samedi 19 septembre 2020

RDV Ancestral : voyage dans l'au-delà, épisode 6

Si vous avez raté le cinquième épisode, c'est par ici !


Résumé des épisodes précédents : je suis dans l'au-delà ! Mort ou bien quoi ? Quoi qu'il en soit, avec ma voiture aussi indemne que moi, j'en profite pour revoir mes proches décédés avant moi : d'abord mon père à Longjumeau puis son père et sa mère à Aubervilliers. Premier problème : je ne peux pas voir ma grand-mère, passée de l'autre côté dix ans avant ma naissance. Après avoir brièvement discuté avec le mur qu'est mon grand-père au sujet de son implication dans la Résistance, je décide de laisser mon père auprès de ses parents et reprend ma route vers Paris Montparnasse, chez ma cousine éloignée, Paulette. Là j'y retrouve d'abord sa mère, Mémé Jeanne, seule personne née au 19e siècle que j'ai connue. Ensuite sa première fille Marie-Jeanne, qui m'est invisible, et enfin Paulette. La discussion de famille n'est qu'une digression de ma quête et se termine par le départ précipitée de la fille âinée. J'emmène alors ma cousine et sa mère à Château-Thierry, chez Berthe, mon arrière-grand-mère, cousine germaine de Mémé Jeanne. Mon but est tout trouvé : retrouver cet arrière-grand-père dont je ne connais pas le visage, l'ex époux de Berthe, Paul Victor Bousse. Mais sans l'aide de Berthe, c'est impossible. Et pour avoir l'aide de Berthe, il me faut l'aide des cousines toujours à cause de ce point bloquant : l'invisibilité des personnes que je n'ai pas connues de leur vivant. Après force persuasion, Berthe est d'accord pour nous accompagner, ainsi que sa soeur Jeannette. Je reprends donc mon road-trip en compagnie de quatre octogénaires afin de réunir tout le monde à Aubervilliers. Que cela va-t-il donner ?



Mes 4 accompagnatrices : Berthe, Jeannette, Paulette et Jeanne



Moyenne d'âge dans la voiture ? 75 ans ! je fais office de petit jeune avec mes presque 40 ans. Mémé Jeanne en avait 96 lors de son décès en 1988, Paulette 83 ans en 2002 tandis que Berthe et sa soeur Jeannette en comptaient 80 toutes les deux lorsqu'elles sont parties respectivement en 1969 et 1979. Paulette est à l'avant avec moi alors que sa mère est à l'arrière pour tenir la discussion avec ses cousines germaines. Enfin, pour moi, elle parle dans le vide. Quelle curieuse situation de ne pouvoir apercevoir ces défuntes parties avant ma naissance, on se croirait dans un roman de H.G. Welles* ! Je lance alors à Paulette :

- Dis donc Paulette, n'avez-vous jamais essayé de trouver un moyen de voir les invisibles ?
- Mais non, cela ne nous est jamais venu à l'esprit, me répond-elle.
- Pourquoi donc ? Je crois me souvenir que tu n'as connu qu'une seule grand-mère.
- Je recherche déjà mon père, comme tu sais, et j'ai l'impression qu'il va me falloir des siècles ! Alors mes grands-parents... D'ailleurs sa mère, qui est morte après lui, je n'ai même pas commencée à la chercher. Bref ! 
- Donc on va continuer à devoir communiquer de cette façon ? C'est frustrant de ne pas pouvoir parler directement à Berthe et Jeannette.
- Elles pensent la même chose maintenant que tu es là, me crie sa mère depuis l'arrière de la voiture. Avant ton arrivée, elles étaient comme Paulette et moi : ça ne leur a pas trop traversé l'esprit. Elles ont vite retrouvé leurs maris et leurs parents.
- Ok, admets-je, mais Giselle alors ?
- Berthe dit qu'elle a été très bouleversée quand Jeannette lui a appris le décès de sa fille seulement un an après elle, me répond Paulette, et quand elle a enfin fait son deuil, elle a réalisé que c'était trop compliqué d'aller à Aubervilliers sans moyen de locomotion. A présent tu es là et elle est finalement ravie de s'être laissée convaincre de t'aider.

Le trajet est encore long jusqu'à Aubervilliers alors je me permets cette digression quand je reprends la parole à l'intention de Jeanne :
- Pourriez-vous demander à Jeannette si elle a évoqué la malédiction du 19 avril à Berthe ?
- Tu crois que c'est le moment de parler de cela ? me répond Jeannette par l'intermédiaire de Jeanne. Ma soeur a été très peinée par cette terrible nouvelle, même ici. Toutes mortes que nous sommes, nous ne pouvons pas accepter que nos proches nous rejoignent de si bonne heure. Pour répondre à ta question, oui, elle sait. Pas besoin d'en rajouter.

La malédiction du 19 avril, c'est en tout cas comme ça que je l'appelle. Mon arrière-grand-mère Berthe est décédée le 19 avril 1969, probablement de vieillesse mais elle était aussi atteinte d'une forme de cancer. Ma grand-mère Giselle est décédée un an plus tard, jour pour jour, d'un cancer inopérable. Depuis, Jeannette, soeur de Berthe et tante de Giselle, avait une peur bleue de s'en aller à son tour à cette cruelle date. C'est finalement arrivé en août 1979. Exit, le syndrôme de l'anniversaire. Ironie du sort, j'ai été baptisé un 19 avril, lors du 50e anniversaire de mariage de mes autres grands-parents. 

Je chasse vite ces deuils de mon esprit pour revenir au premier sujet : les invisibles. Il me faut trouver un moyen de communiquer avec eux. Après tout, dans cette réalité parallèle, cet au-delà, cet enfer, quel que soit le nom qu'on puisse lui donner, les lois de la physique sont différentes. Il doit exister une solution à mon problème !

- Mesdames, ce n'est pas tout ça mais il faudrait qu'on réussisse à rendre visible les personnes qui ne me le sont pas. Et avant qu'on arrive à Aubervillers, si possible.
- Franchement, je n'ai pas d'idée, soupire Paulette.
- Moi non plus, fait sa mère en écho, j'ai demandé aux cousines mais elles restent muettes.
- Bon, déjà, elles ont bien réussi à rentrer dans ma voiture. Moi, je ne vois pas les bâtiments anciens, mais pour vous, ma Scenic ne semble avoir aucun secret ! finis-je, presque emporté.
- Scenic ? Qu'est-ce que c'est ? me questionne Jeanne, incrédule.
- Bah, c'est ma voiture. Le modèle.
- C'est curieux, reprend la vieille dame, mais pour moi nous sommes dans une R11; j'en voyais pas mal à mon époque, à Paris, enfin avant que je reste clouée sur mon fauteuil.
- Hein ?
- Ah ? Moi j'avais cru voir écrit Laguna à l'arrière, continue Paulette, et vous les cousines ?
- Berthe n'y connaît rien, elle n'a jamais eu de voiture, mais elle a clairement vu une Renault 16 tandis que pour Jeannette, nous sommes dans une R18.


De la R16 de 1965 à la Scénic de 2015. Bon, on ne va pas faire la généalogie de la marque Renault, non plus...


Je suis sidéré ! Même les objets ont l'air de s'adapter à l'époque vécue par mes ancêtres et collatérales ! Je ne suis pas sorti des ronces ! Bon, je vais mettre la radio, on va bien voir leur réaction. C'est encore du foot mais cette fois, ce n'est pas Eugène Saccomano qui est aux commentaires mais Guy Kédia, ancien journaliste sportif, disparu en 2016. 

- Oh Renaud, tu n'as pas autre chose que du sport ? s'exclame Paulette.
- Ah, tu entends la même chose que moi alors ? Et Mémé Jeanne ?
- Comme Paulette, on dirait du sport.

Je ne m'emballe pas de trop car Guy Kédia a été journaliste sportif dès la fin des années 70 donc même Jeannette pourrait le reconnaître. Ce n'est pas la peine de leur demander de me décrire le match qui est commenté : elles n'y connaissent rien. Malgré tout, il me reste à découvrir ce qui passe à la radio pour Berthe :

- Et Berthe ?
- Elle me dit reconnaître un jeune journaliste, me transmet Paulette, apparemment il relate les évènements de mai 68 ! Il dit s'appeler Kédia !

Ma parole, elles ont toutes connu l'ancien journaliste; à croire qu'elles écoutaient les mêmes stations de radio que moi. Tout cela ne m'amène pas bien loin dans ma tentative de résoudre mon problème de visibilité... Aubervillers n'étant plus très loin, je dois me résigner à rejoindre mon père et mes grands-parents sans solution. Ils se verront tous les uns les autres tandis que ma grand-mère, sa mère et sa tante me resteront inconnues. Devrai-je me consoler avec mon souvenir photographique ? 

Avant de sortir de l'autoroute A1 et de m'engager sur le boulevard périphérique, Mémé Jeanne m'interpelle subitement :

- Berthe est finalement curieuse, que pourrais-tu lui révéler sur ce filou de Paul Bousse ?
- Nous arrivons presque à destination, mesdames, je vous raconterai tout ça une fois installés chez Marcel, mais je cous préviens : vous allez être suprises.

Pour sûr, elles vont l'être. 



Mais qui est Paul Victor Bousse ?





* lire « l'homme invisible » (1897)

samedi 5 septembre 2020

Jules Daisay : son dossier militaire

Voici un article en marge du généathème que j'avais dédié à Jules Daisay, le peintre savoyard, sosa 58 de mes filles, de qui j'ai toujours le projet d'écrire la biographie.

Ici, je vais m'arrêter sur sa carrière militaire car, chance inouïe, il a été officier et son dossier est conservé au Service Historique de la Défense à Vincennes.

En effet, quand le nouveau portail Internet de ce dernier a été mis en ligne, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir la possibilité de réaliser une recherche nomintative !




Sa fiche matricule que l'on trouve en ligne sur le site des archives de la Savoie contient de de nombreuses informations mais il y en a justement tellement qu'elle en est quasi illisible :



Le dossier de carrière va donc nous permettre d'en savoir davantage mais que contient-il exactement ?


Un état des services


Outre des renseignements d'état civil, ce document récapitule synthétiquement la carrière militaire du conscrit et ses différents grades :




On apprend que Jules Daisay est entré au service comme appelé en 1868, qu'il a participé à la guerre de 1870 et qu'il a démissionné en 1892 (nous verrons ensuite pourquoi). Son dernier grade était capitaine en second.


Rapports d'inspection générale



Dans l'exemple ci-dessous daté de 1888, on rappelle des éléments d'état civil, son signalement, son instruction et ses aptitudes militaires.




En conclusion du document, il y a l'appréciation générale du chef de corps (ou de service). Ici, il y est notamment précisé que Jules Daisay était un excellent officier.


Des documents d'état civil


Dans le dossier de carrière de Jules Daisay, on retrouve une copie intégrale de son acte de naissance ainsi qu'un certificat de mariage d'officier. Il s'est en effet marié en 1873 alors qu'il était sous-lieutenant du 8e régiment territorial d'artillerie.





Des mémoires de proposition à un grade supérieur


Document synthétique proposant le militaire au grade de sous-lieutenant pour cet exemple rappelant :
  1. Des indications sur le militaire (grade actuel, état civil, aptitudes);
  2. La durée des services et des campagnes ainsi que les blessures;
  3. Les faits de guerre;
  4. Un extrait des notes (évaluations, appréciations, statuts);
  5. Son rang de préférence parmi n candidats (ici, 13 sur 23);
  6. Les observations éventuelles.



On retiendra ici que l'avis fut favorable : « Fera un bon officier de troupe (Sections de Munitions) ».


La correspondance


Nous l'avons vu au début de cet article, Jules Daisay a démissionné de son grade en 1892. La majeure partie des lettres de correspondances renfermée dans son dossier de carrière concerne donc ce sujet. Je vous en partage ici une écrite par notre ancêtre lui-même :




On apprendra dans d'autres correspondances ses raisons. Il y en avait deux : tout d'abord pour raison de santé, Jules Daisay étant malade chronique du foie, mais aussi pour des raisons financières : il ne pouvait renouveler sa tenue militaire faute de moyens. Pour l'anecdote, j'ignorais que les tenues étaient à la charge des militaires eux-mêmes. Cette proposition de démission devait être soumise au Ministre de la Guerre puis au Président de la République mais je doute que Patrice de Mac Mahon, président d'alors, l'ait eue entre ses mains...





Sources : SHD de Vincennes, cote GR 5 YE 55841.
Photos : Brigitte S. (@Chroniques92), grand merci à elle.

mercredi 1 juillet 2020

Célina Conord : une vie dédiée aux enfants

Je vais essayer de vous raconter l'histoire de Célina. Aujourd'hui, il ne reste que peu de monde l'ayant connue de son vivant. Pire encore, Célina ne s'est jamais mariée et n'a jamais eu d'enfant. Elle fait partie de ces nombreuses personnes qui n'ont laissé aucune postérité. Alors, peu à peu, son souvenir s'estompera inexorablement et il ne restera d'elle que quelques archives conservées dans les dépôts prévus à cet effet.

En revanche, le passage sur Terre de cette arrière-arrière-grand-tante de mes filles aura laissé une marque non négligeable dans l'esprit de nombreux enfants qui ont grandi avec son instruction : Célina était en effet institutrice et son dossier de carrière, auquel j'ai eu accès, nous révèle à quel point elle a tenu son rôle à cœur.


Célina Rose Conord (1882-1957) - la seule photo qui nous reste d'elle - archive familiale



Généalogie de Célina


Célina Rose Conord (Conort sur mon arbre) voit le jour le 1er décembre 1882 au mas de Prentigarde, quartier du Cornac, au Chambon dans le département du Gard. Elle est le 9e enfant, d'une fratrie de 11, de Félix Eugène Conort (1843-1921), mineur de houille, et Amélie Reboul (1847-1904), sans profession, sosa 60 et 61 de mes filles, couple aux racines typiquement cévenoles.

Célina deviendra donc institutrice ; comment est née cette vocation ? Peut-être grâce à sa sœur aînée, Amélie Eugénie (1865-1947) qui fut directrice d'école à Vallabrègues. Leur plus jeune frère, Clovis Éloi (1888-1914), dit l'Oncle Élie, suivra le même chemin, avant de tomber tragiquement sous les obus allemands en 1914 mais ceci est une autre histoire.



La fratrie Conort(d) - Arbre Geneanet


Ses débuts peu prometteurs


Nous pouvons trouver les dossiers d'instituteurs/institutrices dans la série T, aux archives départementales. Certains sont très fournis, d'autres non voire totalement lacunaires. En ce qui concerne Célina, j'ai eu de la chance. Grâce au premier document ci-dessous, j'ai ainsi pu savoir qu'elle est passée par l'école normale primaire de Nîmes d'où elle est sortie en 1903... dernière de sa promotion ! Les commentaires peu élogieux ne la prédestinaient à devenir une bonne institutrice :
  • Caractère « fermé et taciturne » ;
  • Aptitude au travail : « peu intelligente et peu travailleuse » ;
  • Aptitude pédagogique : « les leçons sont mornes. Son enseignement risque d'être insuffisant sauf pour le français » ;
  • Observations : « a été mauvaise élève pendant ses trois ans d'école normale »

Elle sera donc affectée non pas en école primaire mais à l'école maternelle de Rousson (Gard) où elle démontrera tout le contraire de ce qui lui a été reproché.


Appréciation morale et pédagogique sur Célina Conord - Source : archives du Gard


Sa carrière d'institutrice


Que trouve-t-on dans un dossier de carrière ? De nombreux documents riches en informations pouvant dévoiler le caractère, le dévouement et les capacités de l'institutrice : ses états de services, ses différentes affections et les rapports d'inspection !

Les nominations


Célina Conord a donc débuté comme institutrice stagiaire adjointe en 1903 à Rousson, elle avait alors 21 ans. Les différents documents concernant ses nominations, procès-verbaux d'installation ou ses états de service, montrent qu'elle n'a connu que trois écoles mais à des grades de plus en plus élevés :
  • Institutrice stagiaire adjointe puis titulaire adjointe à Rousson de 1903 à 1905 ;
  • Institutrice titulaire puis directrice à la Vernarède, commune limitrophe du Chambon où elle est née, de 1905 à 1926 ;
  • Institutrice titulaire puis directrice à Alès (Abbaye) de 1926 à 1938, année de sa fin de carrière.

États de Service de Célina des débuts jusque la retraite - Archives du Gard


Un des arrêtés de nomination, ici pour la Vernarède en 1905 - Archives du Gard


Les rapports d'inspection


Ce sont les documents parmi les plus intéressants que j'ai pu retrouver. Ils m'ont permis d'appréhender le contexte de l'enseignement de l'époque mais aussi le profil de Célina Conord. Bien des rapports ont démontré qu'elle était loin d'être la mauvaise élève décrite par le rapport de l'école normale. Je vais vous décrire un seul de ces rapports d'inspection à titre d'exemple car il y en au total 17 !

Le rapport ci-dessous a été réalisé en 1926, la dernière année avant que Célina soit mutée de La Vernarède à Alès :


Rapport d'inspection - La Vernarède 1926 - Archives du Gard
 

Ce rapport est décomposée en deux grandes parties : la tenue générale de la classe ou de l'école puis l'éducation et l’enseignement.

Tenue générale

  • Propreté et ordre : « école propre. Classe gentiment décorée. (Y mettre les travaux des enfants) » ;
  • Tenue et qualité des femmes de service : « Convenable » ;
  • Tenue des registres obligatoires : « B » ;
  • Collection du bulletin départemental : « B » ;
  • Carnet de préparation quotidienne : « très bien tenu et très régulièrement. Très intéressante répartition mensuelle des matières choisies comme centre d'intérêt » ;
  • Matériel d'éducation sensorielle et manuelle : « abondant et varié, dû, en grande partie, au travail et à l'initiative de la maîtresse »;

Education et enseignement

  • Éducation sanitaire des enfants : « la maîtresse a obtenu 2 petites fontaines à main. Serviettes individuelles. Les enfants étaient propres, en général. (Les faire décoiffer en classe) » ;
  • Éducation intellectuelle, morale et esthétique : « 5 bébés seulement entre les mains de la femme de service qui les fait jouer. Fable. Les enfants me racontent  Le Lièvre et la Tortue (contée quelques instants avant mon arrivée) avec des détails précis, des termes exacts, une facilité de langage assez rare. Lecture. Excellents résultats. Méthode mi-synthétique mi-analytique. L'exercice se complète par une décomposition des phrases en mots, des mots en syllabes et en lettres où je vois les enfants manier facilement les premiers nombres, et par une dictée verbale très intéressante. Récitation. Très bien comme choix et comme débit. Travaux manuels : variés et bien exécutés » ;
  • Influence sociale de l'école : « Bonne. Vestiaire permanent. »;
  • Valeur de la maîtresse : « institutrice intelligente, sérieuse, consciencieuse dont la classe est intéressante. Directrice soucieuse de la prospérité et de la bonne tenue de son école».

Voilà donc une inspection qui s'est très bien passée pour Célina qui était alors institutrice directrice de l'école maternelle de La Vernarède ; cela n'a pas toujours été ainsi mais pour des raisons indépendantes de sa volonté, notamment durant la Grande Guerre où elle a manqué d'adjointes, problèmes qu'elle a maintes fois signalés dans ses courriers à l'académie également consultables dans son dossier. Une mine d'Or !


La correspondance


Dans le dossier de carrière de Célina, on retrouve donc également sa correspondance. En voici une que j'ai trouvée particulièrement émouvante au regard du contexte et qui souligne les faits exposés ci-avant :


Lettre de Célina adressée à l'inspectrice des écoles maternelles le 10 avril 1916 - Archives du Gard


Transcription : « Madame l'inspectrice, j'ai l'honneur de vous informer que la moyenne des présences dans mon école est supérieure à 50, maintenant que l'épidémie de coqueluche a cessé. Voici le nombre de présences durant ces trois dernières semaines. 1re semaine : lundi 48, mardi 50, mercredi 49, vendredi 51, samedi 50 - moyenne 49. 2e semaine : lundi 58, mardi 64, mercredi 60, vendredi 62, samedi 56 - moyenne 60. 3e semaine : lundi 60, mardi 58, mercredi 57, vendredi 58, samedi 52 - moyenne 57. Puis-je espérer, Madame, avoir une adjointe à la rentrée de Pâques ? Mademoiselle Paulard retournerait volontiers dans les maternelles et moi-même je la verrais revenir avec plaisir. Veuillez agréer, Madame l'Inspectrice, l'expression de mon profond respect. »

La réponse de la part de l'inspecteur d'académie est arrivée 3 jours après et - avec mon jugement d'homme du 21e siècle - je la trouve pour le moins cinglante malgré l'apparente empathie :


Réponse de l'Inspecteur d'Académie à Célina le 13 avril 1916 - Archives du Gard


Transcription : « J'ai pris connaissance de votre lettre du 10 avril courant par laquelle vous exprimer (sic) le désir d'avoir une adjointe à la rentrée de Pâques, étant donné l'effectif de votre école. Je reconnais avec vous que l'école maternelle, avec son effectif de plus de 50 élèves, constitue une charge relativement lourde pour une seule maîtresse et je serais heureux qu'il fût possible de rétablir les choses comme elles étaient avant guerre. Cependant , je ne dois vous laisser ignorer que d'autres écoles encore très chargées continuent de fonctionner avec un personnel restreint. Il ne serait donc pas équitable de prendre à l'égard de votre école une mesure qui logiquement devrait s'étendre à d'autres établissements et entraîner, par suite, un surcroît de dépenses alors que l'Autorité Supérieure recommande la plus stricte économie. Dans ces conditions, je ne puis que vous exprimer mes regrets de ne pouvoir accueillir votre demande. »

Sévère mais juste ? Remettons-nous dans le contexte de la guerre : en 1916, le budget de la France allait surtout au Ministère de la Guerre. Les coupes budgétaires devaient être encore plus franches qu'aujourd'hui, en temps de paix ! 
C'est ainsi que Célina a connu des conditions de travail fortement dégradées pendant de nombreuses années et que le niveau d'enseignement et sanitaire de son école a baissé. Cela lui a presque été reproché par l'inspectrice de l'école qui, feignant l'empathie, a écrit en 1923 : « Maîtresse sérieuse et qui, d'ordinaire, fait son métier avec zèle. Très souffrante ces temps-ci et fatiquée par la suppression de son adjointe, elle a un peu négligé certaines choses (éducation sanitaire, décoration). Je suis sûre que dès qu'elle sera mieux, elle se remettra à l'oeuvre avec ardeur. »

Mais bien sûr. Trois ans plus tard, Célina sera mutée à Alès où elle désirait aller depuis de nombreuses années. Elle y restera 12 ans avant de prendre sa retraite dans sa commune natale.


Pour terminer, si vous voulez faire des recherches sur la carrière d'un de vos ancêtres à l'éducation nationale, je vous recommande cet excellent guide qui m'a bien servi :


Retracer la carrière d'un instituteur ou d'un professeur par Marie-Odile Mergnac aux éditions Archives & Culture



mercredi 24 juin 2020

La longue agonie de mon double patronyme


« Mais Grimaud, c'est le nom de ta mère ? »

Voilà ce que j'entendais sans cesse à l'école primaire puis au collège et à chaque fois je répondais évidemment que non sans pour autant pouvoir donner une explication précise. Mon double patronyme a toujours suscité la curiosité - parfois de la moquerie - des jeunes et des professeurs, et a subi des transformations plus ou moins volontaires. Du logiciel informatique archaïque qui limitait le nom à 10 caractères (sympa pour les malgaches) à la moquerie enfantine en passant par l'oubli de la moitié du patronyme par les étourdis, mon nom a été outragé, brisé, martyrisé mais enfin libéré par mes recherches généalogiques.

Depuis la loi du 18 juin 2003 relative à la dévolution du nom de famille en France, il est très courant de voir des enfants porter un double patronyme : celui des deux parents, comme dans la tradition espagnole par exemple. Auparavant il était aussi fréquent d'adjoindre le nom de sa mère pour former un double patronyme : c'était alors un nom d'usage.

Quid de mon propre patronyme ? Les doubles patronymes étaient fréquents dans les régions montagneuses ou dans les hauts plateaux où les déplacements étaient plus difficiles à une époque lointaine. On se retrouvait alors avec de nombreuses familles portant le même nom du fait des mariages endogamiques. C'est donc le cas pour mon nom qui est d'ailleurs monophylétique c'est à dire qu'il est issu d'un seul foyer, ou d'un seul village.

Mon patronyme est en effet originaire de Souclin, village dans les hauteurs du Bugey, dans l'Ain. A-t-il toujours été orthographié Bourdin-Grimaud ? Non bien sûr, l'orthographe des patronymes français ne s'étant figée que vers le début du XXe siècle. Nous allons voir en passant en revue les ancêtres agnatiques de mes filles que « l'agonie » de mon nom fut longue au gré de l'instruction de leurs porteurs mais aussi de celle des curés et des maires qui se sont succédé.


Photo de Souclin prise en 2004 - archive personnelle
 

Sosa 2048 - Claude Grimand


De Claude Grimand et de son épouse Antoinette (« Anthoine » dans les registres) Berchet, je ne sais absolument rien : aucun acte BMS retrouvé concernant l'un ou l'autre. Ils sont simplement mentionnés dans les actes de baptême d'au moins 5 de leurs enfants. Claude s'y appelle toujours « Grimand », aucune trace de « Bourdin ». Je n'ai retrouvé aucune signature de lui, je suppose donc qu'il était illettré.


Claude Grimand tel qu'il est écrit dans les actes de baptême de ses enfants

Sosa 1024 - Claude Grimand (1679-1740)


Ce Claude, né en 1679, du couple précédent, a été baptisé « Grimand », s'est marié avec Pierrette Dupont (ca.1693-1773) en tant que Claude Grimand et a toujours le même nom sur l'acte de sépulture, son décès étant survenu en 1740. Il ne signait pas plus que son père.

MAIS !

Le couple a eu 17 enfants. Oui, oui, 17. Dix-Sept. Et sur une bonne moitié des actes de baptême, le père est appelé Claude Bourdin Grimand. Au début j'ai pensé que « Bourdin » n'était apparu qu'au bout de l'énième enfant pour ensuite rester à tout jamais mais que nenni. La dénomination « Bourdin Grimand » ou « Grimand » est aléatoire au fil des actes !

Jugez-en :
  1. Marie (1711-?) baptisée Grimand ;
  2. Benoîte (1712-1782) baptisée Grimand, mariée Grimand, décédée Grimand ;
  3. Gabrielle (1713-?) baptisée Grimand ;
  4. Étiennette (1715-?) baptisée Grimand ;
  5. Clément (1716-?) baptisé Grimand ;
  6. Marie (1717-?) baptisée Bourdin Grimand ;
  7. Claudine (1718-1745) baptisée B(o)urdin Grimand, mariée Bourdin Grimand et décédée Grimand Bourdin ;
  8. Anthelmette (1720-1791) baptisée Bourdin Grimand, mariée idem et décédée Bourdain Griman !
  9. Anthelme (1721-1800), sosa 512, j'y viens après ;
  10. Marie (1722-?) baptisée Grimand ;
  11. Josephte (1723-?) baptisée Grimand ;
  12. Benoît (1724-1751) baptisé Grimand, marié Bourdin Grimand et décédée de nouveau Grimand ;
  13. André (1726-1758) comme Benoît ;
  14. Gabriel (1728-1776) baptisé Grimand puis décédé à Sainte-Julie sous le nom Bourdin Grimand ;
  15. Catherine (1729-1756) baptisée Bourdin Grimand mais inhumée Grimand ;
  16. Joseph (1731-?) baptisé Bourdin Grimand ;
  17. Joseph (1732-1808) baptisé Grimand mais marié et décédé Bourdin Grimand.
Que de changements !


Sosa 512 - Anthelme Bourdin Grimand (1721-1800)


Sur son acte de baptême, le sosa 512 de mes filles, Anthelme Bourdin Grimand est dénommé « Enterme Burdin Grimand » mais on peut aisément deviner que le u devait se prononcer ou. 
Il s'est marié deux fois, une première en 1743 avec Gabrielle Duloz Janin (encore un double patronyme) puis en 1754 avec Pierrette Dupont, homonyme de sa mère ce qui prète à confusion. D'ailleurs aucune des deux n'a jamais eu de double patronyme alors que cela aurait été nécessaire. Sur les deux actes de mariage, Anthelme est bien dénommé comme sur son acte de baptême sauf qu'il a retrouvé le o manquant.
Lorsqu'il est décédé en 1800 (27 pluviôse an VIII), ce n'est évidemment plus un curé qui a rédigé son acte mais un maire dont la maîtrise de l'orthographe importait peu. En effet Anthelme est devenu Anthelme Bourdin Griment. Cette écriture phonétique révèle néanmoins un point important sur lequel je reviendrai plus tard.
Anthelme Bourdin Grimand ne signait pas lui non plus, hélas, mais plusieurs Anthelme Grimand vivaient à la même époque que lui à Souclin, cousins ou non, ce qui amène pas mal de confusions. Il en est d'ailleurs de même pour certains de ses frères et sœurs.


Extrait de l'acte décès d'Anthelme Bourdin Grimand avec une autre orthographe - Archives de l'Ain


De ses deux mariages, Anthelme a eu 8 enfants, dont l'un, un autre Anthelme, est décédé à l'hospice de Lyon en 1820. Ce dernier a conservé son double patronyme malgré le fait qu'il a quitté son village natal.
Quant aux autres enfants, la conservation du double patronyme est aléatoire selon les curés et les maires qui ont rédigé les actes.

Sosa 256 - Jean Bourdin Grimand (1745-1815)


Encore un cas compliqué que cette génération qui ne signe toujours pas. Jean, fils d'Anthelme et de Gabrielle Duloz Janin a été baptisé en 1745, toujours à Souclin, et sur l'acte il est indiqué être le fils d'Anthleme Grimand Bourdin et de Gabrielle Janin !
En 1773, il va se marier à Bénonces, un village voisin, avec Françoise Froquet. Sur l'acte, l'orthographe habituelle des patronymes est respecté : fils d'Anthelme Bourdin Grimand et de défunte Gabrielle Duloz Janin. Petit problème néanmoins, le n de Grimand peut facilement être pris pour un u. Vous l'aurez deviné, ce ne sera pas la dernière fois.


Regardez bien ! 

 
Les enfants, parlons-en !

  1. Anthelme (1774-1782) a été baptisé Grimand ;
  2. Joseph (1777-1841), sosa 128, a été baptisé Bourdin Grimand ;
  3. Claude (1779-?), quant à lui, on lit sur l'acte Bourdin Grimond ;
  4. François (1782-?), baptisé Burdin Grimaud.


Sosa 128 - Joseph Bourdin Grimand (1777-1841)


Devinez quoi ? Lui non plus ne signe pas. 5 générations d'illettrés ne pouvaient déjà pas donner à l'époque quelque stabilité orthographique au patronyme. Si Joseph est bien né Bourdin Grimand, son acte de mariage est ambigu puisque l'agent municipal souclinois, qui écrivait pourtant bien, s'est légèrement emmêlé les pinceaux : «... Joseph Grimand cultivateur demeurant à Fay hameau de cette commune âgé d'environ vingt ans fils légitime de Jean Bourdin Grimand... »

De son union avec Marie Cagnin (1777-1838), ne naîtront que deux enfants (ouf) :

  1. Pierre Joseph (1800-1867), qui saura signer. Nous verrons juste après.
  2. Jean (1804-1880), qui ne saura pas. Ce qui est invraisemblable pour lui c'est qu'on retrouve son acte de naissance en double exemplaire mais avec deux orthographes différentes, Bourdin Grimand et Bourdin Griment ! 

Ce qui est étrange, c'est que le maire signe les deux actes. Pourtant il y a des différences de graphie - Archives de l'Ain



Sosa 64 - Pierre Joseph Bourdin Grimand (1800-1867)


Comme son frère Jean, Pierre Joseph, a son nom orthographié Bourdin Griment sur son acte de naissance. Il sera en revanche le premier lettré de ma lignée agnatique. En tant que propriétaire cultivateur il a été a priori une personnalité importante du village car il a signé de nombreux actes d'état civil avant de fonder une famille. En revanche, sa signature a quelque peu évolué avec le temps. On se demandera ce qui a pu se passer en 1850 car sa signature n'est plus du tout la même et il s'est donné la peine d'écrire son nom en entier en ajoutant le mot père car son fils aîné signe juste à côté.


Evolution de la signature de Pierre Joseph Bourdin Grimand entre 1822 et 1850


Une chose est sûre : le n de Grimand peut facilement être pris pour un u. D'ailleurs, les indexeurs de Filae se sont bien fait avoir...

Quant à ses enfants qu'il a eus de son mariage avec Claudine Peron (1805-1852), c'est le même topo que les générations précédentes. Certains sont notés avec le double patronyme avec plusieurs variantes orthographiques, le n plus ou moins à l'envers, une seule partie du patronyme, etc. Le dernier né est Julien, mon trisaïeul, en 1850. Il n'y a que sur l'acte de naissance de ce dernier que son père signe avec son nom entier.

Sosa 32 - Julien Bourdin Grimand (1850-1892)


Julien est donc né Jullien Bourdin Grimand (ou Grimaud selon la lecture de l'acte). Je crois que c'est celui dont le nom verra le plus de transformations dans sa vie mais ceci n'est pas étonnant : cantinier dans un régiment militaire, il a quitté son département natal pour se marier en Corrèze puis a migré en Île-de-France, plus exactement à Pantin. Par ailleurs nous nous rapprochons d'une époque où il y a de plus en plus de personnes qui savent lire et écrire.

Ainsi Julien :
  • est né Bourdin Grimand (ou Grimaud) ;
  • est matriculé Bourdin Grimand avec le n parfaitement écrit.
  • s'est marié Bourdin-Grimand à Tulle. J'insiste sur le trait d'union que je vois apparaître pour la première fois.
  • est décédé Bourdin-Grimond à Paris. Le trait d'union est toujours là mais nous avons un o à la place du a.
  • signe Bourdin seulement ou Bourdin Grimaud selon les actes.

Bourdin Grimand bien écrit sur la fiche matricule de Julien en 1870 - Archives de l'Ain


C'est la migration de la famille à Pantin (Seine-Saint-Denis) qui sera le tournant de la transformation orthographique du double patronyme. On le remarque avec les actes de naissances des enfants de Julien.

  1. Joseph (1879-1879) né et décédé à Saint-Bonnet-Elvert au nom de Bourdin Grimand ;
  2. Joseph (1880-1880) né et décédé à Brice au nom de Bourdin Grimond (selon la lecture / indexation) ;
  3. Joseph (1881-1927), mon arrière-grand-père né Bourdin-Grimaud à Pantin ;
  4. Jeanne (1881-1882), sa jumelle, née et décédée avec l'orthographe identique ;
  5. Victor (1883-1936), idem. Voir mon article qui lui est dédié.
  6. Jeanne Adèle (1888-1888), idem.

On voit donc qu'à partir de 1881, mon patronyme s'écrivait déjà comme actuellement. Pourtant un certificat de bonne conduite établi au nom de mon trisaïeul en 1882 fait apparaître le nom sous la forme écrite sur son acte de naissance. Qu'a-t-il pu se passer pour qu'il en soit ainsi ? Mystère. Ce qui est étrange, c'est qu'au niveau de la phonétique il n'y a guère de similitude : le son -and est très différent du son -aud même si on prend en considération l'accent des différents départements traversés par Julien et sa famille. Nous allons voir par la suite que cette orthographe n'a pas été figée tout de suite.


Sosa 16 - Joseph Bourdin-Grimaud (1881-1927)


Sur tous les actes d'état-civil concernant Joseph et son frère Victor, l'orthographe reste la même que sur leur acte de naissance. Victor ira même jusqu'à faire écrire sur son acte de mariage en 1905 que c'est la bonne orthographe en correction de l'acte de décès de son père. Exit Bourdin Grimand ? Pas tout à fait.

En raison du décès inopiné de leur père, les deux frères, alors mineurs, ont été placés en foyers en Côte-d'Or, leur mère ne pouvant subvenir à leurs besoins. Leur recrutement militaire s'est effectué là-bas en 1901 et 1903. Que lit-on sur les fiches matricules ?


Là c'est bien un n ! - Archives de la Côte-d'Or



Là c'est n'importe quoi, Grimaud est pris pour un prénom...


Quant à leur signature :


Signature de Joseph sur son acte de mariage à Paris en 1905


Signature de Victor sur son acte de mariage à Pantin en 1905


Joseph n'a eu qu'un seul enfant avec son épouse Marie Bernoville (1886-1954) : mon grand-père Marcel. Quant à Victor, il a eu 9 enfants avec sa femme Marie Schibi dont malheureusement 4 mort-nés et 3 morts en bas âge. Un garçon et une fille atteindront l'âge adulte. Tous les actes concernant ces personnes sont écrits avec la même orthographe qu'actuellement. Nous verrons en conclusion ce qu'il en de cette branche.

Enfin, quid des recensements ? Eh bien à Pantin, ils ne s'appelaient plus que « Bourdin ».

Sosa 8 - Marcel Bourdin-Grimaud (1907-1982)


Je fais court concernant mon grand-père. Si à l’État-Civil l'orthographe reste la même, lui-même ne s'embêtait guère avec son patronyme, il se faisait appeler « Marcel Bourdin » pour aller plus vite et signait très rarement « Bourdin-Grimaud », excepté sur ses cartes d'identité.


Signature de Marcel sur sa dernière carte d'identité


Carte Vermeille Cinéma de mon grand-père


Signature de Marcel sur l'acte du second mariage de sa mère

Il n'y a guère que l'armée qui s'est permis une facétie supplémentaire sur notre nom de famille :


Il ne manquait plus que celle-là en fait !


Sosa 4 - Bernard Bourdin-Grimaud (1947-2017)


Cela va vite pour la génération de mon grand-père et celle de mon père : ils étaient fils uniques. Donc, là, c'est bon ? On ne touche plus à l'orthographe de notre nom ?

Oui et non.

Plus haut, j'évoquais l'importance du trait d'union. Eh bien à l’État-Civil, il y a une discrète différence entre ses deux fils, mon frère et moi donc : j'ai le trait d'union mais pas lui. Aucune importance, me direz-vous. Eh bien si, du moins sur les documents officiels. Cela nous a amusé quand nous l'avons appris alors que le contexte ne s'y prêtait pas. En effet lors de notre rendez-vous avec le notaire pour établir le certificat de notoriété de notre père, ce dernier nous a bien fait vérifier sur ledit document que le trait d'union était bien présent aux bons endroits ! Autrement ce pourrait être un motif d'invalidité... Grotesque mais bon à savoir !

Enfin, avec le temps, les signatures ne sont devenues guère représentatives du patronyme que l'on porte... Voici celle de mon père, je vous épargnerai la mienne :




Conclusion


Avec l'informatisation, à moins d'un cataclysme, mon double patronyme ne devrait plus connaître aucune modification majeure. Il risque d'ailleurs de disparaître : je n'ai que des filles - mais grâce à la loi citée en introduction, elles pourraient imposer leur nom - et mon frère n'a pas d'enfant. Quant à la branche de Victor Bourdin-Grimaud : les derniers descendants encore vivants ne sont que des femmes très âgées aujourd'hui. Le patronyme disparaîtra donc avec elles.

Cependant, la véritable orthographe est sans aucun doute « Bourdin Grimand », nous l'avons vu avec les sosa les plus anciens ainsi qu'avec l'écriture phonétique en -ment. Quid des collatéraux que je n'ai pas cités ? Eh bien, il existe toute une branche qui a très vite quitté Souclin pour s'installer dans des communes voisines, Lagnieu pour certains, ou Villebois pour d'autres. Le double patronyme y est resté, très souvent orthographié « Bourdin Grimand » mais aujourd'hui parfois indexé à tort « Bourdin Grimaud » (Geneanet, Filae, si vous me lisez...) Il existe même une famille qui a vu son patronyme dériver en « Bourdin-Grimaut » alors que le père était né « Grimand ». Cette branche a depuis disparu.

Aujourd'hui, moins de 5 foyers porte le double patronyme d'origine, dont un habitant encore dans son village-berceau. J'ai même retrouvé une cousine au sixième degré sur Facebook, notre ancêtre commun étant Joseph Bourdin Grimand, sosa 128, évoqué dans cet article. Elle a trouvé cela épatant la façon dont notre nom a traversé les siècles.

Si d'aventure vous croisez une personne portant ce double patronyme, quelle que soit l'orthographe, vous pourrez conclure qu'elle m'est forcément apparenté. Bon courage car cette bête curieuse se fait rare et vous aurez peut-être envie de la fuir. En effet, d'un point de vue étymologique vous seriez en face d'un menteur cruel ou masqué. ;-)

samedi 20 juin 2020

RDV Ancestral : voyage dans l'au-delà, épisode 5

Si vous avez raté le quatrième épisode, rendez-vous ici !

Alone in the dark... C'est cette impression que l'on a quand on parcourt une autoroute vide sans éclairage pendant des heures. Et même si cette fois-ci je ne suis pas seul dans mon véhicule - je suis en effet toujours accompagné de ma cousine Paulette et de sa mère Marie-Jeanne - je ne peux m'empêcher de frissonner à cause de cette sensation de solitude extrême. Il ne manquerait plus que nous rencontrions subitement Cthulhu surgissant d'une aire de repos, car tout semble pouvoir arriver dans cet au-delà fascinant.

Nous nous dirigeons vers Château-Thierry, dans l'Aisne, ou a vécu mon arrière-grand-mère Berthe ainsi que sa sœur Jeannette; dans quel état allons-nous trouver la ville ? Sera-t-elle dans la forme où je l'ai connue en 2012 ou bien n'y verrai-je que des masses noires informes en guise de bâtiments comme certains à Longjumeau ? Ou bien encore, aurai-je droit à la même vision que celle de mes cousines qui ont connu la ville bien avant moi ? Quelle que soit la réponse, j'imagine qu'il sera difficile d'y localiser la rue des Filoirs, où se situait la dernière demeure de Berthe, entre les années 40 et 1969. Pour éviter les mauvaises surprises, je demande à mes cousines :

- Dites, mes chères cousines, vous auriez une idée de comment on va retrouver la maison de Berthe ?
- Tu connais l'adresse, non ? Cela devrait être simple, me répond Paulette.
- Oui, mais tu sais bien qu'il n'a jamais connu Berthe, ni même sa maison, renchérit sa mère.
- C'est bien cela le problème, reprends-je alors, si je suis censé ne voir que les personnes que j'ai connues de mon vivant ainsi que leurs demeures, vais-je vraiment voir Château-Thierry ou un blob noirâtre ? Ce n'est pas comme à Paris qui est restée intacte du fait de mes rencontres éphémères avec tout un tas de monde. Par ailleurs, la maison de Berthe n'existait déjà plus en 2012...

Nos échanges sont brusquement interrompus par Paulette qui me désigne alors le panneau indiquant la sortie 20 vers Soissons/Château-Thierry/Fère-en-Tardenois. Malgré l'obscurité, tout semble être comme dans mon souvenir de 2012. Je m'engage donc vers la départementale numéro 1 qui, j'espère, doit nous conduire mes cousines et moi tout droit jusqu'à notre destination.

Mon arrière-grand-mère Berthe Louise Irma Nique est un pur produit axonais : née en 1888 à Remigny, elle se mariera deux fois. La première fois en 1913 à Etampes-sur-Marne, commune voisine de Château-Thierry, avec Paul Victor Bousse (1888-1942), celui dont je recherche toujours le portrait et qui est l'objet principal de notre visite. Ils divorceront en 1920 après le retour de captivité de ce dernier. Berthe se remariera ensuite à Château-Thierry avec Paul Émile Lécluse (1879-1943) en 1928. Celui-ci a deux enfants d'un premier mariage mais considérera ma grand-mère Gisèle Bousse, unique fille de Berthe née durant la captivité de son père, comme sa fille. Berthe et Paul habiteront entre Paris et Château-Thierry où elle décèdera en 1969, en son domicile sis 91 rue des Filoirs, notre destination.

Nous entrons dans la ville, et, comme je le craignais, je ne vois que des masses informes le long des rues alors que mes cousines semblent voir une version différente correspondant à leur époque. La belle affaire ! Les rues n'ont pas changé, c'est déjà ça, j'atteins donc la fameuse rue des Filoirs sans trop de problème car celle-ci est toute proche de la rivière, la Marne.



Rue des Filoirs entre les années 50 et aujourd'hui - Source Geopoortail


Comme je m'en doutais, je n'aperçois absolument rien à l'emplacement de l'ancienne maison de Berthe. Il n'y a qu'un bâtiment sombre dans lequel on ne peut même pas entrer. Je me tourne donc vers mes aînées pour leur demander ce qu'elles observent.

- La maison de Berthe est bien là, s'exclament-elles en chœur !
- Et comment fais-je pour y entrer, moi ?
- Il y a de la lumière, reprend Paulette, laisse-nous aller voir. Si elle est bien là, nous reviendrons avec elle.

Elles me laissent alors seul avec mes songes. Tandis que je marche en longeant la Marne, elle aussi toute noire comme le pétrole, je me demande ce que mes cousines vont trouver dans la maison de ma bisaïeule : Berthe est-elle bien dans cette demeure et si oui avec qui ? Son mari Paul Lécluse ? Il est décédé à l'Hotel-Dieu de Château-Thierry mais vivait déjà dans cette rue; je pense donc qu'il y a de fortes chances. Quant à sa soeur Jeannette, née Désirée Berthe Jeanne à Paris en 1899 et décédée à Château-Thierry en 1979, mariée en secondes noces avec Roger Denisot (1911-1980), elle habitait également à Château-Thierry. Le couple aura-t-il eu l'idée d'aller retrouver l'aînée ? Tout doit dépendre de leur réveil, Jeannette et Roger étant inhumés dans le caveau de la famille Leroy-Nique à Etampes-sur-Marne.

Soudain, je vois revenir mes cousines, grand sourire aux lèvres. Sont-elles accompagnées ? Je m'empresse de leur demander :

- Alors ?
- Ils sont tous là, s'exclame Paulette.
- Qui ça, tous ?
- Berthe, Jeannette, leurs parents, leurs maris, continue sa mère. Bon, Paulette ne peut pas voir les parents car elle ne les a pas connus mais moi si.


Photo prise à Etampes-sur-Marne durant la guerre. La petite fille est ma grand-mère Gisèle avec Berthe juste au dessus, sa tante Jeannette et leurs parents - Archive familiale


Les parents de Berthe et Jeannette étaient Adolphe Alexandre Nique, né en 1864 à Remigny et décédé à Etampes-sur-Marne en 1924, et Irma Polixène Leroy, respectivement née et décédée dans les mêmes communes en 1864 et 1920. « Mémé Jeanne », cousine germaine de Berthe via les Leroy, m'explique que cette dernière est allée chercher ses parents quand elle a compris ce qui lui était arrivé. Comme je ne vois absolument personne, je vais droit au but :

- Bon, vous savez pourquoi je suis ici... Pouvez-vous leur poser la question au sujet du père Bousse ?
- J'ai anticipé ta question mais tu vas être déçu, répond Paulette en baissant les yeux.
- Ah...
- Ils sont là, à côté de nous, je vais te donner leurs réponses :
  • Berthe : mais pourquoi il s'intéresse à ce vaurien ? Je ne sais même pas ce qu'il est devenu après le divorce ! Il ne s'est pas inquiété du devenir de notre fille !
  • Paul, son mari : ah moi, je ne ferai pas de commentaire sur un individu que je ne connais pas.
  • Jeannette : il a rendu ma sœur triste, tu perds ton temps avec lui.
  • Roger, son mari : on n'en parlait plus depuis très longtemps quand je suis arrivé dans la famille.
  • Irma, la mère : je suis morte juste avant que le jugement de divorce ne soit rendu. Je savais bien que ce mariage ne ferait pas long feu.
  • Adolphe, le père : moi, je n'ai vécu que quatre ans de plus et je peux te dire, bon débarras !

Cela a le mérite d'être clair... Sans me démonter pour autant, je renchéris :

- Mais ils pourraient au moins me dire à quoi il ressemblait, non ? Mieux, j'aurais espéré que Berthe m'accompagne chez son ex-mari...
- Attends je demande à ma cousine, coupe Marie-Jeanne.

Cela risque de faire du monde dans la voiture néanmoins. Pour emmener Berthe avec moi, j'ai toujours besoin des cousines pour faire le lien tant avec Berthe qu'avec Paul Bousse. Peu probable en revanche que ma bisaïeule veuille bien me suivre sans conditions.

Réponse sans appel : « plutôt mourir ! » Comme si elle pouvait mourir une deuxième fois... Cela en dit long sur les rapports qu'a pu entretenir le couple. Pour tenter de la faire changer d'avis, je lui soumets un argument de poids :

- Pourriez-vous lui dire que nous nous arrêterons en chemin pour voir sa fille et son petit-fils ?
Je parle évidemment de mon père et de ma grand-mère que j'ai laissés à Aubervilliers.

  • Berthe : Gisèle ? Bernard ? D'accord, je viens, me répond-elle par l'intermédiaire de Paulette.
  • Jeannette : Je viens avec toi !

Et c'est comme ça que je me retrouve de nouveau sur la route avec quatre octogénaires à bord...



Protagonistes de l'épisode


samedi 6 juin 2020

Enquête photo #9 : ne jamais négliger les collatéraux

Voici une photo qui me vient de ma famille paternelle. Il s'agit d'une photo-carte postale sans aucune inscription au verso, bien évidemment, si ce n'est que l'éditeur se trouve à Paris. Autrement ce présent billet n'existerait pas. Etant donné sa datation présumée - autour de la première guerre mondiale - je suppose qu'elle a appartenu à mes arrières-grands-parents Joseph Bourdin-Grimaud (1881-1927) et Marie Céline Bernoville (1886-1954).


Un couple et leurs trois enfants ? - Archive familiale


Bien que n'étant pas physionomiste, une première chose m'a frappé : le regard de la plus jeune fille et les traits de sa supposée soeur aînée. Ils m'ont tout de suite fait penser à mon arrière-grand-mère que voici, à l'âge de 45 ans :


Marie Céline Bernoville en 1931 - Archive familiale


Cependant, ma bisaïeule ne peut pas être sur cette photo : d'une part à l'époque de cette photo, elle était déjà mariée et mère de famille, d'autre part elle s'est retrouvée orpheline de père et mère à l'âge de 3 ans. Ce sont ses grands-parents maternels qui l'ont élevée. C'est là que c'est intéressant : sa mère avait de nombreux frères et soeurs. C'est donc sur eux que va s'appuyer cette présente enquête.


Généalogie simplifiée de Marie Céline Bernoville


Marie Céline est née Doyen le 31 juillet 1886 à Grougis (Aisne) de Célestine Marie Augustine Doyen et d'un père inconnu. Elle a une soeur, Narcisse Augustine, née deux ans plus tôt. Cette dernière est décédée en 1924 sans postérité. En 1888, sa mère épouse Charles Octave Bernoville. Ils légitiment ainsi leurs deux filles. Malheureusement le mariage sera de courte durée : Charles décède deux mois plus tard. Célestine le rejoindra l'année suivante peu de temps après avoir mis au monde un troisième enfant qui ne survivra pas longtemps. Cette triste histoire a été contée lors d'un RDV Ancestral.

Orphelines donc, Marie et Augustine sont élevées par les grands-parents maternels : Louis Théodore Doyen (1832-ap.1905) et Joséphine Arthémise Céline Boulet (1841-1904) : ce ne peut être eux sur la photo.
Marie a ensuite quitté l'Aisne pour rejoindre Paris et y faire sa vie.

Quid alors du reste de la fratrie de Célestine ? Etudions-les dans l'ordre chronologique de leur naissance, sachant que Célestine, née en 1861, était l'aînée.


Louis Eugène Doyen (1863-1902)


Il n'est guère pertinent de s'étendre sur Louis Doyen : il est décédé à Paris en 1902, bien avant la prise de cette photo. Cela étant nous pourrions nous attarder sur sa famille et sur la fiche matricule de Louis pour connaître son signalement.
Pour ce dernier point, c'est vite vu : il n'existe pas de fiche matricule; il a sans doute tiré le bon numéro et n'a donc pas fait son service.
Côté famille : c'est l'anarchie. Il a eu cinq enfants, dans le désordre, de trois mères différentes, dont une qu'il n'a pas épousée. Quand je dis dans le désordre, voyez plutôt : il a eu son premier enfant avec sa deuxième épouse, son deuxième avec sa première relation, son troisième avec première épouse et les deux derniers de nouveau avec sa deuxième épouse. De quoi faire des noeuds au cerveau.
Seuls trois enfants ont survécu et ce n'était que des garçons. Deux des mères sont décédées avant 1900 et la dernière en 1908.
Cette famille n'est donc pas la bonne candidate à l'identification de la photo ancienne.


Jules Arsène Doyen (1870-1942)


Arsène, manouvrier de métier, se marie en 1896, toujours à Grougis, avec Fromentine Marie Rose Potentier (1871-ap.1936). Ensemble, ils auront trois enfants :
  • Anna Arsène Amélie, née en 1897 à Bergues-sur-Sambre. Elle épousera un belge de 20 ans son aîné en 1936 à Paris.
  • Arsène Donat Louis, né en 1899 à Bergues-sur-Sambre et décédé en 1993 à Guise. Marié, au moins un enfant. Dommage que nous ne l'eussions pas connu.
  • Léonie Louise Marie, née en 1904 à Fesmy-le-Sart et décédée en 1935 à Monceau-sur-Oise. Mariée, deux enfants.
Un couple, un fils, deux filles, comme sur la photo. La plus jeune pourrait-elle être Léonie, née en 1904 ? Mon plus gros problème avec les photos anciennes, c'est de pouvoir donner un âge aux personnes. Si on admet que c'est Léonie et qu'on lui donne 12 ans, est-ce que la soeur aînée peut en avoir 19 et le jeune homme seulement 17 ?

Pour aller plus loin avec cette famille, voyons la fiche matricule du père et celle du fils, notamment leur signalement et leurs adresses successives.

La FM d'Arsène père


Signalement d'Arsène Doyen - FM AD02


On retrouve deux informations intéressantes : il était brun aux yeux noirs et avait un nez épaté donc gros et large. Si on regarde plus près le père de famille, cela pourrait correspondre. Seul hic : la taille. 1 mètre 56 d'après la FM. Comment peut-on évaluer la taille des gens à partir d'une photo ? C'est encore plus difficile lorsqu'on ne voit pas les jambes.



Adresses successives d'Arsène Doyen - FM AD02


Autre détail intéressant : la dernière indiquée, à Paris, en 1915. Cela nous laisse penser qu'Arsène Doyen a fréquenté sa nièce qui vivait à cette époque à Pantin. C'est d'ailleurs grâce à cette information que j'ai su que la FM d'Arsène fils se trouve aux AD de Paris.
Enfin, il semble qu'il n'a pas combattu durant la première guerre mondiale car il a été en sursis d'appel au moins jusqu'en juillet 1917. En effet il a été détâché à une certaine maison Lescarts à Paris durant le conflit.


La FM d'Arsène fils


Signalement d'Arsène fils - FM AD75


Ici, le signalement ne nous aide pas beaucoup, si ce n'est la taille : 2 cm de plus que son père. Sur la photo, on peut effectivement voir que le jeune homme paraît très légèrement plus grand que son aîné.

Il faut noter par ailleurs qu'Arsène fils a été incorporé le 15 avril 1918 et renvoyé dans ses foyers le 21 mars 1921. Si c'est bien cette famille qui est sur la photo, cette dernière ne peut pas avoir été prise en 1921 : Léonie avait 17 ans. Il faut donc qu'elle date d'avant son incorporation, donc qu'Arsène ait maximum 19 ans et Léonie 14. Mettons que la photo ait été prise en 1917 : au niveau de l'âge, ça nous donne 47 et 46 ans pour les parents, 13 ans pour Léonie, 18 pour Arsène et 20 pour Anna. Est-ce bien possible ?
Notons enfin que la mère porte une robe de demi-deuil. Il faudrait que je regarde si Fromentine Potentier a connu des décès quelques années en arrière parmi ses proches.

Avec tous ces indices, je pense néanmoins que nous tenons une bonne famille candidate !


Dulcinée Doyen (1873-?)


Dulcinée s'est mariée à Saint-Quentin en 1893 avec Paul Danjou (1869-av.1934). Je leur connais deux enfants sûrs, nés à Saint-Quentin :
  • Pauline (1892-1982)
  • Eloi Ernest (1895-1970)
Mais d'après les recensements de 1906 de la ville de Pantin où la famille a habité très brièvement, non loin de chez ma bisaïeule, il y avait deux autres enfants : Louis, né en 1896 et Aimable, né en 1899. Le problème est qu'à ce jour je n'ai retrouvé aucun acte les concernant !

A supposer qu'il ne s'agisse pas d'une erreur de l'agent recenseur, il y a tout de même un problème de correspondance :
  • Soit il y avait bien quatre enfants : trois fils et une fille alors qu'il y a deux filles sur la photo.
  • Soit il n'y en avait que deux : il y en a une de plus sur la photo ou bien c'est un cousine.
  • Dans tous les cas : il y a un problème avec l'âge de la plus jeune fille.

Emile Ernest Doyen (1875-?)


Nous arrivons à des dates de naissances où cela commence à faire trop jeune pour être l'homme le plus âgé de la photo.
Le cas d'Ernest Doyen est cependant rapide à analyser : bien qu'il fût témoin au mariage de mes arrières-grands-parents, il ne s'est jamais marié et a été exempté du service militaire en raison de sa petite taille (1 mètre 45) et d'un problème de colonne vertébrale.
Conclusion : impossible qu'il soit présent sur cette photo.


Eugène Doyen (1879-1946)


Eugène Doyen se marie en 1905 avec Marie Mennechet à Saint-Quentin, commune qu'ils ne quitteront quasi jamais. Ensemble, ils ont eu trois enfants, un fils et deux filles, respectivement en 1903, 1908 et 1919 donc beaucoup trop tard pour que ce soit cette famille sur la photo.


Marthe Doyen (1881-1970)


Elle, c'est facile, mon père l'a connue âgée et je corresponds régulièrement avec son arrière-petite-fille. Je connais son visage et celui de ses enfants. Elle n'avait que 5 ans de plus que sa nièce ce qui fait qu'elles étaient très proches. Voici une photo d'elle, jeune, avec Marie Bernoville et mon grand-père. 


Marthe Doyen, Marie Bernoville et mon grand-père Marcel - Archive familiale


Marie-Louise Doyen (1884-1959)


Grâce à ma cousine évoquée ci-avant, je connais aussi son visage. De toutes façons, elle a eu six enfants avec son mari Théodat Dégremont entre 1901 et 1909. Le couple et leurs enfants sont nés bien trop tard pour être sur cette photo.


Marie-Louise Doyen - Archive C.Mourotte


Les autres branches


Il n'est pas obligatoire de se focaliser uniquement sur la famille qui a élevé mon arrière-grand-mère. Après tout, cette photo pourrait très bien provenir d'une des autres branches : Les Bernoville ou les Bourdin-Grimaud. Cependant, ces pistes-là sont vite écartées :

  • Coté Bernoville : bien que Marie Céline Bernoville fût domiciliée chez son aïeule paternelle, Henriette Pelletier veuve Bernoville, au moment de son mariage, elle n'a a priori jamais fréquenté les frères de son père, tous restés dans l'Aisne jusqu'à leur décès.

  • Coté Bourdin-Grimaud : mon arrière-grand-père n'avait qu'un frère, Victor, qui n'a eu que deux enfants survivants, a été mobilisé durant toute la guerre et a divorcé en 1920.

Conclusion


Pour moi, la famille d'Arsène Doyen semble être celle qui est représentée sur cette photo. Rappelons les indices suivants :
  • Les filles ont des airs de famille;
  • Arsène Doyen a bien eu en tout et pour tout deux filles et un fils;
  • Arsène Doyen père n'a pas été mobilisé alors qu'Arsène fils ne l'a été qu'à partir de 1918;
  • Les signalements semblent correspondre aux deux hommes.
Seule zone d'ombre restante à mes yeux : l'âge du fils et de la dernière fille.

Alors, qu'en pensez-vous ?