, domicilié à Bondy, Seine, 32 rue Auguste Polissard, qui lecture faite a signé avec nous Eugène Paul Fischer, maire des Pavillons-sous-Bois, chevalier de la Légion d'Honneur."


Le déclarant est un employé des pompes funèbres domicilié à Bondy. Très bien, faisons la demande à la mairie de Bondy : c'est non. Ma réflexion me pousse alors à chercher du côté de Livry-Gargan, commune limitrophe des Pavillons-sous-Bois, ayant une histoire commune avec cette dernière : c'est encore non mais l'agent municipal me conseille de me tourner vers la commune du Raincy qui gère un des cimetières de Livry : pas plus de résultat. OK...

Pas d'autres choix que de remonter dans la chronologie d'Adeline Godot, voire celle de son époux. Dans l'ordre inverse nous avons donc :
- Neufchâtel-sur-Aisne : c'est non. Pour cette dernière, je suis passé par le service d'entraide géographique de Geneanet. Je vous le conseille fortement, c'est super efficace.
- Reims : comme écrit précédemment, j'y ai trouvé son père, enterré dans un terrain non concédé (sans doute pour les indigents) du cimetière sud mais personne d'autre.
- Rethel où est décédée sa mère : aucune trace d'eux. Par ailleurs Rethel a perdu de nombreux registres en raison de la quasi destruction de la ville lors des deux guerres.
- Neuflize où elle est née : c'est encore et toujours non.

Mais elle aurait très bien pu être enterrée dans une sépulture de la famille de son époux. Cela nous emmène alors dans d'autres communes, en Meurthe-et-Moselle. Paul Victor Bousse est né en 1857 à Pont-à-Mousson, son père Jean-Baptiste est décédé à Baccarat en 1879 et sa mère Barbe Vincent à Lunéville en 1874. La famille a vécu par ailleurs à Nomeny où sont inhumés d'autres membres de la famille Bousse : un oncle, une tante, des cousins et autres :

Famille Bousse-Vincent à Nomeny - Projet "Sauvons nos tombes" sur Geneanet


- Je n'ai pas demandé à Pont-à-Mousson car je n'y crois pas, la famille en est vite partie (Jean-Baptiste Bousse, père de Paul Victor, était au chemin de fer de l'Est).
- Lunéville : aucune concession aux noms de Godot ou Bousse.
- Verdun : Paul Victor Bousse père y a brièvement habité, pas la peine d'y perdre son temps.
- Je n'ai pas demandé à Baccarat : si la mère n'est pas enterrée à Lunéville, je ne vois pas pourquoi tout le monde le serait à Baccarat.
- Reste Nomeny : en cours, pas de nouvelles de la mairie. Mais j'avoue ne pas trop y croire... MAJ 23/03/2019 : également négatif.

Les dernières pistes ?

 

Puisqu'en remontant dans les ancêtres et alliés d'Adeline Godot on ne retrouve rien, pourquoi ne pas chercher du côté de son fils Paul Victor ? Peine perdue ! Il est décédé en 1942, à l'âge de 53 ans, dans le 20e arrondissement de Paris, à l'Hôpital Tenon. Il a été inhumé dans le cimetière parisien de Pantin dans une tombe temporaire de 5 ans. En effet, il était indigent alors que sa mère avait laissé un héritage 10 ans plus tôt. Son épouse, Louise Boban, décédée 5 ans plus tard, n'a même pas été enterrée avec lui.

Et Marcel Mourier, notre régleur des Pompes Funèbres ? Il était dit domicilié à Bondy mais y travaillait-il pour autant ? Rien n'est pas moins sûr. Pourtant je le retrouve bien des années après, en 1951, comme marbrier à Montrouge. L'adresse indiquée sur l'acte de décès où il apparaît est bien celle d'une marbrerie aujourd'hui...

Quelle(s) piste(s) me reste-t-il donc ?
Je me suis souvenu très récemment de ce couple : Gorgon Vincent (Nancy 1840 - ?) et Virginie Hardy (Maubeuge 1846  - ?). Elle, elle était la témoin du remariage de Paul Victor fils en 1921 aux Pavillons-sous-bois et demeurait dans la commune voisine déjà évoquée, Livry-Gargan. Lui était déjà décédé à ce moment-là. Très longtemps je me m'étais dit que ce couple n'avait aucun lien avec nos protagonistes car Vincent est un patronyme très fréquent : j'avais donc pensé à une coïncidence avec mes propres ancêtres. Grave erreur et voici pourquoi :

Arbre généré par Geneanet

Eh oui Gorgon Vincent (et pas Zola !) était le grand cousin par alliance d'Adeline Godot. A l'heure où j'écris ces lignes, j'ignore où et quand sont décédés Gorgon et Virginie mais si je les trouve, me conduiront-ils jusqu'à Adeline et in extenso à son époux ?

mardi 19 février 2019

Jeanne Nard, la mère pas si disparue que ça !

Comme évoqué dans mon premier article de blog j'ai commencé mes recherches généalogiques à partir du livret de famille de mes trisaïeux Julien Bourdin Grimand et Jeanne Nard. Ces derniers avaient eu deux fils ayant atteint l'âge adulte : Joseph, mon AGP et Victor son frère cadet. Je me suis alors intéressé aux actes de naissance de ceux-ci puis à ceux de leurs mariages.

Joseph et Victor sont tous les deux nés à Pantin (Seine-Saint-Denis), respectivement en 1881 et 1883. Le premier s'est marié à Paris 19e avec Marie Bernoville tandis que le second s'est uni à Pantin avec Marie Schibi. Les deux mariages se sont produits la même année, en 1905, leur père étant décédé depuis 1892. La proximité géographique des deux protagonistes pourrait laisser penser qu'ils se sont bien fréquentés mais nous verrons plus tard que ce n'était pas forcément le cas.

La lecture de l'acte de mariage de Joseph m'a révélé une information aussi étonnante qu'incroyable :

Source : Mairie de Paris 19e

"[...] et de Jeanne Nard, son épouse disparue, le futur époux et les témoins, lesquels affirment connaître le futur, déclarent à serment : 1° que sa mère est disparue et qu'ils ignorent le lieu de son décès dans le cas où elle serait décédée, ou son dernier domicile 2° que des aïeuls sont décédés et qu'ils ignorent le lieu de leur décès et leur dernier domicile, d'une part. [...]"

Alors que sur l'acte de mariage de son frère, nous avons ceci :

Source : Mairie de Pantin
"[...] et de Jeanne Nard, sa mère âgée de cinquante neuf ans, blanchisseuse, présente et consentante. [...]"

D'une part, comment Joseph et ses témoins ont pu déclarer (sous serment !) la disparition de Jeanne Nard alors qu'elle était bien présente (et consentante !) au mariage de Victor ? D'autre part, si elle avait bel et bien disparu aux yeux de Joseph à cette époque, comme puis-je être possesseur de son livret de famille un siècle plus tard, ce dernier attestant son décès en 1921 à Paris 10è ?

Pour répondre à cette question, il faut approfondir les recherches dans certaines sources généalogiques.

1. Les recensements


Déjà, pour commencer, intéressons-nous aux recensements. Où habitaient donc nos protagonistes ? Les recensements ayant eu lieu tous les cinq ans, je me suis focalisé sur l'année 1906, donc un an (ou quelques mois) après leur mariage. A l'époque de mes recherches (2004), je m'étais rendu aux archives municipales de Pantin et je n'avais malheureusement pas d'APN donc je suis dans l'incapacité de vous montrer les sources néanmoins voici ce que j'avais découvert :

- Joseph et Marie habitaient au 15, rue Berthier alors qu'avant mariage Joseph résidait rue de Flandre,
- Victor, Marie et leur fils René habitaient au... 15, rue Berthier ! Sans doute pas le même appartement mais le même immeuble, c'est certain.

Et Jeanne Nard alors ? Et bien elle était au 20, rue Sainte-Marguerite où elle vivait déjà en 1905 avec son fils Victor ! D'ailleurs je retrouve Victor, sa famille et sa mère à cette adresse-là en 1911 tandis que Joseph et sa famille sont partis vers la route de Flandre (actuelle avenue Jean-Jaurès).

Les voies évoquées étant toutes proches, il est difficile de croire que Joseph ignorait tout du devenir de sa mère... Pour comprendre il faut donc en apprendre plus sur la chronologie des deux frères avant leur mariage.

Source : OpenStreetMap


2. Les feuillets matricules


Si Joseph et Victor sont nés à Pantin et y ont vécu toute leur vie (sauf Victor après son divorce, parti en Seine-et-Marne, nous verrons cela une autre fois), ils n'ont pas été recrutés dans la Seine ! Sans le livret militaire de Joseph que je détiens, j'aurais sans doute attendu très longtemps (le Grand Mémorial sans doute) avant de retrouver leur fiche matricule.
Là encore, à l'époque de mes recherches, les registres matricules du département concerné n'étaient pas en ligne, j'ai dû écrire aux archives départementales pour qu'ils m'envoient les copies. Aujourd'hui c'est bien plus simple évidemment.

Coupons court au suspens, le livret militaire de Joseph indique qu'il vivait en Côte d'Or à l'époque de son recrutement, en 1901 ! Extrait.

AD21, FM401, Classe 1901, Bureau de Dijon, pages 694&695/849

Il est donc indiqué que Joseph était domestique à Clamerey. On le retrouve d'ailleurs dans les recensements de ce village en 1896, toujours domestique dans la ferme de la famille Bizot. Autre information : le domicile des parents est inconnu. L'administration aurait pourtant dû savoir que le père était décédé depuis 1892.

Et Victor ?

AD21, FM575, Classe 1903, Bureau de Dijon, page 124/838

Lui vivait donc à Saulieu et était également domestique (je ne sais pas au service de qui). Contrairement à son frère Joseph, l'administration avait connaissance du décès du père. Mais l'information la plus cruciale de cet extrait est juste au-dessous : "Enfant assisté de la Seine" ! Je passe le fait que l'administration s'est emmêlée les pinceaux avec le double patronyme de Victor.

Direction donc les archives de Paris à la recherche des dossiers des enfants assistés de la Seine !

3. Les enfants assistés de la Seine


Là où je n'avais pas percuté dès le départ, c'est que les deux frères sont devenus orphelins de père à l'âge de 11 et 9 ans et que la mère a pu manquer de moyens pour subvenir à leurs besoins étant donné qu'elle ne s'est pas remariée. Elle était a priori en concubinage avec un certain M. Pirard mais je ne sais rien de plus sur cette personne.

Les répertoires d'admission des enfants assistés de la Seine sont aujourd'hui en ligne sur le site des archives de Paris. On y trouve plusieurs types d'enfants assistés :
- Les enfants trouvés de 1761 à 1858,
- Les enfants assistés de 1859 à 1906,
- Les enfants moralement abandonnés de 1881 à 1906,
- Les pupilles de l'assistance à partir de 1907,
- Les enfants en dépots à partir de 1841,
- Les enfants secourus à partir de 1873.

Pour le cas présent, on va s'intéresser aux enfants assistés, c'est à dire les enfants trouvés, abandonnés ou orphelins. Le classement est alphabétique et par année d'admission; Julien Bourdin Grimand étant décédé en 1892, j'ai d'abord pensé à rechercher à cette année-là, mais sans succès ! Idem en 1893. C'est en janvier 1894 que je retrouve leur matricule :

AD75 - D3X4 50

Une fois ces numéros en poche, il faut se déplacer aux AD pour demander les dossiers correspondant. J'ai donc pu y avoir accès mais j'ai eu une demi déception : très peu d'informations sur Joseph mon AGP mais une multitude sur Victor (il était malade et avait un caractère spécial... Là aussi j'y reviendrai dans un autre article). Cependant une information capitale est commune aux deux frères :

Source : Archives de Paris

"La femme Bourdin-Grimaud est veuve depuis le 6 octobre 1892. Son mari avait été cantinier dans les régiments. Cette femme est actuellement dans une situation qui frise la misère. Ses ressources se bornent à son gain journalier de un franc* par jour. Il lui est impossible, dans ces conditions de subvenir aux besoins de ses deux enfants.[...]"

* Un autre document indique qu'elle devait un loyer mensuel de 140 francs. Autant dire qu'elle devait être surendettée dans ces conditions...

Les deux frères ont donc été placés séparément dans des familles d'accueil et sont revenus dans leur commune d'origine une fois adultes.

Conclusion


Joseph et Victor avaient respectivement 12 et 10 ans quand ils ont été placés loin de leur foyer, en Côte d'Or et sont revenus à Pantin a priori après leur vingtième anniversaire, sachant qu'ils ont été tous les deux exemptés du service militaire.

- Ce que j'ignore : dans quelles conditions sont-ils revenus à Pantin ? Pourquoi Victor est retourné vivre chez sa mère et pas Joseph ? Pourquoi Joseph a déclaré que sa mère avait disparu ? Rien n'est certain.

- Ce que je suppose : Joseph a dû très mal vivre l'abandon par sa mère et il en aurait découlé une certaine rancune. Autre hypothèse, Jeanne Nard aurait été contre son mariage avec mon AGM Marie Bernoville mais je n'ai retrouvé aucun document à ce sujet.

- Ce qui est sûr : d'une part, au décès de Jeanne Nard en 1921, il n'y a pas eu de déclaration de succession car elle était indigente (source : table des successions du bureau de Pantin). Néanmoins Joseph a dû récupérer ses rares effets personnels, aujourd'hui encore en ma possession : le livret de famille déjà évoqué mais aussi le certificat de bonne conduite au service militaire de Julien Bourdin-Grimand. Jeanne a même eu un vrai enterrement au cimetière parisien de Pantin avec une concession achetée par Joseph, renouvelée en 1926, Joseph étant décédé l'année suivante. Après tout, c'était lui l'aîné...

D'autre part les relations entre les deux frères ne devaient pas être au beau fixe car mon grand-père Marcel, fils de Joseph n'a jamais parlé de sa famille du côté paternel. Victor avait deux enfants qui vivaient tous à proximité. Il semble, d'après mes recherches (ce sera un autre article là encore), que l'un ignorait l'existence des autres...

samedi 16 février 2019

RDV Ancestral : avant que la vie ne déraille...

J'y suis, au milieu de tout ce monde grouillant comme des fourmis à la recherche qui d'une borne interactive, qui d'un guichet disponible, qui de son train sur le point de partir. Le monde s'accélère sous mes yeux avec cette clarté aveuglante des lumières de la gare et de ses écrans affichant les trains au départ ou à l'arrivée.

J'y suis dans cette gare, la Gare de l'Est, pour y acquérir un billet de train, évidemment. Évidemment ? Non ça ne l'est pas, évident. J'aurais pu l'acheter sur Internet, comme d'habitude, mais aujourd'hui, pour une fois je veux sentir le monde autour de moi et le contact humain d'un guichetier ou d'une guichetière, devenu rare en ces temps modernes.

J'avance alors vers cette borne automatique sans âme qui me vomit son ticket après avoir fait mon choix parmi les catégories proposées. J'obtiens le numéro 1945. 1945... soudain mais yeux se brouillent et le monde moderne que je connais s'évanouit pour laisser place à un ancien monde, un monde que je n'ai pas connu. Les écrans ont disparu, les distributeurs de boisson, les TGV, les bornes interactives, tout a disparu. Les gens qui me ressemblent ne sont plus là, d'autres les ont remplacées avec des vêtements bien plus anciens. J'ai l'impression d'être dans le Paris de la toute fin de guerre.

Gare de l'Est 1937 - Source Geneanet
En face de moi, je vois une multitude de guichets, bien plus qu'en 2019 ce qui est évidemment logique et il y a beaucoup de monde faisant la queue devant chacun d'entre eux. Je me demande alors ce que je fais là et me vois mal aller dans la file d'attente pour demander mon billet pour Reims. Alors j'observe. J'observe les alentours, j'observe les gens, leur façon d'être. J'écoute leurs voix, j'écoute les cheminots crier et siffler puis je reviens enfin vers la série de guichets et soudain je la vois : Gisèle !

Ma grand-mère, Gisèle, celle que je n'ai jamais connue. Mais je la reconnais, j'ai tant de photos d'elle. Je sais qu'elle a fait toute sa carrière à la SNCF, notamment en cette gare. Quelle joie de la voir se mouvoir, la voir parler - je ne l'entends pas, elle est trop loin - et répondre aux voyageurs depuis son comptoir.

Je voudrais alors aller lui parler, la questionner, mais impossible, la file est longue et je ne peux pas me comporter comme un impoli. Alors je fais la queue en espérant pouvoir rester assez longtemps à cette époque.

Je voudrais lui demander tellement de choses :
- Quelle a été sa vie enfant, elle qui est née au tout début de la Grande Guerre à Etampes-sur-Marne et qui n'a pas connu son père, en captivité en Allemagne,
- Quelle a été sa vie adolescente quand un autre homme est entrée dans la vie de sa mère,
- Quand est-elle arrivée à Paris,
- Qui était ce Pierre dont elle a été amoureuse et ce Lucien qui a été éconduit,
- Qui était cet Adolphe Schladenhaufen (1895-1968), un simple collègue cheminot ou un intime aux "mille baisers" couchés sur cette carte postale,

Archives familiales


- Comment a-t-elle rencontré son mari, mon grand-père Marcel, décédé quand j'étais encore un bébé (Edit du 01/03/2019 : apparemment dans la salle d'attente d'une voyante selon ma mère),
- Pourquoi elle a dû laisser son unique enfant, mon père, à sa mère pendant les dix premières années de sa vie ?

En retour je voudrais lui révéler tellement d'évènements :
- Que son père Paul a divorcé après son retour de captivité puis s'est remarié avec une femme dont il a eu une autre fille, Yvonne (1921-2006), cette demi-sœur dont tout le monde ignorait l'existence et que je n'ai découverte qu'en 2016,
- Que ce même Paul est décédé en 1942 à l'Hôpital Tenon, sans qu'elle le sache,
- Que son fils unique, mon père, s'est marié et a eu deux fils, mon frère et moi-même,

Je voudrais surtout lui dire de ne pas partir en vacances à Vaas, ce village de la Sarthe, en 1970 où elle sera victime d'une grave intoxication qui sera la cause présumée de sa maladie fatale. Elle pourrait alors survivre et assister au mariage de mes parents. Malheureusement cette file d'attente n'avance pas assez vite et mes yeux se brouillent à nouveau et voient disparaître à jamais cette époque révolue; j'ai tout juste le temps de regarder dans les yeux bleus de ma grand-mère et apprécier son joli sourire.


Gisèle est décédée à la Clinique de la Roseraie à Aubervilliers le 19 avril 1970, un an jour pour jour après sa maman et un mois avant le mariage de mes parents.

lundi 28 janvier 2019

Et voilà ! Encore un blog !

Voilà, je me lance, enfin. Et c'est encore un blog de généalogie ! Il n'y en avait pas déjà assez ? Non, non, jamais, tellement les généalogies des uns et des autres sont riches et différentes à la fois.
Pour ce premier billet, je ne vais toutefois pas m'étendre et le décomposer en trois parties. Tout d'abord pourquoi ce blog ? Ensuite j'évoquerai l'origine de son nom, ou plutôt ce qui m'a décidé à le nommer ainsi. Enfin, je terminerai sur mes débuts en généalogie et notamment l'évènement déclencheur de cette passion sans fin.

Pourquoi ce blog ?

2 raisons principales. Tout d'abord j'ai plusieurs projets de romans en sommeil depuis de longues années par manque de temps, d'envie ou bien parce que j'ai le syndrôme de la page blanche. Ce blog va donc m'aider (et m'inciter ?) à écrire, m'exercer à écrire car je dois avouer que je ne suis pas à l'aise en écriture; c'était d'ailleurs une lacune durant mon enseignement secondaire. J'espère m'être bien rattrapé depuis le temps, cela dit.
Deuxièmement, c'est la lecture des différents blogs des généalogistes amateurs ou profesionnels qui m'a donné envie de me lancer, notamment les différents challenges existants comme le ChallengeAZ ou le RDVAncestral auxquels je compte bien sûr participer. En revanche, au regard de mon actualité personnelle (j'ai trois jeunes filles en bas âge dont des jumelles nées en janvier 2019) et professionnelle (je suis encore loin de la retraite), je ne pense pas que je serai d'une régularité exemplaire quant à la publication de mes futurs billets.

L'origine de "Nos Racines, Notre Sang"

Là, l'explication est un peu tordue. Ce n'est pas facile de trouver un nom original et il faut dire que parmi les généalogistes de la twittosphère il y a des blogs dont le nom est plutôt inspirant ! J'en veux pour exemple (parmi tant d'autres d'intéressants) Ancêtres vos papiers de Manu ou bien les Marques Ordinaires de Sébastien. 
Pour en revenir à mon présent blog, il faut savoir que je suis un grand amateur de musique de toutes sortes mais j'ai tout de même un style de prédilection qui est le Metal et tous ses sous-genres. Il existe un groupe brésilien, connu mondialement, qui s'appelle Sepultura et dont l'un des titres phares est Roots Bloody Roots de l'album Roots, sorti en 1996. Je me suis d'ailleurs inspiré de la pochette de l'album pour réaliser l'image d'accueil.
Vous l'aurez sans doute compris, roots signifie racines et quand j'écoute ce morceau je pense tout de suite à la généalogie. Pour les curieux non initiés (et téméraires !) voici le clip :


Les paroles de cette chanson sont les suivantes :

Roots bloody roots
Roots bloody roots
Roots bloody roots
Roots bloody

I believe in our fate
We don't need to fake
It's all we wanna be
Watch me freak

I say we're growing every day
Getting stronger in every way
I'll take you to a place where we shall find our

Roots bloody roots
Roots bloody roots
Roots bloody roots
Roots bloody roots

Rain bring me the strength to get to another day
And all I want to see
Set us free

Why can't you see?
Can't you feel this is real?

I pray we don't need to change our ways to be saved
That all we wanna be
Watch us freak

On notera que bloody signifie ici maudit alors que moi, j'ai préféré garder la traduction littérale de blood, signifiant sang. Et comme le sang de nos ancêtres coule dans nos veines, j'ai décidé de nommer mon blog Nos Racines Notre Sang. Après, nous verrons dans de prochains billets que certains ancêtres pouvaient être maudits...

Mes débuts en généalogie

Déjà tout jeune (au collège) je me demandais d'où sortait mon double patronyme. Certains, d'ailleurs, m'interrogeaient sur l'origine du "second" patronyme, "c'est le nom de ta mère ?" que j'entendais le plus souvent. Eh bien non, rien à voir. Puis dans un second temps il m'arrivait de me demander si nous (ma famille proche) étions les seuls à porter ce nom, mon père étant fils unique de parents eux-mêmes enfants uniques. Ce dernier racontait par ailleurs que son grand-père avait un frère jumeau sans plus de détails. Ou bien qu'un ancêtre était clairon sous Napoléon (lequel ? Nous verrons plus tard ce qu'il en est).
C'est en 2004, alors que j'étais au chômage, que vint le déclic, ou plutôt l'évènement qui déclencha le déclic : ma mère me présenta un vieux document dont je n'ignorais l'existence jusqu'alors, un livret de famille de 1877 ! Voici un extrait ci-dessous :


Il s'agit du livret de famille de mon trisaïeul agnatique Julien et de sa femme Jeanne Nard. Sur les pages suivantes figurent leurs six enfants (dont quatre décédés en bas âge). J'y ai finalement découvert que mon AGP avait non pas un frère jumeau mais une soeur jumelle, décédée à l'âge de 2 mois. Mais sur la page suivante je vis la mention d'un frère, Victor. C'est à partir de là que l'aventure commença !