mardi 17 septembre 2019

Jacques Cauquil : clémence avec un assassin ?

Ah fidèle lectrice, fidèle lecteur, là on s'attaque à du lourd. Un sujet plutôt délicat, s'il en est, le titre étant déjà évocateur... D'autant plus que cela concerne un ancêtre pas si lointain dont la dernière fille est décédée en 1979. Voici donc l'histoire de Jacques Cauquil, l'AGP de mon beau-père et l'AAGP de mes filles.

Pour vous mettre dans l'ambiance, je vous partage ce morceau de musique composé par un (célèbre) groupe de Metal français.




Le premier détail troublant


J'ai commencé les recherches généalogiques du côté de ma compagne en 2013 et l'un des premiers actes que j'ai consultés a été celui du mariage des grands-parents paternels de son père. Il s'agit de Paul Philippe Fabre (Gijounet 1874 - Saint-Geniès-de-Fontedit 1957) et Anna Cécile Cauquil (Gijounet 1876 - Saint-Geniès-de-Fontedit 1958). Ils se sont mariés dans leur commune de naissance en 1897; voici un extrait de l'acte :


Extrait de l'AM de Paul Philippe Fabre x Anna Cécile Cauquil - Gijounet 1897 - Source AD 81


« L'an mil huit cent quatre vingt-dix sept et le vingt sept février à dix du matin en la maison commune et publiquement par devant nous Olombel Pierre, maire officier de l'état civil de la commune de Gijounet, canton de Lacaune arrondissement de Castres (Tarn) sont comparus Fabre Paul Philippe âgé de vingt trois ans cultivateur demeurant à Calouze commune de Gijounet où il est né le vingt trois novembre mil huit cent soixante quatorze ainsi qu'il résulte de l'extrait de son acte de naissance à nous remis, fils légitime et majeure de Fabre Jacques âgé de soixante huit ans et Mialhe Philippine âgée de soixante ans, cultivateurs demeurant audit Calouze, vivants, ici présents et consentants. D'une part. Et demoiselle Cauquil Anna Cécile âgée de vingt ans, sans profession, demeurant à Lapauze commune de Gijounet où elle est née le quatre novembre mil huit cent soixante seize ainsi qu'il résulte de l'extrait de l'acte de naissance à nous remis, fille légitime et mineure de Cauquil Jacques, âgée de quarante huit ans déchu de la puissance paternelle par arrêt de la cour d'assises du Tarn en date du vingt neuf avril mil huit cent quatre vingt seize ainsi qu'il résulte de l'extrait des minutes du greffe du tribunal correctionnel séant à Albi à nous remis et ci annexé et de feue Vayrette Marie décédée le quinze février mil huit cent quatre vingt seize ainsi qu'il résulte de l'extrait de son acte de décès à nous remis. La dite Cauquil Anna Cécile autorisée et assistée au présent par sa représentante légale sa grand mère maternelle la nommée Guyot Eulalie âgée de soixante huit ans cultivatrice demeurant audit lieu de Lapauze vivante, ici présente et consentante veuve de Vayrette Antoine décédé à Gijounet, le dix septembre mil huit cent soixante deux ainsi qu'il résulte de l'extrait de son acte de décès à nous remis. D'autre part.»

Pour un détail troublant, c'en est un ! Le père d'Anna Cécile Cauquil est déchu de sa puissance paternelle suite à un arrêt d'une cour d'assise peu de temps après le décès de son épouse... Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu'il s'est passé quelque chose de très grave. Néanmoins cela aurait pu être précipité de conclure hâtivement que les deux évènements fussent forcément liés. A cette époque de mes recherches je ne connaissais rien des sources judiciaires et j'avais vainement tenté via le Fil d'Ariane de retrouver ce jugement. J'étais donc passé à autre chose.


Généalogie de la famille Cauquil - Vayrette


Avant d'entrer dans le vif du sujet, il me faut d'abord décrire succinctement la famille Cauquil. Jacques Cauquil (petit fils de Jean-Pierre Cauquil) et Marie Vayrette sont tous les deux nés à Gijounet (Tarn), ancienne section de Viane, respectivement en 1849 et 1852. Ils s'y sont mariés en 1871, dont :
  • Marie Eugénie (Gijounet 1872 - Saint-Geniès-de-Fontedit 1960), célibataire, pas de postérité,
  • Jacques (Gijounet 1875 - Lacaze 1928), célibataire, pas de postérité, on reparlera de lui,
  • Anna Cécile donc,
  • Paul Joseph (Gijounet 1878 - id. 1882), décédé en bas âge,
  • Lucie Louise (Gijounet 1880 - Villemagne l'Argentière 1966), épouse Alfred Carrié, branche éteinte,
  • Louise Julie (Gijounet 1882 - id. 1882), décédée en bas âge,
  • Rosalie Philomène (Gijounet 1883 - Cazouls-lès-Béziers 1979), épouse Brieu (mort pour la France en 1914), branche éteinte,
  • Irma Joséphine (Gijounet 1892 - Narbonne 1912), célibataire, pas de postérité.

Anna Cécile Cauquil vers 1949 - Archive familiale

La famille était propriétaire agricole et semblait plutôt prospère. Aujourd'hui, de tous les enfants Cauquil, seule Anna Cécile a encore une descendance vivante.
En 1896, il restait donc six enfants vivants. J'y reviens juste après.


Gallica, cet outil indispensable au généalogiste


Dans le même temps, je découvrais Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France dédié à la numérisation de la presse et des ouvrages anciens. Je fus tout de suite émerveillé par la puissance du moteur de recherche et par la technologie OCR ! En effet en saisissant tout simplement le nom de Jacques Cauquil (entre guillemets, c'est important) je suis tombé sur une bombe ! Plusieurs journaux qui reprenaient quasi mot pour mot le même article.


Article paru dans La Justice le 22/02/1896 - Source Gallica BNF

Article paru dans La Justice le 22/02/1896 - Source Gallica BNF
Je ne commenterai pas l'article ci-dessus tant les détails sont sordides. Il m'apparaît important de souligner le rôle des enfants :
  • Jacques, l'unique fils survivant, âgé alors de 21 ans et atteint de handicaps physiques à cause des mauvaises actions de son père. On peut deviner que c'est pour cette raison qu'il ne se maria jamais. Destin tragique pour lui et ses sœurs.
  • Les deux plus jeunes filles, Rosalie et Irma alors âgées respectivement de 13 et 4 ans au moment des faits, sont restées avec leur père alors que leur pauvre mère n'était pas loin.
  • Lucie, alors âgée d'environ 16 ans, est sans doute celle qui a eu le courage d'aller dénoncer son père. Comment imaginer qu'elle garda ce souvenir pendant encore 70 ans ?
  • Les deux aînées ne sont pas mentionnées, Marie et Anna avaient respectivement 23 et 19 ans. Elle devaient sûrement déjà travailler ailleurs et n'ont pas été témoins de ce drame. 
On aurait pu s'en arrêter là mais les sources de Gallica sont abondantes et ont fini par enfoncer le clou de l'horreur : Plusieurs articles datant de 1903 évoquent le même Jacques Cauquil. On aurait pu penser qu'après le terrible évènement de 1896 il aurait été mis derrière les barreaux jusqu'à son dernier soupir mais que nenni. Je vous laisse le constater par vous-même :


Article paru dans La Presse le 19/02/1903 - Source Gallica BNF

Seulement huit ans de travaux forcés pour un féminicide ? Une liberté conditionnelle ? Une récidive sept ans après son premier coup de sang ? C'est là que j'ai décidé d'en savoir plus. 


Le dossier de bagnard


A cette époque on pense forcément au bagne. Et ça tombe bien, sur le site des ANOM, les dossiers de bagne sont aujourd'hui numérisés. Pour mon cas, ils ne l'étaient pas encore. Mais il y avait déjà un moteur de recherche permettant de retrouver les cotes. J'avais eu recours encore une fois au fameux Fil d'Ariane.


Capture d'écran du site des ANOM - dossier de bagnard de Jacques Cauquil

Ce dossier contient six pièces, dont :
  • Son acte de décès, survenu au bagne des Roches à Kourou, en 1906. Eh oui, trois ans seulement après les faits. Sans commentaire.
  • Son historique de condamnations :
    • 4 mars 1867 (18 ans) : 20 jours pour coups et blessures,
    • 23 décembre 1891 (42 ans) : 25 jours pour avoir tué un animal domestique appartenant à autrui,
    • 9 avril 1896 : 10 ans de travaux forcés et déchéance de sa puissance paternelle pour homicide volontaire sur son épouse.
  • Sa notice individuelle où on apprend sans surprise qu'il avait mauvaise réputation dans sa commune. La surprise est en revanche d'apprendre qu'il a été libéré conditionnellement le 31 décembre 1901. 

Extrait du dossier de bagne de Jacques Cauquil - Source ANOM


Comment un tel homme ayant eu plusieurs condamnations, de mauvaise réputation de surcroît et par dessus le marché sans aucun remord, a pu obtenir une libération conditionnelle ? Vous allez voir que les surprises ne vont pas s'arrêter là.


Le jugement de 1896


La série 2U des AD du Tarn, précisément la cote 2U 316, nous permet d'avoir accès à la transcription de la procédure instruite contre Jacques Cauquil le 29 avril 1896 (date qu'on retrouve sur l'acte de mariage d'Anna Cécile). Outre son état civil on y découvre que :
  • Il y a eu un arrêt rendu le 4 avril 1896 par la cour d'appel de Toulouse, chambre des mises en accusation, qui renvoie Jacques Cauquil devant la cour d'assises séant à Albi.
  • Il y a eu un acte d'accusation dressé le 10 avril par le procureur général de ladite cour d'appel.
  • Le jury populaire a déclaré qu'il existait des circonstances atténuantes en faveur de l'accusé ! (Ben voyons...)
On rappelle ensuite quelques articles du code pénal, je cite :
  • « article 295 : L'homicide commis volontairement est qualifié meurtre
  • « article 304 : Le meurtre emportera la peine de mort, lorsqu'il aura précédé, accompagné ou suivi un autre crime. Le meurtre emportera également la peine de mort, lorsqu'il aura eu pour objet, soit de préparer, faciliter ou exécuter un délit, soit de favoriser la fuite ou d'assurer l'impunité des auteurs ou complices de ce délit. En tout autre cas, le coupable de meurtre sera puni des travaux forcés à perpétuité.»
  • « article 463 : Les peines prononcées par la loi contre celui ou ceux des accusés reconnus coupables en faveur de qui le jury aura déclaré les circonstances atténuantes, seront modifiées ainsi qu'il suit : si la peine est celle des travaux forcés à perpétuité, la cour appliquera la peine des travaux forcés à temps ou celle de la réclusion.»
Suivent d'autres articles puis la conclusion que par les motifs énoncés, la cour condamne Jacques Cauquil à la peine de dix ans de réclusion. L'acte se conclut par l'annonce de la déchéance de puissance paternelle puis la garde des enfants encore mineurs donnée à la mère de la victime. Encore heureux.

Quand on sait qu'il a été libéré conditionnellement en 1901, on en conclut qu'il n'a réalisé en fait que cinq ans. CINQ ANS. Pour avoir ôté la vie de son épouse. Froidement. Sans remords. L'acte ne précise pas pourquoi ni comment le jury a pu trouver des circonstances atténuantes. Comme le fonds de la Justice détenu aux AD31 est échantillonné et lacunaire, je pense que je ne le saurai jamais. Toutefois, j'ai mon idée, j'y reviendrai en conclusion de ce billet.


Extrait de la transcription du jugement de Jacques Cauquil - 29/04/1896 - Cote 2U 316 - AD81

Extrait de la transcription du jugement de Jacques Cauquil - 29/04/1896 - Cote 2U 316 - AD81


Une autre source exploitable : le conseil de famille


Le conseil de famille se faisait devant le juge de paix du canton, ici à Lacaune, toujours dans le Tarn.
Celui-ci a eu lieu le 24 février 1896 devant Paul Galy, juge de paix, assisté de Jean-Pierre Palaizy, greffier de cette justice de paix.
A comparu Eulalie Guyot, la mère de Marie Vayrette, qui exposa les faits : le décès de sa fille laissant cinq enfants mineurs :

  1. Jacques - le fils aîné maltraité, voir plus haut - 20 ans,
  2. Anna - la grand-mère de mon beau-père - 19 ans,
  3. Lucie, 15 ans,
  4. Rose, 12 ans,
  5. Irma, 3 ans.
Donc, par suite du décès de Marie Vayrette, Jacques Cauquil, son meurtrier, est devenu tuteur légal des enfants mineurs ! Quel cauchemar, n'est-ce pas ?
Il est d'ailleurs rapporté que « Jacques Cauquil a eu depuis peu une très mauvaise conduite, laquelle le met dans l'impossibilité de s'acquitter  d'une manière convenable de ses dites fonctions de tuteur. »
Ah bon ? Que peut-on faire de pire que d'ôter la vie de son épouse ? On ne le saura pas.

En conséquence et avec l'autorisation du juge de paix, Eulalie Vayrette a réuni les plus proches parents des mineurs pour délibérer et donner leur avis sur la destitution qu'elle voulait provoquer, l'estimant nécessaire (tu m'étonnes!)

Le conseil de famille était donc constitué, côté paternel, de :
  • Baptiste Azéma, 69 ans, agissant comme mandataire de Jacques Cauquil. J'apprendrai plus tard qu'il avait en réalité moins de 60 ans et qu'il était son beau-frère.
  • Louis Cauquil, 40 ans, cultivateur, oncle des enfants.
  • Jean-Pierre Cauquil, 81 ans, métayer, grand-oncle des enfants.
  • Jacques Cauquil, 43 ans, venant d'Espérausses, parenté non précisée, sans doute un cousin.

Du côté maternel, de :

  • Eulalie Guyot, veuve Vayrette, forcément.
  • Henri Vayrette, 34 ans, demeurant à Saint-Geniès-le-Bas (aujourd'hui Saint-Geniès-de-Fontedit). J'apprendrai aussi par la suite que quasi toutes les sœurs Cauquil y vivront comme domestiques. Henri Vayrette était le frère de la défunte.
  • Louis Bénézech, 39 ans, venant de Pierre-Ségade, commune de Viane, un cousin.

Pour faire court, personne ne s'est opposé à la demande de destitution de Jacques Cauquil de la tutelle de ces enfants. Je cite néanmoins un passage assez surprenant qui dénote la retenue sur cette affaire : « Le conseil de famille estime qu'il est inutile de détailler ici les motifs de la destitution invoqués par la comparante, les tenant pour suffisants. » Et bien comme on dit, on ne va pas remuer le couteau dans la plaie !
S'en suit le passage aux votes et la déclaration à l'unanimité des voix (y compris celle du juge) qu'il est d'avis de destituer le sieur Cauquil. On notera par la suite qu'Eulalie Guyot veuve Vayrette et Louis Cauquil seront désignés comme tutrice et subrogé tuteur des mineurs.
Enfin, sans surprise, le conseil a rendu l'avis unanime que la succession de Marie Vayrette devait revenir aux enfants. 


Extrait de la transcription du conseil de famille consécutif au meurtre de Marie Vayrette - 24/02/1896 - Source AD81


La succession de Marie Vayrette

La succession, justement on y vient. Comme indiqué plus haut le couple Cauquil x Vayrette était propriétaire agricole, il devait donc y avoir une mutation par décès. Et comme on a pu voir dans l'article de journal, ledit Cauquil voulait qu'on s'occupe bien de la ferme jusqu'à son retour. Mais bien sûr. D'après le délibéré du conseil de famille vu juste avant, la succession de la défunte devait revenir aux enfants. Je suis donc allé vérifier cela.


Déclaration de la succession de Marie Vayrette en date du 14 août 1896 - Source AD81
Sur ce document il est bien confirmé que « Cauquil Jacques, époux survivant, ayant été condamné par la cour d'assises du Tarn pour avoir donné la mort à sa femme, n'a aucun droit sur cette succession (art 727 Code Civil) ». Même si c'est logique, c'était mieux de l'écrire. 
On notera en marge que la fille aînée Marie Eugénie Cauquil a été oubliée lors de la déclaration de succession. Il a fallu régulariser son cas lors de la déclaration de succession de Jacques Cauquil en 1907 (non retrouvée à ce jour) et celle de la pauvre Irma, décédée à Narbonne en 1912 à seulement 20 ans. Quand le mauvais sort s'acharne... 
La seconde page de ce document fait l'inventaire des biens de la communauté; ce sujet ne nous intéresse pas vraiment ici.


Conclusion


Lorsque j'ai découvert tout ceci, j'en ai tout de suite informé ma belle famille, à commencer par mon beau-père, petit-fils d'Anna qui avait 20 ans à l'époque des faits. Il l'a plutôt bien pris et a répondu avec humour : « ce n'est pas grave, ce n'était pas moi ». En revanche, cela devait être un secret bien gardé car il savait seulement que le père de sa grand-mère était une personne peu fréquentable. Mon beau-père a connu les quatre sœurs Cauquil ayant vécu le plus longtemps : Marie Eugénie, décédée en 1960, Anna en 1958, Lucie en 1966 et Rose en 1979. Aucune d'elles n'a jamais parlé de cette histoire tellement dure qu'elle devait peser sur leur cœur.

Maintenant, il reste des zones d'ombre : comment cet énergumène a pu bénéficier de circonstances atténuantes ? Comment a-t-il pu être libéré conditionnellement au bout de seulement cinq ans de réclusion ? Si la justice avait été moins clémente, sans doute que la pauvre Hermine Denille - c'est le nom de sa seconde victime - aurait vécu plus longtemps. S'il avait été atteint de démence ou autre aliénation mentale, je pense que cela aurait rapporté dans la presse. Non au contraire, il n'a eu aucun remord et était parfaitement conscient des faits.
Alors j'ai ma petite idée : le sort réservée aux femmes dans notre société patriarcale. Nous étions encore au 19e siècle et leurs droits étaient encore très limités. J'imagine qu'un jury populaire composé uniquement d'hommes a dû être tout sauf impartial; avec la complicité passive du juge ? Je ne fais que supposer mais je pense qu'à l'époque, il était facile d'accuser la gente féminine de n'importe quoi.

Tenez je vous partage cette vidéo, courte certes, mais qui permet - j'espère - d'ouvrir les yeux sur les conditions des femmes d'hier, d'aujourd'hui et de demain.



dimanche 8 septembre 2019

Enquête photo #7 : Les deux sœurs de Tergnier

Ah ! Pour une fois - enfin pas tout à fait - une enquête aboutit à une issue positive ! Laissez-moi vous raconter comment je suis arrivé à nommer ces deux jeunes femmes ci-dessous, manifestement soeurs tant la ressemblance est frappante.


Les deux soeurs de Tergnier - archive familiale

 

Origine et datation de la photo


A l'instar des photos des enquêtes #2, #3, #4 et #6, celle-là me provient de la lignée maternelle de mon père. Elle est format carte postale et bien évidemment il n'y a aucune inscription derrière.
Ce format est apparu pendant la première guerre mondiale et, selon les sources, aurait perduré jusque dans les années 30. Cela donne donc une fourchette d'une quinzaine d'années.


Premières hypothèses


Ces deux soeurs sont jeunes, je dirais moins de vingt ans ou à peine plus et leur écart d'âge ne doit pas excéder quelques années, trois ou quatre, pas plus. J'ai également une autre photo avec seulement l'une d'elle, celle de droite, sans doute prise la même année. Je les suppose célibataires au moment de la prise de vue.





Quand j'ai trouvé ces photos, j'avais déjà établi la généalogie collatérale de ma grand-mère et de sa mère et j'ai tout de suite pensé à deux familles qui leur sont liées : la famille Thiéry x Carlier et la famille Nique x Doche, toutes deux descendantes de Cléophine Louise Adolphine Leroy, sosa 77 de mes filles.


Généalogie descendante partielle de Cléophine Leroy



Descendante partielle de Cléophine Leroy - Arbre Geneanet



Cléophine Louise Adolphine Leroy est née en 1846 à Remigny (Aisne) et décédée en 1911 à Fargniers, commune de Tergnier (toujours dans l'Aisne). Elle s'est mariée en premières noces à Remigny en 1862 avec Joseph Alexandre (1839-1869), dont :
  • Adolphe Alexandre (1864-1924), mon AAGP.
  • Jules Émile Eugène (1866-ap.1941), j'y reviendrai.
En 1874, elle épouse en secondes noces son beau-frère (alors veuf de sa sœur Louise Amélie Leroy) Auguste Sosthène Ernest Carlier (1846-ap.1922), dont :
  • Aline Fernande (1872-1964), j'y reviendrai également.
  • Paul Léon Ernest (1877-1943), parti avec sa famille à Abbeville dans la Somme (voir enquête #2).

Jules Emile Eugène Nique se marie à Remigny en 1891 avec Marie Jeanne Doche (1866-1930), dont :
  • Lucie Renée (Remigny 1892 - Le Thour 1975).
  • Alfréda Irénée (Tergnier 1896 - Paris 1941).

Deux soeurs de quatre ans d'écart !

Aline Fernande Carlier se marie à Fargniers, commune de Tergnier, en 1891 avec Christophe Armand Thiéry (1868-av.1922), dont :

  • Yvonne Lucie (Laon 1893 - Quessy 1980).
  • Marguerite Andrée Fernande (Fargniers 1896 - La Fère 1981).

Deux autres soeurs de trois ans d'écart !


Les indices


Comme indiqué plus haut, les femmes de la photo sont jeunes et me donnent l'impression qu'elles sont encore célibataires (ce n'est qu'une hypothèse de travail). Voyons alors quand et où se sont mariées les quatre femmes citées juste avant.

  • Lucie Renée Nique s'est mariée à Hirson en 1911 avec Georges Virgile Martin (1888-1944) qui a été militaire de carrière avant d'être employé de commerce. Ils ont déménagé souvent car leurs enfants sont nés respectivement en 1913 à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), en 1918 à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), et en 1924 à Autun (Saône-et-Loire).
  • Alfréda Irénée Nique s'est quant à elle mariée en 1920 à Issy-les-Moulineaux avec Jules Jean Baptiste Beis (1882-1958). Le couple et leurs quatre enfants sont restés dans les parages au moins jusqu'au décès d'Alfréda en 1941.
  • Yvonne Lucie Thiéry s'est mariée à Rouen en 1918 avec Gustave Émile Hannier (1893-1979) mais ont vécu à Tergnier toute leur vie.
  • Marguerite Andrée Fernande Thiéry s'est quant à elle mariée à Fargniers en 1922 avec Paul Jean Raymond Hénon (1899-1954) et n'ont jamais quitté les lieux.

1er indice : les sœurs Nique ont quitté l'Aisne et ne se sont apparemment pas côtoyées bien qu'on retrouve une ville en commun : Issy-les-Moulineaux. Cependant c'est parce que leurs parents y habitaient. Admettons quand même qu'elles s'y soient rencontrées entre 1918 et 1920, elles auraient eu entre 22 et 24 ans pour la première et 26 et 28 ans pour la seconde : trop âgées pour être celles de la photo à mon avis.
2è indice : les soeurs Thiéry sont restées à Tergnier (Quessy et Fargniers) toute leur vie. Lors d'un voyage généalogique j'ai d'ailleurs pu constater qu'elles y sont inhumées. J'ai aussi découvert sur la tombe de Marguerite qu'elle se faisait appeler Germaine. Ce détail a son importance pour la suite.

Jusqu'ici pas de certitude sur l'identité des deux soeurs de la photo mais une forte suspicion sur la famille Thiéry !


Les indices qui font pencher la balance


Trève de suspens, lorsque j'ai retrouvé les anciennes photos de ma grand-mère et de sa mère, il y avait parmi elles une quantité astronomique de correspondances (lettres, cartes postales, cartes diverses). Parmi celles-ci il y en avait un bon nombre en provenance de la famille Hannier ou Hénon. Mais aucune des sœurs Nique ! Je vous mets quelques exemples ci-dessous :


Carte de Yvonne et Gustave Hannier envoyée à mes grands-parents. La Francine évoquée est leur petite fille malheureusement décédée en 2009.

Carte de Germaine, qui est en fait Marguerite Thiéry, de 1958. Elle y évoque sa mère de 85 ans. On devine sans mal qu'il s'agit d'Aline Carlier, décédée en 1964.

Cerise sur le gâteau : Il y a la photo d'Yvonne Thiéry sur sa tombe :


Yvonne Thiéry épouse Hannier - Cimetière de Quessy (Tergnier)

Ne vous rappelle-t-elle pas quelqu'un ? Pour moi c'est la jeune femme de droite.


Conclusion


On ne peut être affirmatif à 100% quant à l'identité de ces deux jeunes femmes. Néanmoins les indices et suppositions exposés me suffisent pour faire pencher la balance en faveur des sœurs restées dans les environs de Tergnier : Marguerite dite Germaine et Yvonne Thiéry. Mon père avait d'ailleurs rencontré l'une des deux dans sa jeunesse mais ignorait que c'était une cousine et a par la suite oublié son visage...
Les sœurs Thiéry ont à ce jour une descendance vivante mais que je n'ai pas encore réussi à contacter. La fille d'Yvonne Thiéry est toujours là mais très âgée donc je m'interdis pour l'instant de la déranger.
Qui sait, l'un des descendants tombera peut-être un jour sur ce billet et infirmera cette conclusion. J'espère bien que non :-)

lundi 2 septembre 2019

Enquête photo #6 : L'Homme aux billets doux

Me revoilà fidèles lectrices et lecteurs pour mon premier article de la rentrée, une nouvelle enquête photo ! Et l'homme que vous allez voir ci-dessous est déjà connu de certains généanautes de Twitter car j'avais déjà lancé une bouteille à la mer quant à la signature visible sur les deux photos identiques que je possède. Si les photos sont identiques, les textes les accompagnant ne le sont pas et la signature y est légèrement différente (personne ne sait reproduire sa signature à l'identique à moins de la photocopier !)

Voici donc notre homme :





La photo de cet élégant gaillard fait partie d'un lot me provenant de ma grand-mère Gisèle Bousse (encore elle, oui, oui, j'en parle souvent dans mes articles, ainsi que de sa famille.) Le court message au bas est manuscrit et signé : « Regarde bien mon coeur est dans la petite poche. » Sur l'autre photo il y a le texte suivant : « Ma tante te transmet mon souvenir. »

Voici la signature agrandie :




D'abord, de quand date-t-elle ?


Cela ne se voit pas sur la version numérisée mais cette photo a les bords dentelés. Ce type de photo existait entre les années 30 et les années 50. Comme je suppose que cette personne était un prétendant  ou une ancienne relation de ma grand-mère et que celle-ci a rencontré mon grand-père dans les années 40 - ils se sont mariés en 1945 à Paris - cela réduit la période de datation donc je pencherais finalement pour les années 35-40, Gisèle ayant eu 20 ans en 1934.


Mais qui était-ce donc ?


Si ma grand-mère - que je n'ai pas connue - a gardé ces photos, c'est qu'elle devait tenir à cette personne mais pas suffisamment pour qu'elle eût transmis son nom à mon père qui, de toutes façons, n'a jamais su m'aider sur mes recherches généalogiques.
Tout ce que je sais, d'après ma mère et quelques lettres que j'ai retrouvées, c'est qu'elle avait été amoureuse d'un certain Pierre et qu'elle aurait éconduit un certain Lucien. Pas de chance ! Je ne vois ni de P ni de L dans la signature ci-dessus. Au début j'y voyais un A mais en y regardant bien (et avec l'aide de certains d'entre vous), on pourrait y voir un J, un F, un E, deux T... Bref, rien de certain !


Quelques éléments d'enquête 


  • Ma grand-mère Gisèle est née en 1914 dans l'Aisne, a fait sa scolarité à Etampes-sur-Marne mais a quitté la région dès 1931 pour aller travailler à ce qui allait devenir plus tard la SNCF à Paris, plus précisément à la Gare de l'Est. Elle y a toujours travaillé jusque sa retraite en 1969.
  • Jusqu'à son mariage avec mon grand-père, elle habitait dans le 10e arrondissement (non loin de son travail), rue du Terrage puis rue Pierre Dupont.
  • L'homme évoque sa tante par conséquent elle a dû le fréquenter assez longtemps pour connâitre sa famille. 
  • Parmi la quantité plétorrhique de lettres anciennes que j'ai pu retrouver, aucune n'a la même graphie que celle de ces photos.
En clair, pas grand chose pour avancer...


Piste rapidement abandonnée


Lors de mon premier RDV Ancestral j'avais évoqué un certain Adolphe Schladenhaufen, collègue de travail basé à Strasbourg, qui lui avait envoyé une carte signée de « mille baisers ». Bien que son écriture n'est pas similaire j'ai quand même tenté de retrouver sa trace. 
Avec succès : les AD du Bas Rhin possèdent des cartes d'anciens combattants dont la sienne - son cas est d'ailleurs particulier, il a servi l'Allemagne durant la Grande Guerre en tant qu'alsacien puis la Résistance durant la seconde. J'ai donc pu y avoir accès grâce au Fil d'Ariane :


Carte du Combattant d'Adolphe Schladenhaufen (1895-1968) - Source AD 67

Aucun doute n'est permis : ce n'est pas du tout la même personne.


Que faire alors ?


Autant chercher une aiguille en mille morceaux dans un océan de bottes de foin, non ? Je pense que la meilleure chose à faire est de déchiffrer une bonne fois pour toutes cette fameuse signature. Alors ensuite je pourrais me tourner vers les recensements du quartier où vivait ma grand-mère et y lister tous les cheminots. La belle affaire.
Je pourrais aussi regarder tous les bambins nés la même année que ma grand-mère à Etampes-sur-Marne sauf que si ma datation est juste, je donnerais facilement à notre charmant gentleman dix ans de plus qu'elle. Pourquoi pas : regardons toutes les naissances à partir de 1900.

Si quelqu'un a une idée de génie, je suis preneur. En attendant je continue mes pérégrinations.

A suivre...

mardi 30 juillet 2019

Se perdre dans les Bousse


Image gratuite Pixabay

Pour celles et ceux qui ont suivi ma recherche - sans succès à ce jour - de la tombe de mon AAGM Adeline Godot et in extenso de son époux Paul Victor Bousse, je vous délivre ici un billet dérivé concernant Marie Joséphine Bousse, la soeur de ce dernier. Si c'était une série TV, on appellerait cela un Spin-of.

Et je m'y perds dans les Bousse, d'où le titre de cet article qui est un jeu de mots avec le fait de s'égarer en forêt. En effet Bousse est tiré d'un toponyme (par exemple Bousse en Moselle) qui désigne grosso-modo un endroit couvert par les buis ou les buissons.

Commençons par une petite chronologie de Marie Joséphine Bousse.

Chronologie


  • 11 mars 1854 : naissance à Pont-à-Mousson, fille de Jean-Baptiste (Metz 1820 - Baccarat 1879) et de Barbe Victorine Vincent (Nomeny 1830 - Lunéville 1874). Elle est l'aînée de quatre enfants dont un décédé en bas âge.
  • 1863 : toute la famille vit à Strasbourg où nait et meurt le petit dernier Charles Paul.
  • 1872 : toute la famille vit à Lunéville.
  • 1874 : décès de sa mère Barbe Vincent à Lunéville.
  • 1879 : décès de son père Jean-Baptiste Bousse à Baccarat.
  • 14 septembre 1882 : à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) naissance de sa fille Marie Fernande Adrienne Faurie dont le père est Louis Ernest Alexandre Faurie (Cahors 1855 - Montreuil 1917) qui vit à La-Ferté-Gaucher.
  • 31 mars 1883 : le couple se marie à Nogent-sur-Marne.
  • 20 mars 1885 : naissance à Nogent-sur-Marne de leur deuxième fille Marie Juliette.
  • 11 octobre 1886 : naissance à Nogent-sur-Marne de leur troisième fille Marie Lucie.
  • 4 août 1890 : naissance à Le-Perreux-sur-Marne de leur dernier enfant, un fils, Georges Jean-Marie.
  • 1897 : décès de Charlotte Bousse, sœur de Marie Joséphine, à Reims, où vit leur frère Paul Victor.
  • 1906 : La famille Faurie vit à Vincennes. Marie Fernande Adrienne et Marie Juliette se marient respectivement avec Attila Victor Persin et Auguste Léon Giraud.
  • 1909 : Marie Lucie se marie avec Paul Joseph Aymé Vernier.
  • 1910 : Georges se marie avec Germaine Pernet.
  • 1912 : Adrienne divorce.
  • 21 novembre 1917 : décès de Louis Ernest Alexandre Faurie à Montreuil au domicile du couple.
  • 25 mars 1921 : Marie Joséphine est citée dans la déclaration de succession de son époux. Elle habite alors à Saint-Mandé, rue Eugénie, qui deviendra par la suite la rue Poirier.
  • 1926 : elle habite toujours à Saint-Mandé, rue Poirier donc.
  • 1931 : elle est déclarée absente à la même adresse.
  • 1932 : elle est citée avec son frère Paul Victor sur la déclaration de succession de leur cousin germain Victor Christophe Bousse, décédé à Nomeny.
  • 1934 : elle est de nouveau citée sur une correction de ladite déclaration, toujours habitant à Saint-Mandé.
  • Après 1934 : ?

Extrait de la déclaration de succession de Victor Christophe Bousse en 1932 - bureau de Nomeny - AD54



Mais alors, où est donc passée Marie Joséphine ?

La recherche de l'acte de décès et/ou de la sépulture

 

Dans les communes où elle a vécu

 

Naturellement, on pense en premier à Saint-Mandé ! Et ça tombe bien les tables décennales sont quasi toutes disponibles en ligne jusque 1942 sur le sites des archives du Val de Marne. Mais cela aurait été trop facile ! Elle n'y est donc pas décédée. J'ai donc regardé dans les TD de toutes les communes du département, sans plus de succès. Quand les tables de successions et absences (cotes 3Q) ont été mises en ligne, je me suis rué dessus. Bec dans l'eau, nez dans le mur. Circulez, il n'y a rien à voir.

On fait donc la chronologie inverse de ses lieux d'habitation :
  • Montreuil, où est décédé son époux : non.
  • Vincennes : déjà fait évidemment.
  • Nogent-sur-Marne et Le-Perreux-sur-Marne : idem. NB : La commune du Perreux a été créée en 1887, avant c'était un secteur de Nogent.
  • Pontault-Combault : non, mais quelle idée d'aller chercher là ?
  • La-Ferté-Gaucher : non, idem.
  • Lunéville : non.
  • Baccarat : non.
  • Strasbourg : à quoi ça rime ?
  • Pont-à-Mousson : parfois les anciens retournent vivre sur les terres de leur naissance. Pas cette fois.

 

Suivre les enfants pour retrouver la mère ?

 

Georges Jean Marie FAURIE

Georges, photographe de profession, a vécu successivement à Paris, Tours, Bohain-en-Vermandois (Aisne), Pont-sur-Yonne (Yonne) puis de nouveau à Tours où il est décédé en 1958. J'ai donc recherché dans toutes ces communes s'il y avait la trace de sa mère, sans succès, vous l'aurez deviné. A Tours, j'ai même recherché dans les tables de successions et absences. J'ai également récupéré la déclaration de succession de Georges suite à son décès pour voir s'il y avait une quelconque mention de sa mère. Niet.
Par acquit de conscience, en profitant d'un voyage à Poitiers, je me suis rendu au cimetière tourangeau où Georges a été inhumé. La concession est échue depuis 2008 mais par chance la sépulture est toujours là. Maman Faurie n'y est évidemment pas. Mais au moins je peux clore la piste du fiston sans y revenir.

Marie Lucie FAURIE

Marie Lucie est décédée en 1976 dans le 18e arrondissement de Paris où elle a toujours vécu (à la même adresse) avec son mari Paul Vernier. Là, je ne vous cache pas que j'aurais pu gagner du temps si j'avais fait les recherches dans le bon ordre !
En effet, j'ai recherché pendant de longs mois (pas à temps plein, on se comprend) le lieu de son inhumation, dans les cimetières de Paris mais pas seulement, en vain. Son époux est décédé en 1948 à... Paris selon les TSA mais cette information était fausse ! Il m'a fallu demander sa déclaration de succession aux archives de Paris pour y voir plus clair. Il est en fait décédé à Groslay (Val d'Oise) où il était en déplacement. Il y possédait un terrain (dont il est fait mention dans la succession).
J'appelle donc la mairie de Groslay pour savoir s'il y a bien été inhumé. Oui ! Et Marie Lucie ? Non. Ah bon ? Oui oui. La concession est échue en 1978 et a ensuite été revendue.
Je reviens donc à la déclaration de succession qui m'apprend que le couple Faurie/Vernier avait une petite-fille, née en 1946. Il y avait donc de fortes chances qu'elle soit encore en vie. Je la retrouve dans les pages jaunes et décide de lui écrire une lettre en espérant que ce ne soit pas une homonyme.
Quelques semaines plus tard, elle me répond par courrier électronique ! Super ! C'est bien elle mais elle ne sait pas grand chose. Elle ne sait rien sur son arrière-grand-mère mais elle m'apprend que sa grand-mère Marie Lucie n'a pas de tombe ! Elle a en effet fait don de son corps à la science tout comme sa sœur Adrienne - au moins je n'aurais pas à perdre mon temps à chercher cette dernière.
Là aussi, je peux clore cette piste sans y revenir.

Acte de décès de Paul Joseph Aymé Vernier - Mairie de Groslay - photocopie


Marie Juliette FAURIE

Marie Juliette est décédée dans le 12e arrondissement de Paris en 1955 et son époux Auguste Giraud en 1948. Eux aussi ont toujours vécu à la même adresse. Leurs déclarations de succession respectives ne m'ont pas donné d'informations intéressantes. Ils ont eu deux enfants, décédés en 2001 et 2015 sans postérité. Pour retrouver leur sépulture je me suis donc tourné vers les registres des convois funéraires conservés aux archives de Paris, maintenant numérisés et en ligne. Cela m'a permis de retrouver leur sépulture à Saint-Mandé au cimetière Nord. Elle existe toujours aujourd'hui mais il n'y a aucune trace de maman Bousse-Faurie.


Transport du corps de Mme Giraud - AD75 - cote 2484W 71


Tombe du couple Giraud / Faurie - Cimetière Saint-Mandé Nord - photo personnelle



Marie Fernande Adrienne FAURIE

Je termine par la fille aînée qui a choisi Adrienne comme prénom d'usage. Elle a divorcé six ans après son mariage sans avoir eu d'enfants. Elle est donc revenue vivre chez ses parents, alors à Vincennes, dès 1912. En 1921, d'après la déclaration de succession de son père, elle habite à Paris, rue Lapérouse. En 1926, elle n'y est déjà plus. Elle est décédée à Créteil en 1975. Sur l'acte de décès elle est dite domiciliée place Charles Dullin mais je ne retrouve pas cette place dans les recensements de 1926 à 1936. Et pour cause ! Elle s'appelait place Dancourt à cette époque ! Une fois la lumière revenue à tous les étages de mon cerveau, je me suis donc rué de nouveau sur les recensements. Bingo en 1931 ! Elle y vit avec sa mère ! Ceci explique pourquoi cette dernière était déclarée absente de Saint-Mandé la même année. En 1936, Adrienne est toujours là, sans sa mère cette fois.


Recensement place Dancourt - quartier Clignancourt - 1931 - AD75 - cote D2M8 445

Recensement rue Eugénie - Saint-Mandé - 1931 - AD94 - cote D2M8 530


Mais alors, où est donc passée Marie Joséphine ?

Rechercher une sépulture de famille plus ancienne ?


C'est là que tout part en vrille, qu'on multiplie les pistes, qu'on se rajoute des énigmes dans l'énigme (sans l'aide onirique de Christopher Nolan, comprendra qui pourra).

Les parents de Marie Joséphine


Je ne reviens pas dessus car j'en parle déjà dans mon billet sur Adeline Godot.

La belle-famille de Marie Joséphine 


Je me suis d'abord intéressé aux parents de Louis Ernest Alexandre Faurie :

Jacques Alexis Faurie

Né en 1820 à Larroque-Toirac (Lot) et décédé en 1889 à Le-Perreux-sur-Marne, Jacques était professeur puis proviseur de Lycée ce qui l'a fait déménager souvent : Cahors, Toulouse, Melun...
Il n'a pas été enterré au Perreux. Comme il est décédé après son épouse, je pousse mes recherches de ce côté.

Sophie Adrienne Trillot


Née en 1833 et décédée en 1882 à Paris, Sophie Adrienne s'est mariée avec Jacques Faurie à Melun en 1854. Ils n'ont que deux enfants : Louis Ernest Alexandre donc et Marie Joachime Pauline Joséphine (1858-1939).
J'ai consulté le registre des convois funéraires de 1882. On y trouve bien une entrée pour Adrienne Trillot mais le cimetière de destination n'est pas indiqué comme très souvent dans ces registres avant 1900. On devine en revanche qu'elle a été transférée en dehors de Paris.
J'ai également consulté sa déclaration de succession qui fait état de possessions à Melun issues de l'héritage de ses parents.


Transport du corps d'Adrienne Trillot - AD75 - cote 2484W4


Passons au parents Trillot :

Jean-Louis Trillot

Né à Melun en 1802 d'un père creusois et d'une mère marnaise, Jean-Louis Trillot était marchand platrier et entrepreneur de charpentes. Il est décédé en 1873 dans la même ville.

Louise Adélaïde Emélie Cotelle

Née à Melun en 1807, elle y épouse Jean-Louis Trillot en 1829. Ils ont ensemble trois enfants :
  • Joséphine Emélie (Melun 1830 - Colombes 1918) non mariée, pas de postérité.
  • Sophie Adrienne citée ci-avant.
  • Ernest Louis (Melun 1837 - Cannes 1909), capitaine de frégate, marié à Paris en 1885 avec Ernestine Potel, veuve d'un M. Drapier, propriétaire à Seine-Port, pas de postérité. Son cas est intéressant, j'y reviendrai.
Louise quitte ce monde en 1879, à Melun.

Grâce à l'aide d'une gentille bénévole j'ai pu avoir accès à leurs déclarations de succession. On y apprend qu'ils étaient multi-propriétaires à Melun. Mais... Ils n'y ont pas été inhumés ! Tout cela parait invraisemblable ! Je suis vraiment tombé sur une famille spéciale !

Le cas Ernest Trillot


Ernest Trillot était capitaine de frégate, il s'est donc beaucoup déplacé au gré de ses missions. Je suppose que c'est pour cela qu'il s'est marié sur le tard et qu'il n'a jamais eu d'enfants. Il a été élevé au rang d'Officier de la Légion d'Honneur et Commandeur du Nicham. Du fait de sa profession à hautes responsabilités, il a sans doute fait fortune. Il est d'ailleurs décédé dans sa propre villa de Cannes, appelée très justement "La Frégate". Son faire-part de décès est disponible en ligne sur Geneanet mais il n'indique pas le lieu de son inhumation ! Sa veuve décède en 1915 dans la même villa. Je ne sais pas qui en a hérité mais cette information ne nous intéresse pas ici.


Faire-part de décès d'Ernest Trillot - source Geneanet - AD75 - cote V7E/DECES/115


Alors suis-je dans l'impasse ? Peut-être pas, car une recherche rapide sur Filae m'apporte une information intéressante : Ernest aurait été propriétaire d'un château à Seine-Port. Où se trouve Seine-Port ? à côté de Melun ! On y retrouve des Trillot inhumés dans son cimetière ! La bénévole évoquée plus tôt m'en a envoyé les clichés. S'il ne s'agit pas de mes Trillot, ils y sont forcément liés car Trillot n'est pas un patronyme seine-et-marnais.

Cette piste me semble donc sérieuse ! J'attends d'autres nouvelles de ce côté. Mais est-ce que retrouver les Trillot/Faurie m'amènera au couple Faurie/Bousse ? Rien n'est moins sûr.

A suivre !




samedi 20 juillet 2019

RDV Ancestral : une coupe bien courte, s'il vous plaît !

Aujourd'hui, c'est coiffeur ! Il est temps d'en finir avec cette tignasse surtout pour passer l'été un peu moins au chaud. Je traverse donc la rue, non pas pour trouver du travail mais pour retrouver ma coiffeuse habituelle avec qui j'ai pris rendez-vous.
J'entre donc dans le petit salon de coiffure, totalement vide car j'ai obtenu un RDV avant l'heure d'ouverture officielle dudit salon. Ma coiffeuse me désigne le lavabo où m'installer pour le shampooing avant d'aller m'asseoir sur le fauteuil pour la coupe.

Une fois installé je m'attends à ce que la coiffeuse me demande quelle coupe je souhaite ce qui ne tarde pas à venir. Comme il fait très chaud je demande une coupe bien courte. Le travail commence et la discussion si chère aux coiffeurs avec lui. Cela ne va jamais plus loin que la pluie et le beau temps, la famille, les vacances, etc. si bien qu'au bout d'un moment mes yeux se ferment. L'instant d'après c'est une voix d'homme que j'entends !

- Alors Monsieur, on s'assoupit ? Remuez-vous un peu s'il vous plaît, je ne suis pas venu jusqu'ici pour vous regarder dormir.

Je rouvre alors les yeux : ma coiffeuse a disparu ! A sa place se trouve un homme élégant à la chevelure blanche impeccable et avec une barbe à faire rougir tous les hipsters des années 2010. Pas de doute, je suis de nouveau face à un de mes ancêtres. Et des ancêtres coiffeurs, je n'en ai pas légion : Un père et son fils, les deux parfaitement homonymes d'ailleurs. Bizarrement, je suis toujours à mon époque, c'est mon ancêtre qui est venu à moi et non l'inverse comme lors de mes précédents RDV ancestraux.

- Vous êtes Paul Victor Bousse, le père ? présumé-je, son fils étant décédé avant d'avoir les cheveux blancs.
- Vous avez vu juste, mon cher. Alors ils sont comme cela les salons de coiffure à votre époque ? dit-il en balayant les lieux des yeux. Intéressant... Mais je pense que je vais plutôt vous amener au mien !

En un claquement de doigts, je me retrouve dans un autre décor, toujours planté dans mon fauteuil et toujours face à un miroir. Mais exit le 21e siècle, me voilà à la fin du 19e ! Et non plus chez moi mais à Reims, au 31 rue de Saint-Thierry où mon ancêtre et son épouse Adeline Godot tenaient un salon de coiffure.


Reims - 31 rue Saint-Thierry - Photo 2015


- Ça alors, je vois enfin votre lieu de travail, moi qui ai longtemps cherché des photos ou des cartes postales d'époque. Je n'ai retrouvé que celles représentant les ateliers de tissage bombardés durant la première guerre mondiale. Et à mon époque, il n'y a plus rien qui puisse rappeler la vôtre.
- Je comprends, répond tranquillement mon ancêtre coiffeur qui tient des ciseaux à la main, c'est bien pour ça que je vous ai amené ici. Je me suis décidé à venir vous chercher en raison de votre acharnement à tenter de nous retrouver ma femme et moi (voir ici). Tenez, je vous présente Adeline.
- Bonjour Madame, vous êtes mon arrière-arrière-grand-mère ! Dis-je à la non moins élégante épouse de Paul Victor Bousse.
- Bien le bonjour mon cher descendant. Alors où en êtes-vous de vos recherches ? me demande-t-elle avec un léger sourire avant de disparaître dans l'arrière boutique.
- Oh, je fais du surplace en ce moment. Je n'ai plus aucune piste sérieuse.
- Pourtant vous en savez déjà tellement sur nous, reprend le père Bousse, penchez votre tête vers l'avant que je puisse dégager votre nuque, voilà, merci.
- Oui ! Je sais, par exemple, que avez vécu dans de nombreux lieux différents... Vous M. Bousse, vous êtes né en 1857 à Pont-à-Mousson dans le département de la Meurthe. Vous êtes issu d'une famille de Metz. Vous avez ensuite vécu à Lunéville où est décédé votre mère en 1874, avez fait un bref passage à Constantine, en Algérie, où vous vous êtes engagé volontairement au service militaire. Vous étiez déjà coiffeur à cette époque. De retour en Métropole à Verdun puis ensuite à Reims où vous vous êtes marié en 1880 avec Adeline, ici présente, native de Neuflize dans les Ardennes. Reims est la ville où vous avez vécu le plus longtemps, une vingtaine d'années je dirais.
- C'est exact. Nous avons revendu notre salon en 1899 avant de partir dans l'Aisne.
- Oui, un certain M. Delaval a repris le fond de commerce à ce qui me semble.
- C'est ça. C'est vrai que vous en savez des choses sur nous. Relevez la tête s'il vous plaît.


Extrait de la feuille matricule de P.V. Bousse - ANOM (indexée)


Cession fond de commerce Bousse / Delaval - Reims 1899 (AD51)


- Après Reims, vous vous êtes installés à Neufchâtel-sur-Aisne, dans le département voisin donc. Là, j'ignore pendant combien de temps car je perds votre trace après le mariage de votre fils en 1913. Je ne vous retrouve que vers la fin des années 20 auprès de ce dernier aux Pavillons-sous-Bois dans le département de la Seine, aujourd'hui Seine-Saint-Denis.
- Nous sommes restés un certain temps à Neufchâtel. Vous finirez bien par en découvrir la durée exacte, finit-il légèrement narquois.
Las ! J'étais sûr qu'il allait rien me révéler, cela aurait été trop facile.
- En 1931, vous habitez tous ensemble, tous les deux, votre fils, sa seconde épouse Louise Boban et leur fille Yvonne au 163 boulevard Pasteur. Vous exerciez encore comme coiffeur avec votre fils mais cette fois en tant qu'employés dans une ville voisine, Sevran, au 12 avenue de Livry. Votre patron était un certain M. Ouallet.
- Oui ! Je me souviens bien de lui. C'est chez lui que j'ai fini ma carrière, à plus de 70 ans.
- Et vous savez quoi ? A mon époque, il y a toujours un salon de coiffure à cette adresse !


Sevran - 12 avenue de Livry - 2019 (Google Maps - retouchée)

- C'est incroyable en effet mais je suppose que ce n'est pas le seul, conclut mon ancêtre. Il enchaîne : bon, et je suppose que vous savez ce qui nous est arrivé de pire également ?
J'hésite car ce n'est jamais aisé d'évoquer des sujets douloureux :
- Vous êtes sûr de vouloir en parler ?
- Soyez sans crainte. Ce que nous avons vécu est derrière nous. Nous existons de nouveau grâce à vous et vos travaux de mémoire.
- C'est vrai que c'est qu'au cours de mes recherches j'ai souvent été confronté à des épisodes bien tristes. A commencer par le décès en bas âge de trois de votre quatre enfants : Marie Juliette, Ernest Jean-Baptiste et Emile Désiré. Seul Paul Victor a connu la vie adulte. Mais quelle vie ! Il est fait prisonnier par les Allemands lors de la Grande Guerre et reste en captivité durant quatre ans à Darmstadt; il ne voit donc pas naître sa première fille - ma grand-mère. Il divorce à son retour puis se remarie. Il finit sa vie en laissant sa veuve et sa seconde fille sans le sou. C'était en 1942 à l'hôpital parisien de Tenon, il n'avait que 53 ans. Vous avez également perdu votre soeur Charlotte, décédée à l'Hôtel-Dieu de Reims, alors qu'elle avait à peine 40 ans. En fin de compte, il semble que c'est votre soeur aînée Marie Joséphine qui a eu une vie bien plus heureuse.
- Oui tout cela est vrai. Quant à ma soeur aînée, c'est une autre histoire, vous finiriez par ne plus avoir de cheveux du tout si nous décidions d'en parler, n'est-ce pas ? Pour en revenir à ma femme et moi, nous avons eu une vie bien remplie jusqu'à ce que Adeline me quitte. Nous vivions alors au domicile de notre fils aux Pavillons-sous-Bois. C'était à la veille de la nouvelle année 1933. Tout cela aussi vous le savez. Maintenant, je vais m'occuper de votre barbe, voulez-vous ?
- Hé, oui, et cet acte-là, j'ai mis longtemps à le retrouver. C'était une erreur de débutant ! Lorsque je m'étais déplacé dans la commune pour récupérer l'acte du second mariage de votre fils,  je n'ai pas du tout pensé à consulter les registres de dénombrement de population ! C'est grâce à ces documents que j'ai découvert que vous avez fini par vivre chez votre fils et que celui-ci a eu une autre fille avec sa second épouse. Ma grand-mère n'a jamais connu Yvonne,  sa demi-soeur. Personne n'était au courant, ni même mon père. Enfin... Je m'interromps soudainement.
- Oui ?
- Non, rien, je ne peux pas vous demander cela.
- Je devine, cher Monsieur, mon cher descendant, il vous manque un acte. Quand vous le trouverez enfin, cela clôturera l'histoire de ma vie. J'espère simplement que vous ne m'oublierez pas quand vous passerez à autre chose. Voilà ! J'ai terminé, qu'en pensez-vous ?
- Vous aviez raison, si nous avions discuté plus longuement, vous auriez fini par me faire une coupe BIEN courte.


Recensement de 1931 des Pavillons-sous-Bois (source AD93) - l'agent a mélangé les prénoms, dates, et lieux de naissance des 2 familles ! A moins que ce ne fût sous les indications erronées de la petite Yvonne. 

- Qu'est ce que vous dites, Monsieur ? Je viens à peine de commencer, s'étonne ma coiffeuse montrougienne.
Je me rends alors à l'évidence que Paul Victor Bousse a disparu, son salon et ses secrets avec lui.

samedi 15 juin 2019

RDV Ancestral : mariage à domicile !

Aujourd'hui c'est mariage ! J'ai enfilé mon plus beau costume, le seul en fait, celui que je mets pour les mariages, les enterrements mais aussi pour les entretiens d'embauche. Le temps est au beau fixe pour cette merveilleuse journée dans un cadre idyllique. Les invités sont en effet attendus dans la charmante mairie d'une petite commune poitevine.

Je suis parti en vitesse depuis Paris et j'arrive juste avant l'heure. Tous les invités sont présents, nous attendons qu'on nous donne le signal pour franchir les portes ouvertes de la mairie. Les mariés ne sont pas loin, les témoins non plus, tout est fin prêt.

Le signal enfin donné, nous pouvons nous rendre dans la salle dédiée aux cérémonies de mariage. Je me mets en queue de peloton pour laisser les plus proches passer les premiers. Quand vient enfin mon tour de franchir le seuil de la porte de la salle, un flash se produit soudain ! Je pense à ce moment que des dizaines d'appareils photo sont à l'oeuvre mais il n'en est rien ! Quand j'y vois de nouveau, je me rends compte que je ne suis pas du tout à l'endroit prévu. Ni à l'époque d'ailleurs...

En guise de salle de cérémonie, je me retrouve dans une pièce bien plus petite qui semble être la pièce à vivre d'un petit appartement au rez-de-chaussée. Au fond de celle-ci, au lieu de voir les futurs mariés dans leurs beaux habits, j'en vois d'autres qui me sont parfaitement inconnus et surtout vêtus très pauvrement. Pire, le futur marié - car cela semble quand même être un mariage - n'est pas debout mais allongé dans un lit de fortune avec juste la tête de relevée sur un oreiller de paille. Quant à l'épouse, la forme bien arrondie de son ventre laisse deviner qu'un enfant est en route. Entre eux, je vois une personne que je tiendrais pour le maire. Il semble attendre que tout le monde dans la pièce soit prêt.

Parmi l'assistance je crois deviner la présence de la mère du futur, les parents de la future ainsi que deux petites filles brunes hautes comme trois pommes. Elles doivent avoir entre deux et quatre ans.
Le mobilier a été déplacé pour laisser place aux autres personnes présentes, sans doute les témoins qui sont au nombre de quatre. L'un d'eux ressemble fortement à la future mariée.

Il ne me faut pas longtemps pour deviner où et quand je suis : je suis à Grougis (Aisne) en 1888 ! J'assiste au mariage de mes ancêtres Charles Octave Bernoville (Grougis 1862 - id. 1888) et Célestine Marie Augustine Doyen (Grougis 1861 - id. 1889). Avant leur mariage ils ont eu deux enfants : Narcisse Augustine (Grougis 1884 - Saint-Quentin 1924) et Marie Céline, mon arrière-grand-mère (Grougis 1886 - Paris 1954). Ce sont donc les deux petites filles que j'ai aperçues juste avant ! Cela me fait une drôle d'impression !


CPA de Grougis - 1970 - Collection familiale


Charles et Célestine se marient donc en ce froid jour du 1er février 1888 en leur domicile car Charles est gravement malade. Le mariage y a été autorisé pour cette raison comme cela est indiqué dans l'acte :


Extrait de l'AM de Charles Bernoville avec Célestine Doyen - Grougis 1888 - Source AD Aisne

Je suppose aussi que ce mariage est célébré d'urgence pour pouvoir légitimer les deux petites filles ainsi que le troisième enfant à naître.
Il est à noter qu'aujourd'hui les célébrations de mariages sont toujours possibles à domicile pour ce motif sur demande de dérogation réalisée par le maire auprès du procureur de la république.

Je reviens au mariage de mes ancêtres. C'est en fait l'adjoint au maire, Henri André Dumur, qui officie ce jour. Il fait s'approcher les témoins dont j'entends les noms qui se retrouvent bien sur l'acte qui fut rédigé. Il y a d'abord Donat Potentier, 47 ans, tisseur, Julien Delaby, 60 ans, bimbelotier, amis des époux et Louis Doyen, 25 ans, tisseur, frère de Célestine, et Alfred Beaudier, 54 ans, tisseur, aussi ami des époux. A noter que parmi la population de Grougis, bon nombre de personnes s'adonnent aux métiers du tissage. Notons au passage que hormis l'officiel seuls les témoins et la mariée ont su signer l'acte !

La mère de l'époux, Henriette Octavie Pelletier (Grougis 1831 - Guise 1910) est donc aussi bien présente auprès de son fils tands que Louis Théodore Doyen (Le Sourd 1832 - ap. 1905) et Joséphine Artémise Céline Boulet (Lesquielles-Saint-Germain 1841 - Grougis 1904) assistent et autorisent le mariage de leur fille tout en veillant sur leurs petites-filles.

L'adjoint au maire, les futurs mariés et leurs enfants, les parents et témoins, cela fait pas moins de douze personnes qui se serrent dans cette triste petite pièce. Le reste de la famille doit attendre dehors. Mais moi alors, qui suis dans le fond de la pièce, pourquoi n'a m'a-t-on pas encore remarqué ? Sans doute sont-ils tous trop occupés à garder un oeil sur Charles qui semble mourant. Le spectacle est d'ailleurs bien morne pour un mariage. Cela m'en tire des larmes rien qu'à me remémorer ce qui est advenu de toutes ces personnes.

Mais soudain, quelqu'un me remarque dans ma tenue trop futuriste pour cette époque. C'est Louis, le frère de mon AAGM, il me regarde en me pointant du doigt puis prend la parole, un rien paranoïaque :
- Mais qui êtes-vous, d'où venez-vous ? Êtes-vous là pour vous opposer au mariage ? Que cherchez-vous ? N'essayez de vous approcher de mes nièces, sinon...
Avant que je ne puisse répondre, Charles, l'époux, lui coupe la parole depuis son grabat, la voix quasi inaudible, et lui lance :
- Laissez mon cher futur beau-frère, je sais qui c'est. Sa présence me rassure car je sais à présent que tout cela n'est pas vain. Notre famille survivra et aura une descendance.
Charles me regarde à présent et me sourit péniblement. Mais avant même que je puisse lui rendre son sourire tout s'évanouit et je me retrouve de nouveau auprès de mes amis.

Pour conclure cette histoire, sachez que Charles est malheureusement décédé deux mois après le mariage. Son épouse l'a suivi l'année suivante ainsi que leur troisième enfant Eugène Octave, né deux semaines après le mariage. Je n'ai jamais su la cause de tous ces décès mais je suppose qu'une épidémie - la petite vérole ? - a dû traverser la région à cette époque. Quant à leurs filles, elles ont été élevées par la famille Doyen avant de s'envoler de leurs propres ailes mais ceci est une autre histoire.


Descendance du couple Bernoville x Doyen - Arbre Geneanet


mercredi 22 mai 2019

Enquête photo #5 : La photo de mariage découpée

Cette enquête photo est particulière... Car la photo n'est pas entière ! Il s'agit du premier mariage de mon grand-père Marcel Bourdin-Grimaud (1907-1982) avec Marcelle Trintignac (1912-1971) célébré à Aubervilliers en 1932.

Mariage de Marcel Joseph François Bourdin-Grimaud et Marcelle Raymonde Trintignac - Aubervilliers 1932 - Collection familiale


Alors pourquoi cette photo a-t-elle été découpée ? Je pense que la raison est évidente : ils ont divorcé en 1937. Je vais vous en épargner les causes mais il semble que mon grand-père en est ressorti plutôt rancunier car c'est lui qui aurait massacré cette pauvre photo.

Première étape : l'identification


Pour certaines des personnes présentes sur cette photo, cela a été une simple formalité de les identifier :
  • à l'extrême-droite : mon GP Marcel. On voit également la main de son ex-épouse dont je ne connais pas le visage par ailleurs.

Photo de 1927 - Collection familiale

  • à sa droite : sa mère, Marie Céline Bernoville (1886-1954) veuve Joseph Bourdin-Grimaud (1881-1927).

Marie Céline Bernoville en 1931 - Collection Familiale


Pour les deux autres, c'est plus compliqué. L'homme ne fait pas partie de la famille proche de mon grand-père, qui était fils unique et qui ne fréquentait pas ses cousins germains. Il était en revanche très proche d'un cousin du côté maternel mais je sais que ce n'est pas cette personne. J'ai donc cherché du côté des témoins du mariage :

"...En présence de : Louis Roger LEIDINGER, Tourneur, 96 avenue de la République à Aubervilliers et Lucien Urbain PASQUET, Gardien de la Paix, 27 avenue de la République à Aubervilliers..."

Précisons d'abord qu'avant de commencer cette recherche, les archives de la Seine-Saint-Denis n'étaient pas encore en ligne, du moins sur la période qui m'intéressait, c'est à dire bien après 1902.

J'ai donc commencé par Louis Roger Leidinger, son patronyme étant moins répandu que l'autre. Grâce au site Internet Geopatronyme, on voit qu'il n'y a eu que cinq naissances entre 1891 et 1915 dans la région parisienne. La recherche est donc rapide et on retrouve notre témoin dans le 10è arrondissement, le 3 avril 1908. Il se marie en 1930 à Aubervilliers et s'éteint en 1972 à Montfermeil. 
Ma recherche est longtemps restée au point mort jusqu' à ce que les archives mettent enfin en ligne l'Etat Civil, les recensements et les listes électorales. 

L'importance des recensements et des listes électorales


Je retrouve le couple Leidinger dans les recensements d'Aubervilliers de 1936 à l'adresse indiquée dans l'acte de mariage. Malheureusement, aucun enfant n'est répertorié. Ma recherche s'arrête donc là pour un temps, j'y reviendrai.

Je passe donc à Lucien Pasquet que je retrouve dans les listes électorales d'Aubervilliers ! grâce à ces dernières, j'apprends qu'il est né à Clichy le 28 avril 1904 et qu'il a épousé Suzanne Trintignac en 1924 ! Cette dernière n'est autre que la sœur de Marcelle. Lucien Pasquet était donc le beau-frère de mon GP. En revanche, cela ne confirme ni n'infirme que c'est lui qui est présent sur la photo. Je penche plutôt du côté de Louis Leidinger car : s'il posait à côté de mon GP, ce devait être son ami et non une personne proche de l'autre famille.

La magie de Geneanet


Quelques temps plus tard, je découvre qu'une personne a mis un arbre en ligne avec une famille Leidinger ! Miracle, elle correspond avec la mienne. Après prise de contact avec sa propriétaire, je découvre qu'il s'agit de la petite fille de Louis Leidinger. Je lui envoie donc ma photo et la réponse survient peu de temps après : il s'agit bien de son grand-père ! Geneanet et les autres sites spécialisés du genre sont vraiment magiques pour ça. J'ai pensé, à tort, que le couple Leidinger n'avait pas eu d'enfant mais ils en ont eu en réalité trois. Le premier étant né six ans après leur mariage, c'est à dire en 1936, sans doute après le recensement.

L'enquête n'est pour autant pas terminée car il me reste la jeune fille à identifier mais là, aucune piste.

Seconde étape : retrouver la photo complète ?


Cette seconde étape va être une sorte de bouteille à la mer. Et si quelqu'un, dans la famille Trintignac, avait eu et gardé une copie de cette photo ? Retrouver des descendants vivants reste une tâche compliquée et délicate selon la sensibilité des dits descendants. Je ne vais donc citer ci-après aucune personne encore vivante - je n'en ai à ce jour pas retrouvée de toutes façons.

Le remariage de Marcelle Trintignac


Marcelle s'est remariée, toujours à Aubervilliers, en 1939 avec un certain Fernand Robert Désiré Riquet, né en 1916 à Champigneulles. J'avais demandé cet acte de mariage à la mairie mais c'est resté lettre morte. Le couple a de toute façon divorcé en 1948. Je ne leur connais aucun enfant et ce patronyme est tellement courant que je risque de m'éparpiller pour rien

La fratrie Trintignac


A ce jour j'ai retrouvé un frère et une sœur de Marcelle Trintignac :
  • René Lucien (Aubervilliers 1908 - Saint-Martin-du-Tertre 1960), marié en 1930 avec Mathilde Louvet à Aubervilliers dont a priori un enfant et des petits-enfants d'après des arbres privés sur Geneanet.
  • Suzanne Léontine (Aubervilliers 1906 - Eaubonne 1958), mariée en 1924 avec Lucien Urbain Pasquet  (Clichy 1904 - Aubervilliers 1977), dont au moins un enfant né en 1924 mais malheureusement mort pour la France à Francfort en 1945. Je dois encore faire des vérifications pour confirmer que c'est la bonne personne et non pas un homonyme.
D'après Geneanet, il y aurait une autre soeur, née en 1916 mais je ne retrouve pas l'acte de naissance pour l'instant. Les informations, recopiées plusieurs fois, sont erronées. 

Reste à faire


Il me reste plusieurs pistes à explorer pour espérer reconstituer cette photo. Mes chances sont minces mais je pense que cela vaut la peine d'essayer. Par ailleurs, je trouve ce genre de recherches palpitant; c'est à rapprocher du métier de généalogiste-chercheur chez les successoraux, métier que j'aurais rêvé exercer.

En bref  :
  • Demander l'acte de naissance de Fernand Riquet afin de déterminer le lieu de son décès et in extenso retrouver une tombe éventuelle. Qui dit tombe, dit concessionnaire ou ayant-droit.
  • Retrouver la tombe de Marcelle Trintignac, décédée à Amiens en 1971, si toujours existante,
  • Contacter les personnes qui ont publié les informations sur le couple Trintignac-Louvet, [FAIT] Attente d'une réponse.
  • Retrouver la dernière sœur.
Comme pour mes autres enquêtes inachevées, je mettrai à jour celle-ci au fur et à mesure de mes progrès.